Le premier ministre libanais, Nawaf Salam, a profité du Conseil des ministres du jeudi 13 août 2026 pour tenter de refermer une séquence de tension au sein de l’exécutif, née autour de l’absence du ministre de la Défense et du débat parlementaire sur la loi d’amnistie générale. Devant les membres du gouvernement réunis au Grand Sérail, à Beyrouth, il a réaffirmé que tous les ministres restaient liés par le principe de solidarité gouvernementale et par le respect intégral de la Constitution. Il a également démenti avoir empêché le ministre de la Défense de prendre part à une séance de la Chambre des députés et rejeté les accusations selon lesquelles l’avis de l’armée aurait été écarté du débat sur l’amnistie. Cette mise au point, rapportée après la séance par le ministre de l’Information Paul Morcos, vise à contenir un différend qui touche au fonctionnement du cabinet, au rôle du chef du gouvernement et à la place de l’armée dans une controverse politique sensible.
La réunion, ouverte à 15 heures et achevée vers 17 h 30, ne s’est pourtant pas limitée à cette crise interne. Nawaf Salam a également consacré son intervention liminaire aux destructions israéliennes dans les villages du sud du Liban, aux déclarations du ministre israélien de la Défense sur le maintien de forces israéliennes dans plusieurs territoires, au dossier Solidere et aux récentes lois adoptées par la Chambre des députés. Mais la clarification sur le ministre de la Défense a pris une dimension particulière. Le premier ministre a voulu établir une ligne de séparation entre un désaccord politique ou institutionnel, qu’il reconnaît implicitement, et l’hypothèse d’une rupture au sein du gouvernement, qu’il rejette explicitement.
Salam invoque la solidarité gouvernementale
La phrase la plus politique de la séance est venue à la fin de la mise au point de Nawaf Salam. « Nous sommes un seul gouvernement, et non vingt-quatre gouvernements », a déclaré le premier ministre, selon le compte rendu officiel présenté par Paul Morcos. Il a ajouté que tous les membres du cabinet restaient engagés par le principe de solidarité ministérielle et par « la Constitution dans toutes ses dispositions ».
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Cette déclaration répond directement aux interrogations apparues après l’absence du ministre de la Défense lors du Conseil des ministres. Nawaf Salam n’a pas cherché à minimiser complètement l’épisode. Il a au contraire pris le temps d’en donner sa version devant l’ensemble du cabinet, tout en affirmant que cette absence ne se prolongerait pas. Il a qualifié le ministre de la Défense d’ami pour lequel il éprouve « affection, respect et estime », avant de souligner que celui-ci partage avec lui un même engagement envers la Constitution et la solidarité gouvernementale.
Le message comporte donc deux dimensions. Sur le plan personnel, Nawaf Salam refuse de transformer le désaccord en confrontation ouverte avec le ministre. Sur le plan institutionnel, il réaffirme en revanche son interprétation stricte du fonctionnement de l’exécutif et de la représentation du gouvernement devant les autres institutions.
Cette combinaison vise à empêcher que le différend ne produise une fracture durable au sein du cabinet. Le premier ministre cherche manifestement à maintenir le débat dans les limites de la discipline gouvernementale, sans laisser s’installer l’idée que chaque ministre pourrait défendre publiquement une position différente lorsqu’une décision engage l’ensemble de l’exécutif.
Le différend avec le ministre de la Défense expliqué
Nawaf Salam a surtout répondu à une information précise qui circulait au sujet d’un précédent épisode parlementaire. Selon cette version, le chef du gouvernement aurait demandé au ministre de la Défense de ne pas entrer dans la salle de la Chambre des députés et de ne pas participer à la séance.
Le premier ministre a démenti cette affirmation sans ambiguïté. Il a assuré n’avoir jamais demandé au ministre de la Défense de rester à l’écart de l’hémicycle. Selon son récit, leur échange portait sur une question différente : celle de la personne habilitée à exprimer officiellement la position du gouvernement devant le Parlement.
Nawaf Salam a rappelé que, selon son interprétation des règles constitutionnelles, le président du Conseil représente le gouvernement et s’exprime en son nom. Il a expliqué avoir informé le ministre de la Défense de ce principe. Une fois cette position gouvernementale exprimée, a-t-il ajouté en substance, il ne voyait plus de nécessité à ce que d’autres ministres interviennent séparément sur le même sujet au nom du cabinet.
Cette précision est centrale pour comprendre le différend. La controverse ne porte donc pas, dans la version présentée par Nawaf Salam, sur le droit d’un ministre d’assister à une séance parlementaire. Elle concerne la manière dont le gouvernement doit parler d’une seule voix lorsque sa position collective est engagée.
C’est précisément à ce niveau que le premier ministre rattache l’épisode à la solidarité gouvernementale. Il ne conteste pas l’existence de sensibilités différentes à l’intérieur du cabinet, mais il refuse que celles-ci aboutissent à plusieurs positions gouvernementales concurrentes sur un même dossier.
L’amnistie générale au cœur de la controverse
Le débat prend une dimension plus sensible parce que l’épisode concerne la loi d’amnistie générale, récemment adoptée par la Chambre des députés. La question ne relève pas uniquement d’une procédure entre le Grand Sérail et le Parlement. Elle touche aussi directement l’armée libanaise, dont la position sur le texte avait alimenté des critiques.
Nawaf Salam a ainsi répondu à l’accusation selon laquelle l’avis de l’armée aurait été volontairement écarté lors de la préparation ou de l’examen de la loi. Il a qualifié cette affirmation d’« affabulation » et assuré qu’une note écrite avait bien été préparée sur le sujet puis transmise à la Chambre des députés avec son accord.
Le premier ministre a ajouté que l’opinion de l’armée avait également été exprimée devant les commissions parlementaires par l’intermédiaire du ministre de la Défense. Son argument consiste donc à établir une chronologie : l’institution militaire a formulé sa position, celle-ci a été transmise sous forme écrite et elle a été exposée devant les députés lors du travail en commission.
Cette clarification est essentielle pour Nawaf Salam, car l’idée d’une armée volontairement écartée du processus parlementaire aurait donné au désaccord une portée institutionnelle beaucoup plus grave. Elle aurait suggéré que le gouvernement avait ignoré ou dissimulé l’avis d’une institution directement concernée par certains aspects de l’amnistie.
Le chef du gouvernement cherche au contraire à démontrer que cet avis a été entendu et transmis, même si le législateur a ensuite conservé son pouvoir de décision sur le contenu final du texte.
Salam refuse que l’armée devienne un acteur du conflit politique
Nawaf Salam a consacré une part importante de sa mise au point à la défense de l’armée. Le ton employé est plus ferme que dans son évocation de sa relation avec le ministre de la Défense. Il a demandé que personne ne cherche à « surenchérir » sur l’attachement du gouvernement à l’institution militaire ou sur son respect pour les soldats tombés en service.
Le premier ministre a rappelé les démarches entreprises par son cabinet pour soutenir l’armée. Il a cité les efforts destinés à obtenir une assistance en sa faveur, à améliorer son équipement, à augmenter les rémunérations des militaires et des officiers ainsi qu’à préserver leur moral et leur dignité. Il cherche ainsi à répondre directement à ceux qui pourraient présenter le désaccord sur l’amnistie comme le signe d’un gouvernement indifférent aux intérêts de l’institution militaire.
Mais son argument principal dépasse la question des moyens matériels. Nawaf Salam a insisté sur la nécessité de protéger l’armée contre son instrumentalisation dans les affrontements politiques internes. Il a dit vouloir empêcher toute interprétation susceptible de donner l’impression que l’armée constitue « un camp au Liban » ou qu’elle se trouve en conflit avec une partie de la population ou des forces politiques.
Le choix des mots est important. Le premier ministre ne défend pas seulement l’armée contre des critiques extérieures ; il entend également préserver sa position d’institution nationale placée au-dessus des clivages politiques. « Elle est l’armée de tout le Liban », a-t-il insisté.
Cette argumentation permet de comprendre pourquoi Nawaf Salam lie aussi étroitement la question de l’amnistie à celle du fonctionnement gouvernemental. À ses yeux, transformer un désaccord sur une loi en confrontation entre l’armée et un acteur politique ferait courir un risque plus large à l’institution militaire elle-même.
Une loi d’amnistie défendue sans être présentée comme parfaite
Le premier ministre n’a pas pour autant présenté la loi d’amnistie générale comme un texte exempt de critiques. Au contraire, il a reconnu devant le Conseil des ministres qu’il ne s’agissait pas d’une « loi idéale ». Cette réserve lui permet de défendre son adoption tout en reconnaissant l’existence d’imperfections ou de désaccords.
Nawaf Salam a cependant insisté sur ce qu’il considère comme les objectifs nationaux du texte. Selon lui, l’amnistie doit notamment contribuer à réparer des injustices subies par certaines catégories de détenus et de condamnés. Elle doit aussi participer à la réduction d’une surpopulation carcérale qu’il juge incompatible avec la dignité humaine.
Cette position éclaire la controverse avec le ministre de la Défense. Le chef du gouvernement défend la légitimité générale de la loi, mais il affirme en parallèle que l’avis de l’armée a bien été transmis et entendu. Il tente ainsi d’éviter que le débat soit réduit à une opposition binaire entre les défenseurs de l’amnistie et les défenseurs de l’institution militaire.
L’enjeu politique est d’autant plus délicat que les questions d’amnistie au Liban touchent souvent plusieurs catégories de personnes, avec des situations judiciaires et sécuritaires différentes. Dans le compte rendu communiqué jeudi, Nawaf Salam ne revient pas en détail sur chacune d’elles. Son propos vise avant tout à justifier le processus suivi et à contester l’idée que l’armée aurait été délibérément tenue à l’écart.
« Un gouvernement, pas vingt-quatre » : un rappel d’autorité
La formule choisie par Nawaf Salam ne concerne donc pas seulement l’incident du jour. Elle exprime une conception plus générale du fonctionnement du cabinet. En rappelant qu’il existe « un gouvernement » et non vingt-quatre gouvernements autonomes, le premier ministre défend le principe d’une responsabilité collective de l’exécutif.
Ce rappel intervient dans un contexte où les ministres peuvent être soumis à des pressions politiques, partisanes ou institutionnelles différentes. Nawaf Salam cherche à poser une limite : une fois qu’une décision engage le Conseil des ministres, les divergences individuelles ne doivent pas produire plusieurs lignes officielles concurrentes.
Sa déclaration ne signifie pas que les désaccords internes sont interdits. Les ministres peuvent défendre leurs positions pendant les discussions gouvernementales. Mais le chef du gouvernement insiste sur la nécessité de préserver une expression collective lorsque l’exécutif intervient comme institution.
L’absence du ministre de la Défense donne à ce rappel une portée immédiate. Nawaf Salam dit s’attendre à ce que cette absence soit courte. Il ne présente donc pas la situation comme une démission, une rupture ou une crise irréversible. La prochaine participation du ministre aux travaux du cabinet sera néanmoins observée comme un indicateur concret de l’apaisement annoncé.
Deux absences lors du Conseil des ministres
La séance de jeudi s’est déroulée en présence de la très grande majorité du cabinet. Le vice-premier ministre Tarek Mitri participait à la réunion, tout comme les ministres des Finances, Yassine Jaber, de la Culture, Ghassan Salamé, de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, des Affaires étrangères, Youssef Rajji, de l’Économie, Amer Bisat, de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, et de la Justice, Adel Nassar.
Étaient également présents les ministres des Affaires sociales, Hanine Sayed, du Tourisme, Laura Khazen, des Télécommunications, Charles Hage, de l’Industrie, Joe Issa el-Khoury, du Travail, Mohammad Haidar, des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny, de l’Agriculture, Nizar Hani, de l’Environnement, Tamara Zein, de la Santé, Rakan Nassereddine, ainsi que Paul Morcos à l’Information. Le directeur général de la présidence de la République, Antoine Choucair, et le secrétaire général du Conseil des ministres, le juge Mahmoud Makkiyé, assistaient aussi à la séance.
Deux membres du gouvernement étaient absents : le ministre de la Défense nationale et la ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Les deux absences n’ont cependant pas été placées sur le même plan. Celle du ministre de la Défense a fait l’objet d’une intervention politique détaillée de Nawaf Salam. Concernant la ministre de l’Éducation, Paul Morcos a simplement précisé qu’un dossier relevant de son ministère n’avait pas été examiné en son absence.
Le sud du Liban ouvre la séance
Avant de revenir sur les tensions internes, Nawaf Salam avait placé la situation dans le sud du Liban en tête des quatre sujets politiques abordés avant l’ordre du jour ordinaire.
Le premier ministre a dénoncé ce qu’il décrit comme des opérations de destruction systématique menées par Israël dans des villages du Sud. Selon lui, ces opérations constituent une violation des lois de la guerre et des règles découlant de la Convention de Genève.
Cette déclaration prolonge la position défendue par Beyrouth dans les discussions concernant la situation au Sud. Le gouvernement ne veut pas dissocier les négociations sécuritaires de ce qui se déroule concrètement dans les localités affectées. L’arrêt des destructions apparaît ainsi comme l’une des conditions que les autorités libanaises mettent en avant pour toute stabilisation durable.
Nawaf Salam a également réagi aux déclarations du ministre israélien de la Défense, Israël Katz, sur le maintien de forces israéliennes au Liban, à Gaza et en Syrie. Il a rejeté cette perspective « dans sa totalité », considérant qu’une présence israélienne durable au Liban ne peut être acceptée par son gouvernement.
Salam salue la réaction américaine
Le premier ministre a parallèlement salué la réponse de l’administration américaine aux déclarations israéliennes. Il a estimé que Washington avait eu raison de réagir, les propos sur une présence militaire durable étant, selon lui, incompatibles avec le cadre tripartite impliquant le Liban, Israël et les États-Unis.
Cette référence au cadre négocié est importante. Elle signifie que Beyrouth entend évaluer les déclarations et les actes israéliens à l’aune des engagements discutés avec les États-Unis. Nawaf Salam oppose ainsi l’idée d’un dispositif devant conduire à des arrangements précis à celle d’une occupation appelée à devenir permanente.
La question est directement liée aux discussions que le gouvernement poursuit sur le retrait israélien et sur les modalités militaires applicables dans le sud du Liban. Mais lors du Conseil du 13 août, aucune nouvelle décision opérationnelle n’a été annoncée sur ce dossier. Le premier ministre a surtout rappelé les limites politiques que Beyrouth entend imposer au processus.
Le dossier Solidere renvoyé à une négociation
Le troisième sujet abordé par Nawaf Salam concernait Solidere et la question de la prolongation de la durée de la société. Le Conseil des ministres avait adopté, lors de sa réunion précédente, une décision fixant les bases des discussions à engager avec elle.
Nawaf Salam a indiqué avoir transmis à Solidere le contenu de cette décision. Il a également demandé que la commission ministérielle présidée par le vice-premier ministre Tarek Mitri puisse engager les négociations dès réception de la réponse de la société.
Le dossier reste donc à ce stade dans une phase préparatoire. Le gouvernement a défini son cadre de discussion, Solidere doit encore répondre et la commission ministérielle doit ensuite entamer les échanges. Aucun résultat de négociation n’a été annoncé jeudi.
La mention de ce dossier parmi les quatre points introductifs montre néanmoins que le premier ministre souhaite éviter qu’il reste suspendu après la décision prise lors du précédent Conseil. Il demande une mise en œuvre rapide dès que la réponse nécessaire aura été reçue.
Trois lois présentées comme des avancées réformatrices
Nawaf Salam a également profité de la réunion pour saluer plusieurs textes adoptés par la Chambre des députés. Il les a rattachés au programme de réformes figurant dans la déclaration ministérielle de son gouvernement.
Le premier texte cité est la loi abolissant la peine de mort. Le premier ministre a présenté cette réforme comme l’affirmation d’une justice capable de protéger la société sans recourir à la peine capitale. Il a également estimé qu’elle renforçait l’engagement du Liban envers les normes internationales relatives aux droits humains.
Il a ensuite évoqué la loi d’amnistie générale, avec les réserves déjà formulées sur son caractère imparfait, mais en insistant sur son objectif de réparation de certaines injustices et de réduction de la surpopulation carcérale.
Enfin, Nawaf Salam a salué l’adoption de la nouvelle loi sur les médias, après plusieurs années d’attente. Le chef du gouvernement a regroupé ces trois textes dans une même séquence réformatrice, tout en leur attribuant des objectifs différents.
Ces avancées législatives constituaient un élément secondaire de la séance par rapport au différend sur le ministre de la Défense. Elles permettent toutefois au premier ministre de replacer la réunion dans une perspective plus large : malgré les tensions internes, il veut présenter l’exécutif comme engagé dans la mise en œuvre de son programme et dans l’accompagnement des réformes adoptées par le Parlement.
La majorité de l’ordre du jour adoptée
Après ces quatre dossiers politiques, le Conseil des ministres est passé à son ordre du jour ordinaire. Plusieurs points avaient été reportés depuis la réunion du 7 août 2026. Selon Paul Morcos, la majorité des dossiers examinés ont été approuvés.
Le ministre de l’Information a notamment confirmé l’adoption, sous une forme amendée, du décret numéro 3214. Interrogé une seconde fois sur ce point, il a confirmé que la modification avait bien été approuvée. Le compte rendu fourni après la séance ne donne cependant pas d’éléments supplémentaires permettant de détailler ici la portée de cet amendement sans aller au-delà des informations disponibles.
La séance s’est achevée vers 17 h 30, après environ deux heures et demie de discussions. Paul Morcos a ensuite répondu aux questions des journalistes, notamment sur la prochaine réunion du gouvernement et sur la controverse concernant le ministre de la Défense.
Deux semaines sans réunion du Conseil des ministres
Le gouvernement ne prévoit pas de séance pendant les deux semaines suivant la réunion du 13 août. Paul Morcos a précisé qu’un accord avait été trouvé sur cette interruption du calendrier gouvernemental.
À la reprise, une réunion spécifique doit être consacrée aux questions environnementales. D’autres séances ordinaires doivent également se tenir au début de la période suivante. Aucune date précise n’a toutefois été annoncée dans le compte rendu.
Cette pause intervient à un moment politiquement sensible. Elle repousse de plusieurs jours le prochain test visible de l’unité gouvernementale après la controverse impliquant le ministre de la Défense.
Nawaf Salam a néanmoins voulu désamorcer par avance toute interprétation d’une rupture durable. En affirmant que l’absence du ministre « ne durera pas » et en réitérant son estime personnelle à son égard, il a ouvert la voie à un retour autour de la table du Conseil sans exiger de réconciliation publique préalable.
Une crise contenue mais pas encore totalement refermée
La séance du 13 août aura ainsi surtout servi à fixer la version officielle du chef du gouvernement sur un différend devenu suffisamment important pour nécessiter une longue clarification devant le cabinet. Nawaf Salam reconnaît qu’un échange a eu lieu avec le ministre de la Défense, mais il nie lui avoir interdit de participer à la séance parlementaire. Il affirme également que l’armée a pu transmettre son avis sur l’amnistie et refuse que cette institution soit présentée comme partie prenante d’un affrontement politique intérieur.
Le premier ministre cherche simultanément à défendre son autorité institutionnelle. Son rappel selon lequel il représente le gouvernement et parle en son nom n’est pas une remarque secondaire. Il constitue le fond du désaccord tel qu’il l’a présenté jeudi : la question porte sur la possibilité, pour plusieurs membres de l’exécutif, de faire entendre séparément des positions lorsqu’une parole gouvernementale commune existe déjà.
C’est dans ce cadre que prend tout son sens la formule sur les « vingt-quatre gouvernements ». Nawaf Salam veut éviter que les divergences internes produisent une fragmentation publique de l’exécutif, au moment où celui-ci doit gérer simultanément les négociations liées au sud du Liban, les rapports avec les États-Unis, les conséquences de la présence israélienne, les réformes législatives et plusieurs dossiers économiques et administratifs.
La controverse n’est toutefois pas totalement close par une déclaration. Sa résolution se mesurera davantage aux actes qu’aux formules prononcées au Grand Sérail. Le retour du ministre de la Défense lors de la prochaine réunion, la manière dont l’exécutif s’exprimera à l’avenir devant le Parlement et l’absence de nouvelle confrontation autour du dossier de l’amnistie permettront de déterminer si le principe de solidarité gouvernementale réaffirmé par Nawaf Salam le 13 août a effectivement permis de dépasser l’incident.



