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14 août 2006 : la guerre s’arrête, la 1701 commence

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À 8 heures du matin, le lundi 14 août 2006, la cessation des hostilités prévue par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies entre en vigueur entre Israël et le Hezbollah. Elle met fin à trente-trois jours d’une guerre qui a ravagé une partie du Liban, fait plus d’un millier de morts, provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes et détruit des infrastructures essentielles. Mais cette journée ne marque ni la paix entre le Liban et Israël, ni le début d’une application sans faille du nouveau dispositif international. Dès les premiers jours, les violations apparaissent : les survols israéliens de l’espace aérien libanais se poursuivent après le cessez-le-feu et deviennent l’un des contentieux permanents de l’après-guerre. Cinq jours plus tard, une opération israélienne dans la Bekaa est dénoncée par l’ONU comme une violation de la cessation des hostilités.

Le 14 août 2006 reste pourtant une date charnière de l’histoire contemporaine du Liban. La résolution 1701 impose un nouveau cadre au Sud : retrait progressif des forces israéliennes, déploiement de l’armée libanaise jusqu’à la frontière, renforcement massif de la FINUL et principe d’une zone entre la Ligne bleue et le Litani où aucune force armée autre que celles de l’État libanais et de la FINUL ne doit être présente. Ce dispositif permettra d’éviter pendant près de dix-huit ans une nouvelle guerre générale de l’ampleur de celle de 2006, sans régler les causes profondes du conflit. Le Hezbollah conservera puis renforcera son arsenal, tandis qu’Israël poursuivra pendant des années ses incursions aériennes au-dessus du territoire libanais. La 1701 fonctionnera ainsi davantage comme un mécanisme de contention que comme un règlement pleinement appliqué.

Le 14 août 2006, les armes se taisent à 8 heures

La cessation des hostilités entre officiellement en vigueur à 8 heures, heure locale. Après trente-trois jours de bombardements, de tirs de roquettes et de combats terrestres, le changement est brutal. Dans une grande partie du pays, le bruit des frappes cesse. Au nord d’Israël, les tirs de roquettes du Hezbollah s’interrompent également.

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Le texte adopté trois jours plus tôt par le Conseil de sécurité ne parle pas d’un traité de paix. Il exige une « cessation complète des hostilités », fondée notamment sur l’arrêt de toutes les attaques du Hezbollah et sur l’arrêt de toutes les opérations militaires offensives israéliennes. La formule résulte d’un compromis difficile entre les États-Unis, la France, le gouvernement libanais et les autres membres du Conseil de sécurité.

Cette nuance est essentielle. Israël ne retire pas immédiatement toutes ses forces au matin du 14 août. Le mécanisme prévoit que l’armée israélienne se retire progressivement à mesure que l’armée libanaise et la FINUL prennent position dans le Sud. L’objectif est d’éviter un vide militaire entre le départ des forces israéliennes et le retour de l’État libanais.

Le cessez-le-feu interrompt donc les grandes opérations, mais il n’efface pas instantanément la présence militaire israélienne ni les violations qui accompagnent les premiers jours du dispositif.

Les violations israéliennes commencent immédiatement

L’un des éléments fondamentaux pour comprendre la résolution 1701 est que son application reste incomplète dès ses débuts. Les survols israéliens de l’espace aérien libanais se poursuivent après l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités. Ils deviennent rapidement l’un des principaux motifs de protestation de Beyrouth auprès des Nations unies.

Pour le Liban, ces incursions constituent une atteinte directe à sa souveraineté. L’ONU les considérera régulièrement comme des violations de la résolution 1701 et demandera à Israël d’y mettre fin. Les rapports successifs du secrétaire général consacrés à l’application du texte continueront pendant des années à recenser ces activités aériennes.

Israël défend une autre lecture. Ses autorités invoquent leurs besoins de renseignement et la nécessité de surveiller le Hezbollah, notamment ses mouvements, ses installations militaires et ses approvisionnements en armes. Mais cette justification sécuritaire ne vaut pas autorisation juridique de pénétrer dans l’espace aérien libanais.

La situation révèle dès l’origine la fragilité du système. Au sol, Israël doit se retirer progressivement et laisser l’armée libanaise et la FINUL s’installer. Dans les airs, l’armée israélienne conserve une capacité de surveillance presque permanente au-dessus du Liban.

Cette contradiction accompagnera toute l’histoire de la résolution 1701.

Le 19 août, une opération israélienne dans la Bekaa

La première semaine suivant le cessez-le-feu montre encore plus clairement que le nouveau cadre n’est pas appliqué sans heurts. Le 19 août 2006, soit cinq jours seulement après l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités, des forces israéliennes mènent une opération dans la Bekaa.

Israël affirme vouloir empêcher un transfert d’armes destiné au Hezbollah. L’opération provoque une réaction ferme du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui la considère comme une violation de la cessation des hostilités.

L’incident est important pour comprendre les années suivantes. Israël considère que le réarmement du Hezbollah contrevient aux objectifs de la résolution et estime nécessaire de conserver une liberté d’action pour empêcher certains transferts. Le Liban et l’ONU rappellent de leur côté qu’Israël ne peut invoquer ces soupçons pour violer souverainement le territoire libanais.

Le débat qui apparaît dès août 2006 restera presque inchangé pendant les années suivantes : chaque camp invoque les manquements de l’autre pour justifier ou expliquer ses propres pratiques.

La résolution n’installe donc jamais un ordre parfaitement respecté. Elle impose un cadre juridique et sécuritaire dans lequel les violations deviennent elles-mêmes un élément permanent du rapport de force.

La guerre avait commencé trente-trois jours plus tôt

Le conflit débute le 12 juillet 2006 avec une opération du Hezbollah à proximité de la frontière. Des combattants de l’organisation attaquent une patrouille israélienne. Deux soldats israéliens, Ehud Goldwasser et Eldad Regev, sont capturés. Plusieurs militaires israéliens sont tués pendant l’attaque et les affrontements qui suivent.

Le Hezbollah présente l’opération comme un moyen d’obtenir un échange de prisonniers. Ce type d’action correspond à une stratégie déjà utilisée auparavant par l’organisation.

La réaction israélienne change immédiatement l’échelle du conflit. Le gouvernement d’Ehud Olmert décide de mener une campagne militaire majeure au Liban. Les bombardements ne se limitent pas aux positions du Hezbollah à proximité de la frontière.

L’aviation israélienne frappe l’aéroport international de Beyrouth, des routes, des ponts, des infrastructures énergétiques, des quartiers de la banlieue sud et de nombreuses localités dans le Sud et la Bekaa. Israël impose également un blocus aérien et maritime.

Le Hezbollah répond par des tirs massifs de roquettes sur le nord d’Israël. Des villes comme Haïfa, Nahariya, Kiryat Shmona et Safed sont régulièrement touchées ou placées sous alerte. Une partie de la population israélienne du Nord quitte temporairement la région ou vit pendant plusieurs semaines à proximité des abris.

En quelques jours, une opération transfrontalière se transforme en guerre ouverte.

Israël veut changer définitivement l’équilibre au Sud

Le gouvernement israélien poursuit plusieurs objectifs. Il veut obtenir le retour des soldats capturés, affaiblir le Hezbollah, réduire fortement sa capacité de tirs de roquettes et transformer les conditions de sécurité le long de la frontière.

La question de l’armement du Hezbollah précède largement la guerre. La résolution 1559 du Conseil de sécurité, adoptée en septembre 2004, avait déjà appelé à la dissolution et au désarmement des milices libanaises et étrangères. Mais en juillet 2006, le Hezbollah conserve ses capacités militaires et une implantation importante dans le Sud.

Pour Israël, l’attaque du 12 juillet démontre que la situation créée après son retrait du Liban en mai 2000 ne lui apporte pas la sécurité attendue. La campagne militaire doit donc imposer une nouvelle réalité.

Les dirigeants israéliens misent d’abord fortement sur la puissance aérienne. Les frappes détruisent une partie des infrastructures du Hezbollah et provoquent d’importants dommages, mais elles ne mettent pas fin aux tirs de roquettes.

La guerre terrestre prend alors davantage d’importance. L’armée israélienne pénètre dans plusieurs secteurs du Sud et affronte les combattants du Hezbollah dans des localités préparées à la défense.

Maroun al-Ras, Bint Jbeil, Aïta el-Chaab et d’autres zones deviennent des lieux de combats particulièrement intenses.

Le Hezbollah reste capable de combattre jusqu’au dernier jour

La capacité du Hezbollah à poursuivre les tirs de roquettes et les combats terrestres jusqu’à la veille du cessez-le-feu devient l’un des éléments déterminants de l’interprétation politique du conflit.

Militairement, l’organisation subit des pertes et une partie de son infrastructure est touchée. Mais Israël ne réussit pas à la détruire. Le Hezbollah continue à combattre malgré trente-trois jours de frappes et conserve sa capacité à lancer des projectiles sur le territoire israélien.

Cette survie fournit à Hassan Nasrallah la base de son récit de victoire. Pour le Hezbollah, résister à une armée disposant d’une supériorité technologique et aérienne écrasante constitue déjà un succès stratégique.

Le raisonnement n’est pas celui d’une victoire militaire conventionnelle. Le Hezbollah ne conquiert pas de territoire israélien et n’expulse pas par lui-même toutes les forces adverses. Mais il empêche Israël d’atteindre plusieurs de ses objectifs initiaux.

Les deux militaires capturés ne sont pas libérés par la force. Les tirs de roquettes ne cessent pas avant l’accord diplomatique. L’organisation n’est pas éliminée et conserve son appareil politique et militaire après la guerre.

C’est ce bilan que Hassan Nasrallah transformera en « victoire divine ».

Une « victoire divine » contestée au Liban

L’expression s’impose rapidement dans la communication du Hezbollah. Elle devient l’un des piliers de la mémoire de la guerre parmi les partisans de l’organisation et de ses alliés.

Mais cette lecture provoque immédiatement une controverse au Liban. Les adversaires du Hezbollah soulignent le coût humain et matériel colossal du conflit. Ils contestent surtout le droit d’une organisation armée à mener une opération susceptible d’entraîner l’ensemble du pays dans une guerre sans décision préalable du gouvernement.

Cette question prend une dimension particulièrement forte après le conflit. Le débat ne porte plus seulement sur les performances militaires du Hezbollah face à Israël. Il concerne le principe même de la guerre et de la paix : qui doit pouvoir décider d’engager le Liban dans un affrontement ?

Pour les défenseurs du Hezbollah, l’existence de la « résistance » reste justifiée par la menace israélienne et par les limites de l’armée libanaise. Ils considèrent que la guerre a prouvé l’efficacité de l’organisation comme force de dissuasion.

Pour ses adversaires, le conflit prouve au contraire le danger d’un système dans lequel une force militaire autonome peut prendre une décision stratégique dont les conséquences touchent tous les Libanais.

Cette fracture ne disparaît pas le 14 août. Elle se renforce.

Plus d’un millier de morts au Liban

Le coût humain constitue la donnée la plus lourde de la guerre. Les bilans établis après le conflit font état de plus de 1 100 morts au Liban. Les chiffres officiels libanais repris par les Nations unies ont notamment fait état de 1 187 morts et de plus de 4 000 blessés à la fin du mois d’août 2006.

Une importante proportion des victimes sont des civils. Plusieurs bombardements deviennent emblématiques de la violence du conflit et provoquent de fortes réactions internationales.

Le 30 juillet, le bombardement de Cana tue plusieurs dizaines de personnes réfugiées dans un bâtiment, dont de nombreux enfants. L’événement provoque une onde de choc internationale et accroît la pression diplomatique pour obtenir un cessez-le-feu.

Israël affirme pendant la guerre viser le Hezbollah et les infrastructures utilisées par l’organisation. Les autorités libanaises et de nombreuses organisations internationales dénoncent toutefois l’ampleur des pertes civiles et des destructions.

La guerre frappe particulièrement le Sud, la banlieue sud de Beyrouth et la Bekaa, mais les conséquences économiques et sociales concernent l’ensemble du pays.

Près d’un million de personnes déplacées

Les déplacements constituent une autre mesure de l’ampleur de la catastrophe. Les Nations unies estiment qu’environ un million de Libanais ont été contraints de quitter leur domicile pendant le conflit.

Des centaines de milliers de personnes se réfugient dans d’autres régions du pays. Des écoles, bâtiments publics, appartements privés et structures associatives servent d’hébergement provisoire. D’autres Libanais quittent le territoire par la Syrie ou par des évacuations organisées.

Pour un pays dont la population se chiffre alors à quelques millions d’habitants, la proportion est considérable.

Le Sud se vide partiellement de sa population pendant les combats. Les habitants fuient les bombardements, mais les routes deviennent elles-mêmes dangereuses. Certains villages restent isolés pendant plusieurs jours.

Le 14 août, le phénomène s’inverse presque immédiatement.

Dès l’annonce effective du cessez-le-feu, des dizaines de milliers de déplacés prennent la route du retour. Les grands axes vers le Sud se remplissent de véhicules. Beaucoup de familles ignorent encore si leur habitation existe toujours.

Ce retour massif devient l’une des images les plus fortes de la journée.

Des villages détruits et une reconstruction immense

Les habitants découvrent un territoire profondément endommagé. Des immeubles sont détruits dans la banlieue sud de Beyrouth. Plusieurs villages du Sud ont subi de lourds bombardements. Des routes et des ponts sont coupés.

Les infrastructures électriques, les réseaux de communication et de nombreuses installations économiques ont également été touchés. Le blocus israélien a paralysé une partie du commerce extérieur pendant plusieurs semaines.

Les estimations du coût économique varient selon les méthodes utilisées. Les dommages directs et indirects atteignent plusieurs milliards de dollars.

La reconstruction devient donc immédiatement une question politique. L’État libanais doit réparer les infrastructures et soutenir les familles sinistrées. Le Hezbollah mobilise parallèlement son propre réseau social et financier pour indemniser rapidement certains habitants dont les logements ont été détruits.

Cette intervention contribue à la bataille politique de l’après-guerre. Le Hezbollah veut démontrer qu’il est capable non seulement de combattre, mais aussi de prendre en charge les conséquences sociales du conflit dans ses zones d’influence.

Les bombes à sous-munitions prolongent la guerre après le 14 août

Le cessez-le-feu ne signifie pas que la population peut revenir partout sans danger. Une quantité considérable de munitions non explosées reste disséminée dans les zones bombardées.

La question des armes à sous-munitions devient particulièrement grave. De nombreuses petites sous-munitions n’explosent pas lors de leur dispersion et restent dans les champs, les jardins, les routes ou à proximité des habitations.

Le danger touche directement les civils qui rentrent chez eux. Des personnes sont tuées ou blessées après la fin officielle des hostilités en manipulant ou en approchant des engins non explosés.

Les équipes de déminage doivent intervenir sur des surfaces considérables. Le problème affecte aussi l’agriculture, car l’accès à certaines terres devient impossible ou dangereux.

Ainsi, même lorsque les bombardements cessent à 8 heures, la guerre continue à produire des victimes.

Cette réalité rappelle qu’un cessez-le-feu constitue une frontière juridique et militaire, mais qu’il ne supprime pas instantanément les conséquences matérielles des trente-trois jours précédents.

La résolution 1701 est adoptée le 11 août

La cessation des hostilités résulte de plusieurs semaines de négociations diplomatiques difficiles. Le Conseil de sécurité adopte finalement la résolution 1701 à l’unanimité le vendredi 11 août 2006.

La France et les États-Unis jouent un rôle central dans l’élaboration du compromis. Les divergences sont importantes. Washington soutient fortement Israël et veut éviter un cessez-le-feu qui ramènerait simplement la situation au statu quo ante. Paris insiste davantage sur la souveraineté libanaise et sur la nécessité de parvenir à un texte acceptable pour le gouvernement de Fouad Siniora.

Une première formulation suscite d’importantes réserves à Beyrouth. Le Liban refuse notamment toute solution qui donnerait l’impression d’entériner une occupation israélienne prolongée.

Le texte final combine plusieurs éléments. Le Hezbollah doit cesser ses attaques. Israël doit cesser ses opérations militaires offensives. L’armée libanaise et la FINUL doivent se déployer dans le Sud. Israël doit retirer ses forces parallèlement à ce déploiement.

La résolution prévoit également une augmentation considérable des effectifs de la FINUL.

L’armée libanaise revient au Sud

L’un des changements les plus importants du règlement concerne l’armée libanaise. Avant la guerre, sa présence au sud du Litani reste limitée par rapport au dispositif mis en place après août 2006.

Le gouvernement décide de déployer environ 15 000 soldats dans le Sud. Ce mouvement doit permettre à l’État de réaffirmer son autorité sur une région où le Hezbollah possède depuis longtemps une implantation militaire et sociale très importante.

Le déploiement commence après le cessez-le-feu et accompagne le retrait israélien. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, l’armée libanaise prend position à grande échelle jusqu’aux secteurs proches de la Ligne bleue.

La portée politique est majeure. La résolution repose sur le principe que l’État libanais doit exercer son autorité sur l’ensemble de son territoire.

Mais une ambiguïté apparaît immédiatement : le déploiement de l’armée n’est pas accompagné du désarmement forcé du Hezbollah.

L’État revient donc physiquement dans le Sud sans acquérir immédiatement le monopole effectif de la force armée.

Cette contradiction deviendra l’un des problèmes centraux de l’application de la 1701.

La FINUL change complètement d’échelle

La Force intérimaire des Nations unies au Liban existe depuis 1978. Avant la guerre de 2006, elle compte environ 2 000 soldats. La résolution 1701 autorise un renforcement pouvant porter son effectif jusqu’à 15 000 militaires.

Cette transformation modifie profondément son rôle. La FINUL doit désormais accompagner le déploiement de l’armée libanaise, surveiller la cessation des hostilités et contribuer à maintenir un environnement sécurisé au Sud.

Des contingents européens importants rejoignent la mission. La France, l’Italie, l’Espagne et d’autres pays renforcent leur présence. La FINUL devient ainsi l’une des principales opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Son mandat reste cependant limité. Elle n’est pas transformée en force chargée de mener une guerre contre le Hezbollah ou de fouiller systématiquement le territoire à la recherche de ses armes.

Elle agit en coordination avec l’armée libanaise et dans le cadre des compétences définies par la résolution.

Cette distinction sera régulièrement source de critiques israéliennes. Israël reprochera à la FINUL de ne pas empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires. L’ONU rappellera que la mission n’a ni la nature ni le mandat d’une force d’occupation pouvant agir indépendamment des autorités libanaises.

Le sud du Litani devient une zone à statut sécuritaire particulier

L’une des dispositions les plus souvent citées de la résolution concerne l’espace compris entre la Ligne bleue et le fleuve Litani.

Le texte prévoit qu’il ne doit s’y trouver aucun personnel armé, aucune arme et aucun équipement militaire autres que ceux du gouvernement libanais et de la FINUL.

Le Litani ne devient pas une frontière politique. Il se situe entièrement à l’intérieur du Liban. Mais il devient la limite nord d’un espace soumis à une exigence sécuritaire particulière.

Cette disposition est centrale car elle vise directement la présence militaire du Hezbollah dans le Sud.

Elle explique aussi pourquoi le terme « Litani » réapparaît constamment dans les discussions après octobre 2023. Les demandes de retrait des combattants et des infrastructures militaires du Hezbollah au nord du fleuve ne naissent pas avec la nouvelle guerre. Elles trouvent leur fondement dans le cadre adopté en 2006.

De la même manière, les références actuelles à la FINUL et au déploiement de l’armée libanaise reprennent presque mot pour mot l’architecture construite dix-huit ans plus tôt.

Les survols israéliens deviennent une violation permanente

L’autre dimension de la résolution est souvent moins mise en avant dans les débats politiques : le respect de la souveraineté libanaise concerne aussi Israël.

Dans les semaines et les mois qui suivent le cessez-le-feu, l’aviation israélienne continue à survoler régulièrement le Liban. Des avions de combat et des drones pénètrent dans l’espace aérien national, parfois profondément au-dessus du territoire.

Beyrouth proteste auprès des Nations unies. La FINUL et le secrétaire général de l’ONU rappellent à plusieurs reprises qu’il s’agit de violations de la souveraineté libanaise et de la résolution.

Ces vols ne restent pas exceptionnels. Ils deviennent une caractéristique structurelle de l’après-2006.

Pendant des années, les rapports internationaux sur la mise en œuvre de la 1701 recensent les violations aériennes israéliennes. Israël continue de justifier ces missions par la nécessité de surveiller l’arsenal du Hezbollah et les transferts d’armes.

Le problème est donc inscrit au cœur du dispositif dès ses débuts : Israël reproche au Hezbollah de violer la résolution en conservant des armes et en renforçant ses capacités, tandis que le Liban accuse Israël de violer le même texte par ses incursions aériennes et d’autres atteintes à sa souveraineté.

Le retrait israélien reste progressif

L’armée israélienne ne quitte pas intégralement le Liban le 14 août. Son retrait est lié à l’arrivée progressive de l’armée libanaise et de la FINUL dans les secteurs évacués.

Cette organisation nécessite plusieurs semaines. La FINUL joue un rôle d’intermédiaire entre les armées libanaise et israélienne afin d’éviter des contacts directs susceptibles de provoquer de nouveaux incidents.

Le retrait de l’essentiel des forces israéliennes s’achève au début du mois d’octobre 2006.

Mais des contentieux restent ouverts. La question des fermes de Chebaa demeure notamment non résolue. Le Liban revendique cette zone occupée par Israël, tandis que les Nations unies l’ont historiquement rattachée au dossier du Golan syrien occupé.

D’autres points le long de la Ligne bleue restent contestés ou font l’objet de réserves libanaises.

La résolution ne crée donc pas une frontière définitive entre deux États ayant conclu la paix. Elle organise une ligne de retrait et un mécanisme permettant de réduire les risques de confrontation.

La résolution 1701 ne désarme pas le Hezbollah

Le problème le plus durable concerne les armes du Hezbollah. La résolution rappelle les principes des textes antérieurs appelant au désarmement des groupes armés au Liban et à l’exercice exclusif de l’autorité de l’État.

Elle affirme également l’objectif d’un Liban où aucune arme et aucune autorité ne peuvent exister en dehors du consentement du gouvernement.

Mais aucun mécanisme militaire n’est créé pour désarmer immédiatement le Hezbollah.

La FINUL n’a pas pour mission de lancer une opération contre l’organisation. L’armée libanaise n’est pas chargée de l’affronter pour lui retirer ses armes.

Dans le contexte politique de 2006, une telle confrontation aurait de toute façon fait courir au pays un risque immense de conflit intérieur.

Le résultat est une application partielle. Les armes visibles du Hezbollah disparaissent largement de certains espaces proches de la frontière, mais l’organisation conserve son appareil militaire et ses stocks.

Au fil des années, elle reconstitue puis augmente considérablement son arsenal.

Israël considère le réarmement comme la principale violation

Pour Israël, cette évolution constitue la preuve que le dispositif adopté en 2006 n’a pas rempli sa fonction essentielle.

Les responsables israéliens affirment que l’Iran et la Syrie ont permis au Hezbollah de recevoir des missiles, des roquettes et des équipements en quantité croissante.

L’organisation développe également ses capacités militaires dans d’autres domaines : missiles de précision, drones, systèmes antichars, communications et structures souterraines.

Israël estime donc que la 1701 est progressivement vidée de sa substance sur le volet concernant le désarmement et la démilitarisation du Sud.

Cette lecture n’est pas sans fondement sur le constat du maintien d’un appareil militaire non étatique. Mais elle ne supprime pas les propres obligations israéliennes.

C’est précisément ce que rappelle régulièrement le Liban : une partie ne peut pas exiger l’application intégrale des dispositions visant son adversaire tout en considérant comme facultatives celles concernant la souveraineté libanaise.

La controverse sur la 1701 devient ainsi une bataille permanente sur la symétrie des obligations.

Israël vit la guerre comme un échec stratégique

Dans les jours suivant le cessez-le-feu, le débat israélien devient rapidement sévère. La guerre avait été lancée avec des objectifs ambitieux, mais plusieurs ne sont pas atteints.

Les deux soldats capturés ne sont pas ramenés par l’armée. Le Hezbollah continue de tirer des roquettes jusqu’à la fin du conflit. Son commandement survit et l’organisation reste armée.

Les critiques portent aussi sur la préparation des forces terrestres, l’improvisation de certaines opérations et la coordination entre le gouvernement et l’état-major.

Le chef d’état-major Dan Haloutz finit par démissionner en janvier 2007.

La commission Winograd, créée pour enquêter sur la conduite de la guerre, publie quelques mois plus tard un rapport particulièrement critique sur le processus ayant conduit à l’intervention et sur la manière dont les objectifs ont été définis.

Le premier ministre Ehud Olmert et le ministre de la Défense Amir Peretz sont également fragilisés.

Israël ne considère pas officiellement avoir été vaincu au sens militaire. Mais la guerre détruit l’image d’une campagne rapide ayant permis d’atteindre les objectifs annoncés.

La commission Winograd dissèque les erreurs

Le travail de la commission Winograd donne une dimension institutionnelle à l’autocritique israélienne. Son rapport intermédiaire de 2007 critique notamment la manière dont les responsables politiques ont décidé d’entrer dans une guerre de grande ampleur sans disposer d’objectifs suffisamment clairs ni d’une stratégie cohérente pour les atteindre.

La conduite des opérations terrestres est également examinée. Les faiblesses en matière d’entraînement, de logistique, de préparation des réservistes et de commandement sont largement débattues dans la société israélienne.

L’armée tire ensuite de nombreux enseignements de la confrontation.

Les années suivantes voient une amélioration de la préparation terrestre, un développement de la défense antimissile et une attention beaucoup plus importante accordée aux capacités du Hezbollah.

Ainsi, la guerre que l’organisation libanaise transforme en victoire politique devient pour Israël un laboratoire de réforme militaire.

Cette dynamique contribue elle aussi au calme relatif des années suivantes : les deux camps ont découvert en 2006 le coût d’une guerre générale et se préparent à la suivante tout en cherchant longtemps à l’éviter.

Les soldats capturés ne reviennent qu’en 2008

Le sort d’Ehud Goldwasser et Eldad Regev reste en suspens après le 14 août. Leur libération figurait parmi les objectifs majeurs affichés par Israël au début de la guerre.

La résolution 1701 évoque la question des soldats capturés, mais elle ne provoque pas leur remise immédiate.

Près de deux ans plus tard, en juillet 2008, un échange de prisonniers permet le retour en Israël de leurs dépouilles.

En contrepartie, Israël libère notamment Samir Kantar, plusieurs autres prisonniers et restitue les corps de combattants.

Cette issue renforce les deux lectures antagonistes de la guerre.

Pour Israël, elle confirme que trente-trois jours d’opérations militaires n’ont pas réussi à atteindre l’un des objectifs centraux annoncés en juillet 2006.

Pour le Hezbollah, elle permet de présenter la capture initiale comme ayant finalement produit l’échange de prisonniers recherché.

Mais le prix payé par le Liban entre le 12 juillet et le 14 août reste sans commune mesure avec l’opération initiale.

Le 14 août ouvre une longue période sans guerre générale

Malgré toutes les violations de la résolution et les tensions récurrentes, un fait demeure : de l’été 2006 jusqu’à l’automne 2023, la frontière libano-israélienne ne connaît pas une nouvelle guerre générale comparable à celle de juillet.

Des incidents graves se produisent. Des soldats sont tués, des tirs ont lieu, des opérations sont menées et les violations aériennes israéliennes se poursuivent. Le Hezbollah développe parallèlement un arsenal sans comparaison avec celui de 2006.

Mais le mécanisme de dissuasion, la présence de la FINUL, l’armée libanaise et la crainte mutuelle des conséquences d’une nouvelle guerre contribuent à empêcher une escalade totale pendant près de dix-huit ans.

Il faut donc parler de stabilité relative plutôt que d’application réussie de la résolution.

La différence est fondamentale. Le dispositif évite durablement la guerre, mais il ne règle pas les causes susceptibles de la provoquer.

La frontière reste en quelque sorte stabilisée au-dessus d’un conflit non résolu.

La 1701 devient un système de gestion du conflit

C’est probablement la meilleure manière de comprendre le texte adopté en août 2006. La résolution 1701 ne construit pas une paix durable entre le Liban et Israël.

Elle ne désarme pas le Hezbollah. Elle ne règle pas tous les contentieux territoriaux. Elle n’empêche pas Israël de poursuivre ses survols. Elle ne met pas fin aux accusations de transferts d’armes depuis la Syrie.

En revanche, elle crée des mécanismes concrets.

L’armée libanaise est présente dans le Sud. La FINUL dispose de milliers de soldats. Des canaux de liaison permettent de traiter certains incidents. La Ligne bleue est surveillée. Les parties connaissent les limites dont le franchissement risque de provoquer une escalade.

Le système peut donc fonctionner même lorsqu’il est imparfaitement respecté.

Pendant près de dix-huit ans, cette contradiction produit un résultat paradoxal : de nombreuses violations sont signalées, mais elles ne débouchent pas sur une nouvelle guerre générale.

Octobre 2023 fait exploser l’équilibre

Cet ordre commence à s’effondrer après le 7 octobre 2023 et l’attaque du Hamas contre Israël. Le lendemain, le Hezbollah ouvre depuis le Liban un front présenté comme un soutien à Gaza.

Les affrontements reprennent le long de la frontière. Au départ relativement contenus, ils augmentent progressivement en intensité.

Israël frappe des positions et des cadres du Hezbollah. L’organisation tire des roquettes, des missiles antichars et des drones. Des dizaines de milliers d’habitants quittent les zones frontalières des deux côtés.

La notion de « front de soutien » ne correspond plus à la stabilité relative des années précédentes.

À mesure que l’escalade progresse, le vocabulaire diplomatique de 2006 réapparaît presque intact.

Les discussions portent de nouveau sur le Litani, la présence de l’armée libanaise, le rôle de la FINUL, les armes du Hezbollah, la Ligne bleue et la nécessité de mettre fin aux violations israéliennes.

Dix-huit ans après son adoption, la résolution 1701 reste donc la référence internationale disponible.

Les mêmes obligations reviennent au centre du débat

La période ouverte après 2023 montre surtout que l’application sélective de la résolution ne peut pas fournir une stabilité durable.

Israël insiste sur l’absence de forces armées du Hezbollah au sud du Litani et sur la nécessité de garantir la sécurité de ses localités frontalières.

Le Liban insiste sur son intégrité territoriale, sur le retrait israélien des territoires libanais et sur la fin des violations de son espace aérien et de sa souveraineté.

Les partenaires internationaux cherchent à renforcer l’armée libanaise et à maintenir le rôle de la FINUL.

Ce sont presque exactement les paramètres définis en août 2006.

La question des armes autres que celles de l’État reste centrale. Mais celle des obligations israéliennes ne peut être séparée de ce volet si l’objectif est une mise en œuvre intégrale du texte.

C’est l’une des leçons les plus importantes de l’histoire de la 1701 : son application ne peut être réduite à une seule partie de ses dispositions.

Une résolution violée mais jamais remplacée

La longévité de la résolution constitue elle-même un paradoxe. Elle a été violée de manière répétée, interprétée différemment par les parties et appliquée seulement en partie. Pourtant, aucune architecture internationale plus durable ne l’a remplacée.

Chaque nouvelle crise ramène les diplomates au même document.

La raison tient à la structure du texte. La 1701 réunit en un seul cadre la plupart des éléments nécessaires à une stabilisation du Sud : souveraineté libanaise, retrait israélien, autorité de l’État, présence de l’armée, FINUL renforcée et absence d’armements non autorisés.

Son problème n’est pas tant l’absence de principes que l’incapacité des parties et de la communauté internationale à les appliquer simultanément.

Pendant des années, Israël a dénoncé le réarmement du Hezbollah tout en continuant ses violations aériennes. Le Hezbollah a dénoncé les violations israéliennes tout en conservant un arsenal échappant au monopole militaire de l’État.

La stabilité reposait donc moins sur le respect du texte que sur une dissuasion mutuelle et sur la volonté des parties d’éviter une guerre totale.

Le 14 août 2006 reste une date fondatrice

À 8 heures le 14 août, le Liban passe en quelques minutes d’une guerre ouverte à un cessez-le-feu dont personne ne connaît encore la solidité. Les déplacés commencent à revenir. Les forces israéliennes restent encore présentes dans certains secteurs. L’armée libanaise prépare son déploiement. La FINUL s’apprête à changer d’échelle.

Le pays découvre progressivement l’ampleur des destructions.

Dans les jours qui suivent, les limites du nouveau système apparaissent déjà. Les survols israéliens se poursuivent. Une opération israélienne est menée dans la Bekaa le 19 août. La question des armes du Hezbollah n’est pas résolue. Les divergences sur le sens même de la guerre commencent à diviser profondément la vie politique libanaise.

Pourtant, l’architecture créée à ce moment survivra à toutes ces contradictions.

L’armée libanaise restera un acteur permanent du Sud. La FINUL renforcée y maintiendra une présence importante. Le Litani deviendra la référence géographique centrale de toutes les discussions sur le dispositif militaire du Hezbollah. Israël et le Liban continueront à s’accuser mutuellement de violations de la résolution.

Le 14 août 2006 n’est donc pas seulement le jour où s’achève la guerre de juillet. C’est le jour où commence un système qui va organiser pendant près de deux décennies la confrontation entre Israël et le Hezbollah sans parvenir à la résoudre.

Vingt ans plus tard, la question laissée ouverte reste presque identique à celle de l’été 2006 : peut-on transformer une cessation des hostilités en ordre durable si les obligations concernant les armes du Hezbollah, l’autorité de l’État libanais, le retrait israélien et le respect de la souveraineté du Liban ne sont pas appliquées ensemble ? C’est autour de cette équation, déjà présente dès les premiers survols israéliens suivant le cessez-le-feu, que continue de se jouer l’avenir sécuritaire du Sud-Liban.

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