Alors que le quotidien An Nahar a fait page blanche aujourd’hui, en signe de protestation contre les crises politiques et socio-économiques par lesquelles passent le Liban, la presse écrite, quant à elle, est également en danger, une situation ou pourtant, elle n’est pas totalement innocente, notamment en ayant contribué à ces crises en manquant souvent à son rôle d’information au profit d’un aspect propagandaire.

Plusieurs journaux en faillite

Un nouveau groupe de presse a annoncé sa mise en faillite. Après donc la fermeture des versions francophones du Al Balad, des journaux arabophones As Safir en 2016, des bureaux beyrouthins Al Hayat en juin dernier, le journal libanais Al Anwar fondé en 1943 par Saïd Freiha et appartenant au groupe Dar al-Sayyad a annoncé suspendre la publication de ses imprimés et cela en raison de pertes financières.

On ignore pour l’heure comment cela affectera sa version en ligne ou du devenir de ses autres publications dont le mensuel Al Shabaka par exemple. Quant au quotidien An Nahar, il annoncerait périodiquement également d’importantes pertes financières.

Ce constat n’est pas nouveau, il est même déjà ancien. Est pourtant peu a été entrepris par les groupes médiatiques pour remonter la pente.

La question de l’existence même de la presse écrite se pose aujourd’hui.

Le Liban était connu pour avoir vu être développé sur son sol, les premiers journaux imprimés à partir de la moitié du XIXème siècle, indépendants des autorités publiques, donnant une liberté de nom qui était rare au Proche et Moyen Orient. Cette indépendance d’état d’esprit de la presse locale a permis son développement et les journaux libanais ont pu rayonner dans le Monde Arabe qui était plutôt sous le joug de dictatures plus ou moins éclairée et d’une censure via des médias officiels et apparentés aux régimes en place. Cela est toujours le cas aujourd’hui dans bien des pays.

Selon le ministère libanais de l’Information, il existe 20 quotidiens en activité au Liban, dont un en anglais, un en français et 18 en arabe.

Plusieurs raisons à cette situation et pour des raisons diverses, le virage des nouvelles technologies, une presse victime de sa proximité avec des hommes politiques ou encore vers la constitution de monopoles idéologiques.

Le tournant raté vers les nouvelles technologies de l’information

Les Nouvelles technologies ont fortement impacté le secteur de la presse écrite de par le Monde, provoquant un accès facilité à l’information, permettant le développement de nouveaux vecteurs de lecture des actualités et la constitution de sites web ou voir même de réseaux sociaux devenus médias citoyens.

On assiste ainsi, dans le Monde, à la chute de groupes de presse qu’on pensait indéboulonnable que cela soit aux USA ou en France, ces derniers annonçant pertes financières après pertes financières.

Au Liban, le coût et les vitesses de connexion à Internet a évidemment impacté le développement de ce secteur d’activité alors que dans le Monde, les groupes ayant survécu ont fortement développé leur activité en ligne avec plus ou moins de succès.

Le seuil de rentabilité a été donc plus difficile à franchir en raison de l’effondrement du nombre d’exemplaires vendus et des difficultés structurelles à les compensées.

Ainsi, au niveau contenu, au Liban on était jusqu’à présent limité dans certains domaines, comme les contenus vidéos difficiles à mettre en ligne ou à visionner. Cela a évidemment par exemple interdit le développement des WebTV contrairement à ce qui se passe à l’étranger.

Face à cela, certains médias écrits ont développé un accès payant à leurs sites Internet que cela soit sous forme de publicités ou d’abonnement.

Cependant, l’amélioration des infrastructures Internet est également à corréler avec la diminution du nombre des exemplaires vendus, le public préférant désormais lire sur leurs écrans, recevoir des alertes ou des notifications. Il y a eu changement de méthode d’accès à l’information, le public souhaite une information en direct et non attendre d’être informé le lendemain.

La presse écrite doit prendre en compte cette évolution, proposer des analyses plus approfondies et non se contenter comme cela est le cas jusqu’à présent de republier des articles d’agence de presse – ce qui devrait être plutôt du ressort des sites d’information en ligne et comme certains le font avec des contenus différents.

La proximité de la presse avec des hommes politiques ou même des pays étrangers, devenant des vitrines propagandistes et des monopoles idéologiques.

La Presse Libanaise a également pâti de sa proximité avec son environnement politique alors que la population en générale est fatiguée, polémique après polémique, crise après crise. La presse libanaise est vue comme n’étant plus indépendante et donc inintéressante pour celles et ceux qui le savent.

Il suffit par exemple de voir quelles entreprises achètent des annonces publicitaires dans telle ou telle publication et en connaitre les propriétaires – généralement hommes politiques – pour savoir comment cette personne influence la ligne éditoriale de ce journal.
De même, on peut remarquer que la distribution de ces quotidiens se fait également en rapport avec une distribution communautaire. Mais cela est la résultante justement de la partition politique du Liban par des partis politiques communautaires.

Il y a des rumeurs aussi persévérantes de tel journal ou de telle télévision subventionnée par tel pays étranger et cela tout bord confondu, Iran, Arabie Saoudite ou USA. L’indépendance de la presse est aujourd’hui une illusion bien entretenue y compris par ceux qui en font une publicité, bien mensongère au final :  
Évidemment ce genre d’influence se traduit ensuite par une absence d’indépendance dans sa ligne éditoriale, dans un environnement régional ou les puissances locales et internationale se disputent et cela aggrave la vision de la crise en local en lieu et place de favoriser le dialogue sociétal propre à désamorcer les crises sur la scène domestique.

Il s’agit aussi de subventions cachées à telle ou telle publication écrite qui était parfois avantagée par rapport à ses concurrents en étant par exemple distribuée dans des avions ou dans d’autres institutions publiques au gré de l’appartenance politiques des ministres de tutelle.

Plus grave encore, l’utilisation de tel ou tel service étatique directement pour favoriser une publication par rapport à une autre. Cela peut concerner des médias qui obtiennent des bases de données d’institutions publiques ou privées, locales ou étrangères même comme c’était le cas, selon certaines rumeurs, avec un centre culturel.

On peut également citer le cas de l’organisation par un ministère d’un concours avec des procédures de vote permettant à un journal local dirigé par une personne apparentée au ministre d’alors et ainsi de profiter de l’inscription des votants notamment dans le but de possiblement constituer une base de données marketing et leur envoyer par exemple des mails appelant à ces personnes à s’y abonner.

Ces pratiques anti concurrentielles peuvent peut-être garantir la survie de certains de ces journaux pour plus de temps mais d’autres en pâtissent et cela nuit également au principe de non-ingérence de l’état et des autorités publiques dans ce secteur crucial à la démocratie en permettant ainsi de contrôler indirectement l’information par des personnes acquises.

Aujourd’hui, il est à remarquer que si on déduit ces exemplaires « offerts » – donc des copies gratuites de ces publications – au public par ces institutions, le nombre d’exemplaires réellement vendus aux lecteurs est assez réduit. Il faut donc distinguer nombres d’exemplaires imprimés et nombres d’exemplaires réellement sur le marché et vendus, et ce nombre est singulièrement beaucoup plus bas, de l’ordre parfois de moins d’un tiers voire même d’un quart.

La presse écrite libanaise a participé à la division de la population selon des lignes d’influences en lieu et place de donner une grille de lecture neutre et permettant à ce moment précis au lecteur de former sa propre opinion au lieu de le formater à penser ainsi et cela est encore aggravé par le fait que certaines publications jouissaient dans le domaine de la presse imprimée d’un quasi-monopole, notamment dans la langue de Molière ou de Shakespeare, imposant ainsi un discours « politiquement correct » même s’il était contraire à la réalité sur le terrain, comme on a pu l’observer bien des fois au Liban. Mais ce constat n’est pas propre à la presse écrite mais également aux sites d’information ou encore aux chaines de télévision.

Cependant, la presse écrite est plus sensible à la question, tout simplement parce qu’on choisit d’acheter ces journaux qui ne sont pas gratuits comme les autres vecteurs et qui possèdent par conséquent d’autres moyens de substance.   

Et pourtant cette évolution doit s’accélérer

Et pourtant, il reste beaucoup à faire pour sauver le secteur d’activité.

Les professionnels du secteur appellent l’état libanais à l’aide et pourtant, cela n’est pas une solution à moyen et long terme.

Cependant, l’état peut aider à accélérer l’évolution de la presse vers plus un contenu plus interactif en favorisant l’accès à l’information, en favorisant la mise en place d’infrastructures internet modernes, en abolissant les limitations de bande de passante imposée. Outre le ministère de l’information, d’autres ministères sont également impliqués par conséquent dont le ministère des télécommunications.

Il doit également légiférer pour arrêter l’hémorragie de l’électorat notamment en assurant l’indépendance non seulement de la presse écrite mais des médias en général, en interdisant les subventions « politisées » cachées ou ouvertes. Interdisant également qu’un journal soit plus avantagé qu’un autre par exemple par l’organisation par le ministère d’un prix et ainsi mettre tous les médias sur le même pied d’égalité.

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