Monsieur le président,

Chez nous, c’était le royaume de l’illusion et du paraître !  Nous imaginions posséder les tomates les plus savoureuses, les oranges les plus juteuses, les voitures les plus grosses et la cuisine la plus exotique.

Nous pensions être les plus forts et les plus intelligents. Nous voulions tout le monde à notre disposition. Les syriens nous bâtissaient nos maisons, les palestiniens cultivaient nos champs, Les philippins, les éthiopiens et les sri-lankais faisaient nos ménages, les kurdes ciraient nos chaussures, les africains étaient nos serviteurs, les occidentaux jouaient nos protecteurs, le pétrodollar des rois et des émirs nous inondait…

Chez nous, nous pouvions vendre ce que nous ne possédions pas, mais que nous pensions pouvoir acquérir plus tard. Nous étions capables d’imaginer des voyages, des projets, des affaires, des richesses. Nous nous jetions dans la plus agitée des mers sans savoir nager, nous voulions aider les autres à se libérer, nous les prisonniers de nos idées et de nos dogmes sociopolitiques moyenâgeux.Chez nous, nous ne produisions pas, nous contractions des dettes, nous empruntions pour vivre!

Le roi dollar gouvernait en maître absolu et décidait de tout, avec notre consentement le plus total, et quelque soit notre appartenance. Puis un jour, ce roi nous a abandonné à notre sort et n’a plus voulu nous aider ou accepter que d’autres petits rois viennent à notre rescousse .

Ce fut l’occasion historique pour vous monsieur le président de nous ramener à la réalité, de nous réveiller pour prendre notre destin en main et attraper le train de l’histoire pour bâtir une nation moderne et une entité indépendante, laïque , solidaire et moderne… Mais non, vous avez loupé le coche ou peut-être que la mission était impossible , car nous ne savons pas vivre unis en paix et nous ne connaissions que le discours paradoxal, soutenir une chose et son contraire, disserter contre le confessionnalisme mais voter et soutenir les marchands de religions, s’émouvoir pour des causes lointaines mais en même temps nous comporter en pires racistes envers nos concitoyens puisque le hasard de la vie les a fait naître de parents chiites, ou chrétiens orthodoxes, ou palestiniens ou autre . 

Monsieur le président, aujourd’hui tout bascule dans l’horreur, notre chez nous ressemble à un enfer gouverné par trois à quatre cartels de tout genre qui partagent la richesse du pays, à savoir des milliards de dollars empruntés aux banquiers membres de leurs gangs .

Monsieur le président, l’incompréhension, la corruption, la peur de l’autre, la cupidité, les faux religieux, les politiciens véreux et la manipulation étrangère ont transformé ce chez nous en champ de ruine où on manque de tout. La haine a assassiné l’amour. La mort va bientôt effacer le Liban, sous les yeux larmoyants des amoureux de ce coin de paradis, le pays des cèdres.

Monsieur le président, il est encore temps, réagissez -vous, renversez la table, donnez des ultimata, faites juger les coupables de cette casse du siècle et de cette gigantesque escroquerie bancaire au plus haut sommet de l’état  sinon l’histoire vous jugera pour votre passivité et votre immobilisme , faites-vous aider par des forces vives et honnêtes et par l’institut militaire, redonnez à la politique ses lettres de noblesse, agissez vite, ici et maintenant, je vous en prie, redressez-vous, la famine frappe à nos portes.
Bien cordialement.

Sami GHADDAR, Franco-libanais, architecte, professeur d’université et auteur de plusieurs romans(Graines et Zèle, passé composé, Tourbillon, Habib président,….)

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