Le premier ministre Najib Mikati s’est adressé par une lettre au secrétaire général de l’ONU Antonio Gutterres, l’appelant à soutenir le plan de retour des réfugiés syriens présents au Liban sur fond d’information faisant état de menaces de l’institution internationale qui pourrait bloquer toute aide au Pays des Cèdres.

Ces mêmes sources indiquent l’ONU souhaiterait plutôt voir être accordés aux réfugiés syriens certains droits, ce que les libanais estiment être un préalable à l’implantation définitive de ces derniers.

La lettre du Premier Ministre Najib Mikati

Honorable Secrétaire général des Nations Unies, M. Antonio Guterres,

Onze ans après le début de la guerre de Syrie et la crise des déplacements syriens vers les pays voisins, le Liban demeure, ce petit pays d’une superficie de (10 452 km2) et dense avec une population de 4 millions et leur proportion (650 habitants au carré kilomètre), accueillant le pourcentage le plus élevé de personnes déplacées au monde par rapport à sa population. Le Liban a embrassé les déplacés et a montré toute sa coopération avec la communauté internationale pour les aider en attendant que leur sort prenne fin et qu’une solution durable à la crise syrienne soit trouvée, à condition qu’elle ne se fasse en aucun cas au détriment du Liban, dont constitution interdit catégoriquement toute possibilité d’installation ou d’intégration sur son territoire.

Il est également important pour nous d’attirer votre attention sur le fait que le Liban souffre depuis trois ans, l’une des crises économiques et financières les plus sévères et sévères depuis le milieu du XIXe siècle, selon l’évaluation de la Banque mondiale. Alors que le Liban s’emploie à faire face à la crise et à en maîtriser les répercussions, qui ont fait passer plus de 80 % des Libanais sous le seuil de pauvreté, les répercussions de la crise des déplacements syriens, et son coût pour l’économie libanaise, estimé à plus de trois milliards de dollars par an, rendent la rapidité de la résolution de la crise économique extrêmement difficile. Les groupes de citoyens libanais les plus vulnérables ont commencé à rivaliser pour des services et des ressources limités avec les Syriens déplacés, dont font partie les réfugiés palestiniens, qui constituent ensemble la moitié de la population libanaise, soit près de deux millions de personnes.

Ce n’est un secret pour vous que le fardeau du déplacement affecte également la sécurité sociétale, ce qui fait craindre l’émergence de tensions et de réactions dangereuses qui affecteront négativement la sécurité des déplacés eux-mêmes et la stabilité des communautés d’accueil. Parmi les indicateurs négatifs de la tendance dangereuse provoquée par le déplacement syrien figurent l’ébranlement de la structure démographique sensible, le nombre de naissances syriennes dépassant les naissances libanaises, le taux de criminalité élevé et la surpopulation carcérale, qui dépassait les capacités d’endurance des autorités libanaises. . La concurrence pour des opportunités d’emploi limitées a également conduit à une augmentation des tensions et des incidents sécuritaires, sans parler de l’augmentation du phénomène des bateaux d’immigration clandestine vers l’Europe, malgré la rigueur des autorités libanaises pour tenter de prévenir ce phénomène, et de sécuriser protection de plus de six mille camps illégaux de personnes déplacées.

Votre Excellence le Secrétaire général,

La situation difficile à laquelle le Liban est confronté nécessite une approche qualitativement différente dans la gestion de la crise des déplacements syriens avant que la situation ne dégénère de manière incontrôlable, d’autant plus qu’il n’est pas possible de demander à un pays qui accueille un si grand nombre et qui souffre ces pertes, de continuer à attendre des solutions politiques dont les indicateurs ne sont pas apparus. A ce jour, la communauté internationale étant totalement absente de toute feuille de route réaliste pour résoudre la crise des déplacés syriens et les renvoyer dans leur pays ou les envoyer dans un pays tiers . Le droit international, en particulier le droit international d’asile, a exigé de maintenir l’option du retour comme une option permanente et de continuer à travailler pour le rendre possible, surtout en cas d’ afflux massif
Le pays d’accueil ne peut pas continuer longtemps à supporter ses charges directes et indirectes. Les développements sur le terrain à l’intérieur de la Syrie, à travers la diminution de l’intensité des opérations militaires dans de nombreuses régions, ont fourni des opportunités pour un retour en toute sécurité qui devraient être étudiées et élargies, d’autant plus qu’un grand nombre de personnes déplacées au Liban ont fui principalement les opérations militaires et les situation économique difficile, et il n’a pas été prouvé qu’ils remplissent les conditions Le traité de 1951 auquel le Liban n’a pas adhéré en premier lieu, ni aucune des conditions stipulées par le droit international pour accorder une protection juridique. Continuer à fermer la porte à l’étude de toute opportunité de retour conforme au droit international exacerbe la situation dans les pays d’asile, notamment le Liban, et laisse passer l’occasion pour des retours sûrs d’être un catalyseur pour l’avancée de la piste politique visant à un solution durable qui respecte les exigences de la légitimité internationale et préserve la stabilité et l’intégrité territoriale de la Syrie et de l’unité de son peuple.

Le Liban appelle sans tarder à mettre en œuvre les mécanismes internationaux contenus dans les textes approuvés par le Haut Commissariat aux Réfugiés et son Conseil Exécutif sur le retour des réfugiés, d’autant plus que ces textes exigent dans leur texte et leur esprit que la situation dans le pays d’origine, ainsi que la situation dans le pays d’asile, être pris en compte lors de la décision de retour. De plus, les textes en vigueur demandent à la communauté internationale d’accompagner ces parcours et d’aider les rapatriés à se réinsérer dans leur société d’origine, avant que le déplacement prolongé dans le temps ne devienne une cause de déchirure du tissu social du pays d’origine, d’une manière qui est difficile à aborder avec chaque jour qui passe de la situation actuelle. Le Liban demande également, dans les meilleurs délais, l’assistance des autorités concernées pour mener un processus d’enquête ( profilage ) qui tienne compte des normes internationales et permette de déterminer le cadre juridique valable pour l’application, qu’il s’agisse du droit international ou des lois internes. qui soutiennent la résidence et le travail des étrangers.

Dans le cadre de la coopération amicale avec le Haut Commissariat aux Réfugiés, le Liban soulèvera les points susmentionnés sur la base de ce qui est stipulé dans la réglementation internationale sur la responsabilité première des autorités du pays hôte dans la crise des réfugiés, et le rôle du HCR dans soutien de celui-ci selon le mandat qui lui est confié, en plus de ce qui est imposé par la réglementation en vigueur en matière de travail intensif sur la planification et la réalisation du retour, dès les premiers instants de toute crise de réfugiés.

Parallèlement, nous devons remercier l’ONU et ses institutions spécialisées, ainsi que de nombreux pays donateurs pour l’aide qu’ils fournissent pour faire face à la crise des déplacements syriens au Liban. Dans le même temps, le Liban estime que le principe de partage équitable de la charge et le principe de solidarité internationale – qui sont imposés par les principes du droit international à la communauté internationale – ne sont pas respectés, en particulier compte tenu du coût élevé de la crise pour le Liban, son économie et son budget public, ainsi que ses diverses infrastructures et institutions administratives. Depuis plus de dix ans, le Liban joue un rôle de pionnier au service de l’intérêt public international, qui appelle une solidarité internationale à la mesure du fardeau auquel il est confronté. En plus de ce qui précède, la solidarité internationale et le partage équitable des charges sont absents, ainsi que dans le dossier des opportunités de réinstallation, qui restent maigres pour un pays qui subit un afflux massif depuis une décennie.

Votre Excellence le Secrétaire général,

Nous comptons sur votre leadership pour lancer un processus et un dialogue qualitatifs pour traiter les problèmes mentionnés ci-dessus, dans le cadre d’une feuille de route claire pour faire face à la crise du déplacement syrien. Onze ans se sont écoulés depuis la crise, et il n’est plus approprié de continuer avec l’approche habituelle, qui n’est pas à la mesure de l’énormité du coût pour le Liban, qui subit des charges qui le rendent incapable de répondre aux besoins de son peuple, ni avec les intérêts des Syriens et la stabilité régionale et internationale.

Enfin, il faut confirmer l’adhésion du Liban aux règles contraignantes du droit international humanitaire, notamment le principe de non-refoulement, auquel nous adhérons depuis le début de la crise syrienne. Le Liban affirme également son souci de coopérer de bonne foi avec les parties internationales, conformément aux exigences du droit international et aux nécessités imposées par son intérêt suprême et l’intérêt de son peuple.

Dans l’attente de votre aimable réponse, j’espère que vous accepterez, Excellence le Secrétaire général, mes sincères salutations et mes remerciements.

Focus

Le Liban à la 2ème place des pays qui accueillent le plus de réfugiés syriens proportionnellement à la population locale, (Haut Commissariat en charge des réfugiés intitulé Global Trends: Forced Displacement in 2019). Le pays des cèdres compte en plus une importante communauté de réfugiés palestiniens dont la présence a été à l’origine de la guerre civile de 1975 à 1990.

Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, le Liban compterait 916 156 réfugiés syriens sur son sol fin 2019, contre 949 666, un an plus tôt. 910 600 réfugiés seraient d’origine syrienne.

Pour rappel, un rapport préparé par le Ministère des finances et le Programme des Nations Unies pour le développement en 2020 sur l’impact de la crise des réfugiés syriens sur l’économie libanaise entre 2011 et 2018 estimait à 46.5 milliards de dollars le coût de la présence des réfugiés syriens au Liban, impactant tous les secteurs, dont celui de l’éducation ou encore de l’électricité mais également provoquant une chute du Produit Intérieur Brut alors que le Liban était impacté par une grave crise économique apparue au grand jour en 2019 et caractérisée par une détérioration rapide de la parité entre livre libanaise et dollar. Ainsi, la monnaie nationale a perdu plus de 90% de sa valeur face au billet vert. 82% de la population libanaise vivrait désormais sous le seuil de pauvreté et 36% dans un état d’extrême pauvreté, amenant à des tensions avec les réfugiés syriens.

Cependant, certains partis politiques refusent jusqu’à aujourd’hui d’évoquer le retour des réfugiés syriens en refusant de discuter des procédures nécessaires avec Damas, même si les autorités libanaises ont entériné un plan visant à favoriser ce retour en 2020.

Face à la détérioration des conditions sociales et économiques, certains réfugiés syriens mais également palestiniens voire même des ressortissants libanais tentent l’exode vers l’Europe, notamment via des boat people à destination de Chypre. Plusieurs embarcations ont été ainsi interceptées ces derniers mois.

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