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Pourquoi le Liban ne bénéficiera pas de la reconstruction de la Syrie

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Le 10 décembre 2025, la Chambre des représentants des États-Unis a approuvé, par 312 voix contre 112, l’abrogation du Caesar Act au sein du National Defense Authorization Act pour l’exercice fiscal 2026. Cette mesure, intégrée à un vaste projet de loi sur la défense, signe un revirement dans la politique américaine vis-à-vis de la Syrie, un an après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024. Damas, sous la direction d’Ahmed al-Sharaa, a immédiatement salué cette décision comme un pas vers la reconstruction économique. Pourtant, le Liban, voisin indissociable de la Syrie par ses liens historiques, économiques et démographiques, ne récolte aucun avantage direct de cette évolution. Les frontières partagées, les mouvements migratoires et les échanges commerciaux, bien que cruciaux, ne parviennent pas à atténuer la crise libanaise, exacerbée par des dysfonctionnements internes qui persistent malgré les efforts diplomatiques régionaux.

Cette abrogation, effective pour le nouveau gouvernement syrien, vise à promouvoir la stabilité sans ouvrir la porte aux entités terroristes. Le département du Trésor américain a indiqué que cet allègement est subordonné à des engagements fermes de Damas en matière de sécurité et de gouvernance. Pour la Syrie, cela pave la voie à des investissements étrangers massifs, avec une stabilisation de la livre syrienne notée autour de 11 000 livres pour un dollar en décembre 2025. Au Liban, cependant, où l’économie reste fragilisée depuis la crise de 2019, cette dynamique syrienne n’apporte aucun soulagement immédiat. Les dépendances asymétriques et les obstacles structurels empêchent Beyrouth de profiter de la normalisation en cours à Damas.

Un assouplissement des sanctions syriennes sous conditions strictes

L’abrogation du Caesar Act, adopté en 2019 pour sanctionner les crimes du régime Assad, résulte de négociations diplomatiques prolongées. Le ministère syrien des Affaires étrangères a déclaré, le 11 décembre 2025, que cette mesure « reflète les efforts diplomatiques soutenus et constitue un pas vers la construction de la confiance mutuelle ». Washington maintient une vigilance accrue : le secrétaire au Trésor a rappelé que les sanctions contre des individus et entités liées à l’ancien régime demeurent en vigueur, tout en accordant un allègement général au pouvoir actuel pour favoriser la reconstruction.

Ce virage s’inscrit dans un paysage syrien marqué par une fragmentation sécuritaire depuis la chute d’Assad. Des tensions sectaires ont émaillé la transition en 2025, avec des incidents rapportés dans l’est du pays. L’Arabie saoudite a plaidé pour un assouplissement dès mai 2025, facilitant des investissements dans l’infrastructure syrienne. Des entreprises internationales prévoient des milliards en engagements, ciblant l’énergie et les transports. La livre syrienne montre des signes de stabilisation, avec des projections de croissance modeste pour 2026.

Pour le Liban, cet horizon syrien ne génère pas d’effet positif direct. Les sanctions américaines sur la Syrie avaient indirectement pénalisé Beyrouth en perturbant les routes commerciales et en aggravant la crise des réfugiés. Le gouvernement libanais estime à environ 1,3 million le nombre de Syriens sur son territoire fin juillet 2025, imposant une charge annuelle estimée à plusieurs milliards de dollars sur un PIB en contraction. L’abrogation pourrait théoriquement accélérer les retours volontaires, soulageant les services publics. En réalité, les obstacles perdurent : les autorités syriennes demandent des garanties de sécurité jugées insuffisantes par de nombreux réfugiés, et l’ONU signale des cas de persécutions contre les rapatriés.

Les frontières de 375 kilomètres entre les deux pays ont historiquement servi de canal pour le commerce informel, des carburants aux biens agricoles. Avant les sanctions, les échanges bilatéraux avoisinaient un milliard de dollars annuels. Leur interruption a contraint les importateurs libanais à des voies maritimes coûteuses. Avec l’abrogation, une reprise pourrait s’amorcer, mais les contrôles frontaliers libanais restent inefficaces, affectés par la corruption et l’influence de groupes armés.

Les interdépendances économiques inégales entre Beyrouth et Damas

L’histoire économique du Liban et de la Syrie est entrelacée depuis l’indépendance. Sous l’occupation syrienne jusqu’en 2005, Beyrouth agissait comme hub pour les élites damascènes, avec des dépôts syriens estimés à plusieurs milliards dans les banques libanaises. La crise bancaire de 2019 a gelé ces actifs, générant des litiges persistants. L’abrogation des sanctions pourrait permettre à Damas de rapatrier des fonds, mais cela risque d’exacerber la pénurie de devises au Liban, où les réserves de la Banque centrale ont atteint 11,9 milliards de dollars fin octobre 2025.

Sur le front énergétique, le Liban dépendait du gaz syrien via pipelines, bloqués par les sanctions. Un accord tripartite avec l’Égypte et la Jordanie, signé en 2022 mais inachevé, pourrait être relancé. Cependant, les infrastructures libanaises, négligées, ne sont pas prêtes : les coupures d’électricité varient, atteignant jusqu’à 22 heures par jour dans certaines régions. Le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, a indiqué que des discussions avec Damas sur l’énergie progressent, mais dépendent d’approbations internationales.

Les réfugiés syriens forment un autre défi majeur. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que 379 000 Syriens ont traversé depuis ou via le Liban vers la Syrie depuis décembre 2024, sur un total de plus de 3 millions de retours régionaux en 2025. Ces mouvements allègent partiellement la pression sur les loyers et l’emploi au Liban, où l’inflation annuelle a atteint 16,4 pour cent en octobre 2025. Pourtant, les autorités libanaises rapportent que les retours restent limités sans garanties onusiennes sur la sécurité en Syrie. Le ministre des Affaires sociales, Haneen Sayed, a déclaré que sans assurances de l’ONU contre les persécutions, les rapatriements massifs ne se concrétiseront pas, soulignant les craintes des opposants à l’ancien régime.

Le commerce transfrontalier est freiné par l’instabilité sécuritaire. Des incidents frontaliers, incluant des frappes israéliennes en novembre et décembre 2025 dans le sud et l’est du Liban, ont perturbé les convois. Le Liban exporte traditionnellement des produits agricoles vers la Syrie, mais les normes syriennes renforcées exigent des certifications souvent inaccessibles aux agriculteurs libanais. Ainsi, les exportations vers la Syrie n’ont progressé que marginalement au troisième trimestre 2025, selon les données du ministère de l’Économie.

L’influence persistante du Hezbollah sur l’économie libanaise

Au centre des raisons expliquant l’absence de bénéfices pour le Liban figure le Hezbollah, désigné organisation terroriste par les États-Unis et plusieurs pays européens. Les sanctions américaines contre le groupe, intensifiées en novembre 2025 avec de nouvelles mesures contre des réseaux financiers iraniens ayant transféré plus d’un milliard de dollars depuis janvier, persistent indépendamment de l’abrogation syrienne. Le Hezbollah contrôle de facto plusieurs postes frontaliers, facilitant des flux de contrebande évalués à des centaines de millions annuels, privant l’État libanais de recettes douanières essentielles.

Le secrétaire d’État américain a réaffirmé que tout allègement sur la Syrie n’impacte pas les sanctions contre le Hezbollah, qui demeure une menace régionale. Cette stance isole le Liban, dissuadant les investisseurs étrangers craignant des répercussions. Des banques libanaises ont été sanctionnées pour liens avec le groupe, entraînant une perte de correspondants internationaux et une dédollarisation accrue. Avec la levée syrienne, Damas attire des capitaux – comme les 6,4 milliards de dollars saoudiens annoncés en juillet 2025 pour l’immobilier et l’infrastructure – que Beyrouth ne peut capter, creusant l’écart économique.

Le gouvernement libanais, formé en février 2025 sous Nawaf Salam, reflète ces tensions. Le cabinet de 24 ministres inclut des indépendants, mais reste fragilisé par les divisions confessionnelles. Le vice-Premier ministre chargé des réformes administratives a tenté de renforcer les contrôles frontaliers, mais se heurte à l’opposition de factions alliées au Hezbollah. Le ministre des Finances a rapporté, aligné sur les données du Fonds monétaire international, une dette publique avoisinant 164 pour cent du PIB en 2024, avec une inflation de 16,4 pour cent en octobre 2025.

Les réformes requises par les bailleurs internationaux, comme la restructuration bancaire et l’anticorruption, avancent lentement. Le Parlement n’a pas adopté le budget 2026 avant la fin novembre 2025, prolongeant l’instabilité fiscale. Dans ce cadre, même une reprise syrienne ne filtre pas : les routes Beyrouth-Damas sont dégradées, et les projets transfrontaliers stagnent faute de fonds.

Les échos officiels et les retombées régionales

Le président libanais a réagi avec prudence à l’abrogation américaine, indiquant lors d’une réunion diplomatique le 12 décembre 2025 que le Liban suit de près les développements syriens, espérant une stabilité bénéfique à tous. Aucune action concrète n’a suivi. L’ONU, via son coordinateur spécial pour le Liban, a noté dans des rapports récents que la levée des sanctions syriennes pourrait indirectement aider le Liban via les retours de réfugiés, si soutenue par une aide humanitaire accrue.

Régionalement, l’Arabie saoudite et les Émirats, ayant normalisé avec la Syrie en 2025, investissent massivement à Damas – Riyad promettant plus de 6 milliards – tout en limitant l’aide au Liban à cause de son instabilité. La Ligue arabe a évoqué une intégration économique lors de sessions récentes, mais le Liban y joue un rôle marginal en raison de dettes impayées.

Les mouvements migratoires inverses ajoutent à la pression. Des Libanais ayant fui vers la Syrie durant les crises 2020-2024 reviennent, saturant le marché du travail. Le ministère du Travail rapporte un chômage à 15,96 pour cent prévu pour 2025, atteignant des niveaux élevés chez les jeunes. Les remises d’expatriés, vitales, déclinent alors que la Syrie attire les talents libanais.

Les vulnérabilités sécuritaires à la frontière s’intensifient

En novembre 2025, des affrontements sporadiques à la frontière ont entravé les échanges, impliquant forces libanaises et milices syriennes. Le commandant de l’armée libanaise a renforcé les patrouilles, mais le budget militaire, réduit en termes réels, limite l’efficacité. L’ONU, via la FINUL, a recensé des incidents en octobre 2025, soulignant la fragilité de la zone.

Ces tensions découragent les investisseurs. Une délégation des Nations unies à Beyrouth le 7 décembre 2025 a conditionné l’aide à des garanties contre les fuites vers entités sanctionnées. Pendant ce temps, la Syrie progresse : des contrats pour ports et aéroports ont été signés avec firmes chinoises et russes, contournant le Liban comme hub régional.

Les implications immédiates pour l’économie libanaise se lisent dans les indicateurs. La livre libanaise a vu son taux face au dollar baisser à 89 384 le 12 décembre 2025, en recul de 0,18 pour cent par rapport à la session précédente, illustrant une relative stabilité au milieu des incertitudes liées aux développements syriens. Les importations de carburant restent onéreuses via mer, malgré des alternatives syriennes potentielles. Le ministre de l’Énergie a convoqué une réunion d’urgence le 11 décembre 2025 pour évaluer les options, sans accord avec Damas. Les hôpitaux, confrontés à des pénuries de médicaments, ne voient aucun allègement, les chaînes syriennes restant inaccessibles due à des contrôles rigoureux.

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