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Naïm Qassem verrouille la ligne du Hezbollah

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Dans un communiqué lu lundi, Naïm Qassem a fixé la ligne du Hezbollah pour les prochaines semaines : poursuivre la résistance, rechercher un minimum de compréhension interne, tirer parti de l’accord irano-américain et soutenir toute initiative internationale ou régionale capable de faire pression sur Israël. Cette prise de parole intervient dans un Liban placé sous double contrainte. Au Sud, la guerre continue malgré les annonces de trêve. À Beyrouth, les autorités subissent une forte pression diplomatique pour entrer dans une séquence de négociations directes avec Israël.

Naïm Qassem durcit la ligne politique du Hezbollah

Naïm Qassem parle d’une phase dangereuse pour la région, pour le Liban et pour les générations à venir. Le vocabulaire employé relève de la mobilisation totale. Il oppose, d’un côté, un ennemi israélien présenté comme criminel et soutenu par les États-Unis, et, de l’autre, une résistance décrite comme minoritaire en moyens mais forte par sa constance. La référence religieuse occupe une place centrale. Elle sert à justifier l’endurance, la discipline interne et le refus de la division.

Cette rhétorique vise d’abord la base du Hezbollah. Après des mois de guerre, de pertes humaines, de déplacements et de destructions, le mouvement doit maintenir la cohésion de son environnement social. Il doit expliquer pourquoi la confrontation continue alors que des villages sont vidés, que les habitants ne rentrent pas et que l’économie du Sud s’effondre. Le mot d’ordre de résistance répond donc à une nécessité politique interne autant qu’à une logique militaire.

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Le message s’adresse aussi aux adversaires libanais du Hezbollah. Naïm Qassem leur demande de ne pas « poignarder » la résistance dans le dos. La formule est lourde. Elle ne cherche pas à convaincre les opposants d’adopter l’idéologie du parti. Elle leur demande de suspendre leurs critiques au nom de l’urgence nationale. En d’autres termes, le Hezbollah accepte l’idée d’un désaccord politique, mais refuse que ce désaccord remette en cause sa capacité militaire pendant la guerre.

Cette distinction reste contestée par une partie du pays. Pour les formations souverainistes, la question n’est pas de soutenir Israël, mais de rétablir le monopole de l’État sur les décisions de guerre et de paix. Pour elles, la guerre actuelle démontre au contraire le coût d’une stratégie militaire décidée en dehors des institutions. Le discours de Naïm Qassem confirme donc le blocage : le Hezbollah voit dans ses armes la condition de la souveraineté, tandis que ses adversaires y voient l’obstacle principal à cette souveraineté.

Un cessez-le-feu que le Hezbollah dit inexistant

Le passage le plus direct concerne le cessez-le-feu. Naïm Qassem affirme qu’il n’existe pas de trêve réelle au Liban. Il parle d’une agression continue et accuse Israël de viser des civils, des villages, des maisons et des infrastructures. Il affirme que le Liban est le pays agressé et que c’est lui qui a besoin de garanties de sécurité et de souveraineté. Cette inversion du débat vise à répondre à l’argument israélien fondé sur la sécurité des localités du nord d’Israël.

Selon Qassem, Israël aurait déjà obtenu cette sécurité lorsque le Liban a appliqué l’accord du 27 novembre 2024 pendant quinze mois. Il affirme que l’armée libanaise s’est déployée au sud du Litani et que la partie libanaise a respecté ses engagements. Il accuse, en revanche, Israël de n’avoir appliqué aucune étape de l’accord, d’avoir multiplié les violations, tué des centaines de civils, blessé des centaines d’autres, détruit des milliers de logements et déplacé les habitants de leurs villages.

Ces chiffres doivent être lus comme des éléments de discours politique du Hezbollah. Ils traduisent une accusation globale, mais ils appellent aussi une documentation indépendante. Le Sud-Liban reste difficile d’accès dans plusieurs zones. Les bilans humains et matériels évoluent rapidement. Les autorités libanaises, les agences internationales et les organisations humanitaires doivent encore consolider l’inventaire des dégâts, des morts, des blessés, des destructions et des déplacements.

Le fond du message n’en demeure pas moins clair. Le Hezbollah refuse de reconnaître la trêve comme un cadre opérationnel tant que les frappes et les opérations israéliennes se poursuivent. Cette position donne au mouvement une justification pour maintenir ses actions. Elle rend aussi plus difficile la tâche de l’État libanais, qui cherche à présenter le cessez-le-feu comme un point d’appui diplomatique pour obtenir un retrait israélien et une stabilisation du Sud.

Le discours de Naïm Qassem entre donc en tension directe avec la ligne défendue par la présidence libanaise. Joseph Aoun réclame l’arrêt complet des attaques israéliennes avant toute séquence politique majeure. Mais il cherche aussi à replacer l’État au centre de la décision. Le Hezbollah, lui, accepte l’idée d’une autorité libanaise à condition qu’elle ne transforme pas la résistance en problème prioritaire. La nuance est décisive. Elle définit la marge réelle de toute négociation.

Une guérilla mobile revendiquée au Sud-Liban

Naïm Qassem a aussi dévoilé une adaptation tactique. Il affirme que les combattants n’ont pas besoin d’une présence fixe dans la géographie. Ils viendraient de plusieurs régions du Liban, disposeraient des armes nécessaires et agiraient selon une logique de harcèlement. L’objectif annoncé est d’infliger un maximum de pertes aux soldats et officiers israéliens et d’empêcher leur installation dans les zones occupées.

Cette formulation marque un changement de registre. Le Hezbollah ne revendique pas seulement une défense de positions connues. Il décrit une guerre de mouvement, fondée sur la mobilité, la surprise et l’usure. Le message vise Israël, mais aussi l’opinion libanaise. Il suggère que le déploiement de l’armée au sud du Litani n’a pas supprimé la capacité d’action du mouvement. Il signifie aussi que les combattants peuvent contourner les contraintes territoriales imposées par l’accord.

Pour l’État libanais, ce point est sensible. Si le Hezbollah affirme que ses combattants et ses armes peuvent apparaître depuis plusieurs zones du pays, il confirme que la question militaire dépasse le seul Sud. Le débat ne porte plus uniquement sur la présence d’armes au sud du Litani. Il concerne l’ensemble de l’architecture sécuritaire libanaise. Cette réalité complique tout accord qui chercherait à limiter la confrontation à une bande frontalière.

Israël utilise précisément cet argument pour maintenir la pression. Ses responsables affirment que toute présence armée du Hezbollah au Sud constitue une menace pour leurs localités frontalières. Le Hezbollah répond que l’occupation ou les incursions israéliennes justifient la résistance. Les civils, eux, vivent entre ces deux récits. Chaque opération israélienne provoque des destructions. Chaque action du Hezbollah peut servir de justification à de nouvelles frappes.

Le refus de la « ligne jaune »

Le refus de la « ligne jaune » et d’une zone tampon occupe une place centrale dans le discours. Pour Naïm Qassem, il n’existe pas et il n’existera pas de découpage imposé au Sud-Liban. Cette phrase vise à contester toute normalisation d’une présence israélienne entre la frontière et le Litani, ou dans une profondeur moindre. Elle répond aux cartes, aux ordres d’évacuation et aux restrictions de retour qui redessinent déjà la vie des habitants.

Le Hezbollah cherche ainsi à empêcher que le provisoire devienne permanent. Une ligne militaire, même informelle, peut produire des effets politiques durables. Elle peut empêcher le retour de dizaines de milliers d’habitants, modifier les terres cultivées, couper les routes et affaiblir les municipalités. En refusant cette géographie, Naïm Qassem parle à la mémoire libanaise des occupations et des zones de sécurité. Il veut empêcher que l’après-guerre soit organisé selon des limites décidées par Israël.

Mais cette posture comporte aussi un risque. Refuser une zone tampon par les armes peut prolonger la guerre dans les mêmes villages que le Hezbollah dit vouloir libérer. Les habitants du Sud veulent le retrait israélien, mais ils veulent aussi la sécurité, les écoles, les hôpitaux, les routes et le retour. Si la résistance empêche Israël de stabiliser son contrôle mais n’obtient pas un cadre de retrait, les civils restent exposés à une guerre d’usure.

L’unité intérieure comme bouclier politique

C’est là que l’appel à l’unité intérieure devient central. Naïm Qassem affirme que la résistance et l’unité nationale sont les deux forces capables de mener à la libération du territoire. Il demande aux autres forces libanaises de ne pas rejoindre le camp adverse. Il s’adresse aussi à l’autorité politique, à laquelle il demande de préserver l’unité nationale, de garantir la souveraineté, d’ordonner à l’armée de défendre le pays et de traiter les crises économiques et sociales.

Le Hezbollah tente ainsi de déplacer le débat. Au lieu de répondre seulement aux appels au désarmement, il demande à l’État de prouver son efficacité. Il évoque l’application de l’accord de Taëf, la représentation correcte, le vivre-ensemble et les devoirs économiques. Le message est double. Il dit à l’État : assumez vos responsabilités avant de demander à la résistance de se retirer. Il dit aux adversaires du Hezbollah : ne transformez pas la faiblesse de l’État en accusation exclusive contre nous.

Cette ligne trouve un écho chez une partie de la population qui ne croit plus aux promesses institutionnelles. La crise économique a détruit la confiance. Les banques n’ont pas rendu les dépôts. Les services publics restent dégradés. L’électricité, la santé, l’éducation et les administrations demeurent fragiles. Dans cet environnement, le Hezbollah peut encore se présenter comme une force organisée face à un État perçu comme absent ou impuissant.

Mais l’argument a ses limites. La faiblesse de l’État libanais n’explique pas tout. Elle ne suffit pas à justifier une décision de guerre autonome. Elle ne règle pas la question de la responsabilité devant les citoyens. Elle ne répond pas aux Libanais qui demandent pourquoi leur pays doit dépendre de calculs régionaux ou d’un rapport de force entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv. Plus la guerre se prolonge, plus cette interrogation devient audible.

La dimension sociale du discours mérite aussi attention. Naïm Qassem ne parle pas seulement aux combattants. Il parle aux familles déplacées, aux blessés, aux habitants qui hésitent à revenir et aux milieux chiites qui supportent l’essentiel du coût humain dans plusieurs zones du Sud. En présentant la patience comme une condition de dignité, il tente d’empêcher que la fatigue de la guerre ne se transforme en contestation ouverte contre le parti.

Cette stratégie peut fonctionner à court terme si les pertes sont interprétées comme le prix d’une défense collective. Elle devient plus fragile si les habitants ne voient ni retrait israélien, ni reconstruction, ni amélioration de leur sécurité. Le Hezbollah sait que son environnement social ne vit pas seulement de slogans. Il dépend de revenus, de logements, d’écoles, de soins et d’une perspective de retour. La résistance doit donc produire un horizon politique, pas seulement une capacité de nuisance militaire.

L’accord irano-américain comme levier régional

Le passage sur l’accord irano-américain est l’un des plus politiques. Naïm Qassem cite explicitement la nécessité de tirer parti de cet accord. Il ne le présente pas comme une concession ou comme une menace, mais comme l’un des quatre facteurs pouvant aider le Hezbollah et le Liban à traverser l’étape actuelle. Cette mention confirme que le mouvement lit la crise libanaise dans un cadre régional. Le front sud n’est pas séparé de la relation entre l’Iran et les États-Unis.

Pour les adversaires du Hezbollah, cette phrase est un aveu. Elle montre, selon eux, que le dossier libanais reste lié aux intérêts de Téhéran. Pour le Hezbollah, elle exprime au contraire une réalité stratégique : le Liban ne peut pas ignorer les rapports de force régionaux lorsqu’Israël agit avec le soutien américain et lorsque l’Iran reste l’un des principaux acteurs du camp opposé. Les deux lectures se heurtent. Elles alimentent le débat sur l’indépendance de la décision nationale.

Le danger pour Beyrouth est de devenir une carte d’échange. Si le dossier libanais dépend trop d’un arrangement entre Washington et Téhéran, l’État libanais perd une part de sa capacité d’initiative. Si, au contraire, Beyrouth tente de s’extraire brutalement de cette équation, il risque un affrontement interne avec le Hezbollah. La voie étroite consiste à utiliser les ouvertures régionales sans abandonner le cadre national. C’est plus facile à dire qu’à mettre en œuvre.

Naïm Qassem ferme enfin la porte à ce qu’il appelle la reddition. Il affirme que la solution ne peut pas passer par l’ingénierie politique et militaire d’un Liban faible, placé sous tutelle. Il rejette une diplomatie menée sous la contrainte de l’agression et de la non-application des accords. Cette formule vise directement les pressions américaines, les propositions de sommet avec Israël et les scénarios de normalisation rapide.

Le problème est que le refus de la reddition ne définit pas encore une sortie de crise. Le Hezbollah énumère quatre leviers : résistance, entente interne, accord irano-américain, pression internationale et régionale sur Israël. Mais il ne précise pas comment ces leviers pourraient se combiner avec un calendrier de retrait israélien, un déploiement renforcé de l’armée libanaise, un mécanisme de surveillance et un retour des déplacés. Le discours trace une ligne rouge plus qu’il ne présente un plan.

C’est sur cette zone grise que se jouera la suite. Joseph Aoun devra continuer à refuser une négociation sous les frappes tout en évitant que l’État soit marginalisé par le Hezbollah. Nabih Berry devra mesurer jusqu’où il peut couvrir la position du mouvement sans bloquer toute issue politique. Washington tentera de maintenir la pression. Paris et plusieurs capitales arabes chercheront une formule plus graduelle. Au Sud, les habitants attendront moins les déclarations que les signes concrets : routes ouvertes, villages accessibles, tirs suspendus et début d’un retour encadré.

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