Quel avenir pour le Liban ? – Dr. Riad Jreige

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On continue au Liban à ne pas se poser les vraies questions et à ne pas chercher à y répondre.

Des évènements dramatiques comme ceux que nous venons de vivre le 19 octobre 2012 en plein coeur de Beyrouth, déclenchent en chacun de nous des sentiments réactionnels révélant, certes sous le coup de l’émotion, nos croyances, nos certitudes et nos illusions.

Certains pensent sincèrement que leurs adversaires politiques sont responsables de tels attentats inhumains et sauvages.

Certains sont sûrs que, même si leurs adversaires ne l’ont pas exécuté directement, ce sont leurs alliés qui l’ont fait pour eux.

Si l’on persiste à penser que le problème politique représenté par un tel attentat est un problème libano-libanais, cantonné entre d’un côté Saad Hariri ou Samir Geagea et de l’autre Hassan Nasrallah ou Michel Aoun, on ne pourra ni arriver à trouver les auteurs, ni espérer arriver à une paix durable au Liban.

Personnellement, nous aurions souhaité que le problème ne soit qu’entre ces gens-là, ce serait tellement plus simple.

Pourquoi ?

Parce que, le problème dépasse le cadre du Liban, cependant la configuration du pays est propice à de tels évènements.

L’on s’appuie volontiers sur les communautés et sur les susceptibilités communautaires et confessionnelles, menaçant du coup la stabilité ou en déstabilisant la situation, pour conduire le pays dans une direction prédéfinie.

C’est ce que nous vivons au Liban depuis au moins les années 1970. Hier on a monté les musulmans contre les chrétiens, aujourd’hui les sunnites contre les chiites et demain quelle dichotomie sera-t-elle imposée et pour quels objectifs ?

Alors pourquoi persister à ne pas voir cette réalité en face ?

Pourquoi ne pas voir au delà des conséquences dramatiques (les morts, les blessés, les destructions)?

Pourquoi ne pas regarder en amont, en direction des causes qui les ont engendrées, dont une infime partie seulement est locale, et pour le reste, il faut s’astreindre à rechercher des origines régionales, voire internationales?

Et pourquoi ne pas trouver les exécutants, et plus important encore, pourquoi ne pas trouver les vrais commanditaires proches mais aussi plus éloignés ?

Car il ne faudra pas se leurrer, ceux qui perpétuent ce genre d’attentats ne sont pas des amateurs, ils sont au moins aussi organisés et structurés qu’une vaste organisation mafieuse, mais avec infiniment plus de moyens, pour des objectifs aussi peu louables en ce qui concerne le Liban.

Pour parler de cet attentat abjecte, si nous voulons être logiques et arriver à la vérité, il nous faut émettre non pas une, mais des hypothèses dont celle qui consiste à suspecter le pouvoir syrien en place de Bachar El Assad.

Nous devons alors également suspecter, en parlant de la Syrie, les révolutionnaires dont une bonne partie se réclame d’El Qaëda.

Cette mouvance avec ses tentacules qui arrivent en Arabie Saoudite et le Qatar, mais aussi au delà pour atteindre de plus fortes puissances, en est parfaitement capable, les attentats de Damas en sont des preuves.

Si nous dépassons la suspicion de la Syrie, l’autre protagoniste qui continue à tirer son épingle du jeu, c’est Israël.

Il n’est pas interdit, et même souhaitable, de suspecter également Israël qui en a parfaitement la capacité.

Ses agents sont très largement infiltrés sur l’ensemble du territoire.

N’oublions pas que beaucoup de ces réseaux d’agents israéliens (une soixantaine) ont été démantelés grâce à l’action du service de renseignement des Forces de Sécurité Intérieure dirigé, jusqu’à son assassinat, par le Général Wissam El-Hassan.

Focaliser à ce point exclusivement sur le régime en place en Syrie est fortement suspect.

La Syrie a occupé le Liban pendant 30 ans, s’est forgée des alliés et Israël en a fait de même pendant 20 ans, s’est aussi forgé des alliés.

– Certains libanais se sont alliés à la Syrie et lui sont restés fidèles, respectant un axe Iran – Syrie.

– D’autres se sont alliés à Israël et lui sont restés fidèles, ils sont encore aujourd’hui pour la plupart en Israël.

– D’autres encore se sont alliés à la Syrie ou à Israël puis ont inversé leur alliance puis se sont alliés à la Syrie tant qu’elle était au Liban et aujourd’hui à l’Arabie Saoudite, ce qui veut dire aux USA, c’est-à-dire à Israël, ce sont, pour résumer, les adversaires du Courant Patriotique Libre.

Ceux-là, sont les anciens collaborateurs des deux voisins et néanmoins envahisseurs, se déclarent aujourd’hui les défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie surtout en Syrie.

Ils se sont regroupés sous une seule bannière, dans un même camp.

Avec un tel classement chaque camp a ses raisons propres mais le tort s’abat sur le Liban dans son ensemble.

Chaque camp au Liban a son protecteur régional dont les possibilités de nuisance ne sont plus à démontrer.

Ÿ La Syrie durant sa longue période d’occupation a suffisamment fait de mal et de tort aux libanais : assassinats, disparitions et désolations, jusqu’à détruire le symbole même de la légalité en 1990, le Palais présidentiel de Baabda, dont nous célébrions, il y a tout juste une semaine, le funeste anniversaire avec son lot de questions non encore élucidées.

Ÿ Israël a détruit beaucoup de l’infrastructure du pays, a permis et s’est senti responsable des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila perpétrés par certains « chrétiens » sur des innocents en guise de vengeance du martyr présidentiel.

Nous parlions de tort fait aux libanais, en effet l’on ne se soupçonne pas être pris au piège de ce jeu malsain et de ne représenter que de simples marionnettes entre les mains des marionnettistes.

On est prêt à s’entretuer et à détruire le pays ainsi que son économie pour répondre à des problématiques créés de toute pièce par ces commanditaires dont on est, chacun pour le compte de son camp, persuadé de la justesse de la cause que l’on défend et qui, pense-t-on, en vaut la peine.

Les chefs libanais qui parlent et oeuvrent pour des intérêts étrangers au Liban, oeuvrent pour la ruine du pays, se remplissent  les poches en permettant l’application d’un tel projet sur le terrain.

Ce sont des chefs certes mais irresponsables.

Faire tomber par la force de la rue, drapeaux d’El Qaëda et des révolutionnaires « syriens » dont celui de « l’armée syrienne libre » à la main, encouragés en celà et cautionnés par des partis politiques libanais et un ancien Premier ministre libanais est éloquent de signification de ce que nous venons de développer dans cet article.

– Les derniers de ce classement, mais non les moindres, ne se sont alliés ni à la Syrie, ni à Israël mais ont représenté, ont défendu et continuent de le faire, la légalité au Liban surtout dans les moments où elle était la plus faible, avec un vaste projet de société qui consiste à sortir du confessionnalisme en transformant la société libanaise en une société laïque, c’est-à-dire en séparant le religieux de l’Etat.

Ces derniers sont taxés par leurs adversaires politiques – infidèles à toute idéologie mais fidèles à l’argent et à ceux qui le leur donnent – ,

d’avoir des relations normalisées avec ceux-là même qu’ils ont combattus dignement tant qu’ils étaient dans une posture illégale et irrespectueuse comme envahisseurs du Liban.

Pourquoi ne pas voir au delà encore, que les USA veulent, comme ils l’ont déjà annoncé depuis 2006, remodeler le Proche et le Moyen-Orient.

Ils sont prêts à aller très loin dans cette politique incendiaire pour les 50 prochaines années.

Ils ont décidé de renverser toutes les dictatures en place depuis 40 ans qui ne répondaient plus à leurs intérêts, pour mettre à la place des théocraties fondamentalistes formatées à la sauvegarde de leurs intérêts et de ceux de leur principal allié dans la région .

Ceci sous la bannière révolutionnaire « démocratique » trompant et justifiant, auprès de l’opinion publique internationale, la vision « humaniste  » de ces révolutions.

Pourquoi ne pas voir que les USA veulent résoudre le problème israélo-palestinien en fondant ces derniers aux jordaniens ?

Les USA ne reculeront devant rien pour atteindre leurs intérêts et leurs buts.

Le seul véritable obstacle libanais à cette vision, et à ce programme, est représenté par l’unité du Liban avec toutes ses composantes politiques et confessionnelles.

L’unité ne présente plus aucune brèche dont on pourrait se servir d’appui pour la pérennité d’un tel projet.

Qui l’a vraiment compris au Liban ?

Beaucoup de gens heureusement l’ont compris, dans les 2 camps principaux, ils sont pour la plupart silencieux.

Ils pourront s’exprimer et donner leur voix au cours des prochaines élections législatives de 2013.

Ce que nous espérons, si elles ont lieu, c’est une très large victoire du Courant Patriotique Libre.

Le confessionnalisme au Liban est entrain de finir de consumer le pays, il est grand temps de le remplacer par la laïcité, il en va de l’avenir et de l’existence même du pays.

Par Dr. Riad Jreige
Libnanews

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