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Balance des paiements libanais : un surplus historique ou un ajustement comptable ?

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Un surplus spectaculaire dans un contexte de crise

Le Liban, toujours englué dans une crise économique et financière profonde, a enregistré un surplus record de la balance des paiements (BoP) de 8 213,8 millions de dollars en octobre 2024, contre 1 460,1 millions de dollars à la même période l’an dernier. Ce chiffre impressionnant pourrait être interprété comme un signe de redressement, mais une analyse approfondie révèle des déséquilibres structurels et des dynamiques préoccupantes qui sous-tendent cette progression. La Banque du Liban (BDL), conformément aux recommandations du Fonds Monétaire International (FMI), a adopté des normes comptables internationales, notamment le BPM6 et le MFSM-2016, pour calculer ces données. Cependant, ces ajustements méthodologiques, bien qu’indispensables, ne sauraient occulter la fragilité sous-jacente du système économique libanais.

Une hausse des actifs extérieurs nets en trompe-l’œil

L’augmentation du surplus de la BoP est principalement attribuée à une hausse significative des actifs extérieurs nets(NFAs), avec une progression de 7 383,4 millions de dollars pour la BDL et de 830,4 millions de dollars pour les banques commerciales. Cette augmentation s’explique essentiellement par l’appréciation de la valeur de l’or monétaire détenu par la BDL, un actif statique qui ne reflète ni une amélioration des flux de capitaux ni une reprise économique effective. La structure du surplus révèle des failles profondes. Une partie importante de cette augmentation découle d’une reclassification des comptes de capital selon les critères de résidence, plutôt que de flux entrants de devises étrangères ou d’investissements productifs. Cette manipulation comptable, bien qu’alignée sur les normes internationales, soulève des questions sur la transparence et la viabilité des données publiées.

Dynamique des banques commerciales : entre ajustements comptables et fuite des capitaux

Une analyse des NFAs des banques commerciales en octobre 2024 met en évidence des dynamiques contradictoires :

  • Sur le passif : les dépôts des clients non résidents ont diminué de 95,35 millions de dollars pour atteindre 20,98 milliards de dollars, tandis que les passifs financiers non résidents ont reculé de 40,11 millions de dollars. Cette tendance pourrait indiquer une fuite continue des capitaux, symptôme de la perte de confiance dans le secteur bancaire libanais.
  • Sur l’actif : bien que le portefeuille de titres non résidents ait augmenté de 95 millions de dollars, d’autres composantes clés, comme les créances sur le secteur financier non résident (-136,5 millions de dollars) et les créances sur les clients non résidents (-1,8 million de dollars), sont en baisse. Ces données reflètent une réduction des interactions financières internationales, signe d’un isolement croissant des institutions libanaises. Ces ajustements soulignent la contraction des liens financiers internationaux du Liban, un phénomène inquiétant dans un pays historiquement dépendant des transferts de la diaspora et des investissements étrangers.

Un contexte marqué par l’effondrement économique

Le surplus de la BoP doit être analysé dans le cadre d’une crise multidimensionnelle qui affecte le Liban depuis 2019. Cette crise a entraîné une dévaluation drastique de la monnaie locale, une hyperinflation et une contraction économique dépassant 40 % du PIB entre 2019 et 2023, selon la Banque mondiale. Le système bancaire, autrefois considéré comme un pilier de l’économie, est en faillite de facto, les déposants étant incapables d’accéder à leurs fonds en devises étrangères. Dans ce contexte, la hausse des NFAs de la BDL liée à l’or apparaît comme une stratégie visant à renforcer artificiellement la position extérieure, sans résoudre les déséquilibres structurels.

Surplus de la BoP : solution ou mirage ?

L’apparition d’un surplus dans un pays en crise extrême peut refléter une amélioration des comptes extérieurs, mais aussi des dynamiques de contraction économique. La réduction des importations, conséquence directe de l’effondrement de la demande intérieure et de la pénurie de devises, a probablement contribué à améliorer la BoP. Ce phénomène, loin d’être un indicateur positif, illustre plutôt une asphyxie économique. De plus, la dépendance aux réserves d’or comme principal moteur de l’amélioration des NFAs souligne l’absence de réformes économiques structurelles. Le Liban n’a pas encore adopté de plan de restructuration de la dette ni négocié un programme d’assistance complet avec le FMI, retardant la reprise économique.

Perspectives économiques et avertissements

Le surplus record de la BoP pourrait offrir un répit temporaire au Liban, mais il masque des vulnérabilités profondes. Sans réformes institutionnelles majeures, y compris la restructuration du secteur bancaire et l’instauration d’une gouvernance transparente, ces résultats risquent de s’avérer insoutenables. La communauté internationale, bien qu’encourageant la publication de données alignées sur les normes FMI, reste sceptique quant à la capacité du Liban à résoudre ses problèmes de manière autonome.

Données sur la Banque du Liban

La Banque du Liban (BDL), créée en 1963, joue un rôle central dans la gestion de la crise économique actuelle. Ses réserves totales, incluant l’or monétaire, atteignent environ 30 milliards de dollars en 2024, une partie significative de ces réserves étant inexploitables en raison des restrictions financières imposées. Les politiques récentes de la BDL se concentrent davantage sur la gestion comptable des actifs que sur des mesures économiques durables.

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Newsdesk Libnanews
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