A 10 jours d’intervalle, deux grandes démocraties occidentales célèbrent leur fête nationale : le 4 juillet commémore la déclaration d’Indépendance des Etats-Unis de 1776(240 ans) et le 14 juillet la chute de la Bastille, la Révolution française et la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789(227 ans).

Ce sont deux évènements fondateurs pour deux grandes nations qui ont prévalu à un moment donné et continuent plus ou moins, à gouverner le monde. L’une s’est émancipée de l’autorité royale britannique, à laquelle elle était soumise et l’autre s’est débarrassée de l’ancien régime, en ouvrant une nouvelle page idéologique, dans l’histoire de l’humanité.

Dans le premier cas, on assiste à la naissance d’une nouvelle nation (devenue aujourd’hui la première puissance mondiale) et dans le deuxième cas, à une nouvelle ère, dans une nation vieille de treize siècles (496 baptême de Clovis).Dans les deux cas, on entre dans la modernité, en reconnaissant les libertés individuelles et la prééminence, de l’individu sur le groupe.

 Ce qui n’a pas empêché aux Etats –Unis, la ségrégation raciale, la guerre  civile de sécession (1861-1865) qui a fait plusieurs millions de morts et les multiples guerres de conquête ainsi qu’en France, l’impérialisme Napoléonien en Europe, l’empire colonial au 19 ème siècle et les guerres de décolonisation du  milieu du 20ème siècle .Tout cela entrecoupé des deux guerres mondiales (1914-18 et 1939-45). .

Ainsi nous avons affaire dans les deux cas, à deux puissances qui tout en prônant les valeurs universelles des droits de l’homme, pratiquent sur le terrain, une politique de conquête, d’expansion, d’oppression et en même temps de libération des populations.

Certes, nul ne peut mettre en doute, les valeurs universelles que défend l’Occident mais également, force est de constater, son acharnement à préserver, ses intérêts politiques et économiques, qu’il essaie d’acquérir, d’exploiter et d’accaparer. Comment peut-on prétendre, appartenir à une civilisation universelle et tenter de faire triompher, parfois même cyniquement, des intérêts spécifiques ?

Il est clair ,que celui qui se situe au niveau des valeurs, voit en l’Occident ,une expérience de grand progrès et une affirmation des droits de l’Homme mais souvent les réalités politiques et économiques ,obligent les dirigeants occidentaux (même entre eux) ,à défendre des intérêts sectaires car il s’agit à ce moment là, non pas de promouvoir des idéaux mais de gérer ,des priorités sur le terrain et d’asseoir, une puissance et un pouvoir ,au détriment d’autres cultures et d’autres peuples.

Cette logique du rapport de force et de la confrontation, subsiste et peut entraîner, des guerres féroces, implacables et interminables. Nous sommes en tant qu’êtres humains et en tant que sociétés humaines, constamment partagés, entre notre désir d’idéalisme, de valeurs essentielles et notre besoin instinctif, de préservation, notre pulsion de pouvoir, entre notre élan d’empathie et de respect d’autrui et notre conditionnement, quasi biologique, de sélection naturelle et de besoin de domination.

Le récent rapport Chilcot sur la guerre d’Irak ,dénonce l’intervention britannique aux côtés des Etats-Unis en 2003, comme une suite d’échecs et d’erreurs d’appréciation, mettant en cause l’attitude de Tony Blair et son alliance quasi inconditionnelle, avec George W Bush qui avait dû gérer ,peu après  sa première élection, le cataclysme du 11 septembre 2001 et s’était engagé à poursuivre, l’œuvre interrompue de son père, durant la première guerre d’Irak en 1991 à la suite de l’Invasion du Koweït.. A Bush père (1989-1993), succède B. Clinton (1993-2001) puis Bush fils (2001-2009) puis Obama (2009-2017) et l’an prochain Trump ou H. Clinton, comme si cette alternance assurait, une sorte de compromis introuvable, entre l’idéalisme et le pragmatisme.
Finalement, il s’agit à chaque fois, d’essayer de réconcilier notre tendance naturelle,  à l’ouverture et l’universalisme et notre tendance contraire, également innée, à la fermeture et à la fermeté, qui peut surgir pour l’ajuster et  la corriger. Le plus difficile pour quelqu’un qui gouverne, c’est de maintenir l’équilibre entre les deux car une fois, qu’il a fait son choix et qu’il s’est engagé ,dans un processus, il lui est impossible de s’interrompre, en cours de chemin de se raviser et de se rétracter.

Si on défend à n’importe quel prix la paix, on peut face à l‘adversité, sombrer dans un déni et un pacifisme béat, qui équivaut à une impuissance  et si on se lance à bride abattue, dans la conquête et l’offensive, on finit soi même par s’inventer, de nouveaux conflits, pour continuer à exister.

C’est cette course éperdue et enchevêtrée ,entre guerre et paix ,entre idéal universel et préservation des nations, qui fait que l’homme politique à un moment donné , selon le cas et sa propre vision du monde, doit  parfois , réagir rapidement et affronter et parfois, attendre et tempérer .Sans bien entendu présumer du résultat car l’issue dépend ,non seulement de sa propre volonté mais  également ,du monde extérieur qui lui fait face et qu’il ne maîtrise pas.

Certes l’Histoire ultimement sera écrite par les vainqueurs qui vont justifier leurs actes au nom des idéaux, qu’ils défendent et masquer les enjeux de pouvoir, qu’ils recouvrent. Tout en faisant appel, à la culture collective de l’entité, qu’ils se proposent ou prétendent défendre. Ainsi nos identités culturelles et nos idéologies, n’en finissent pas de nous construire et de nous déconstruire. Nous essayons, vaille que vaille, de durer le plus longtemps possible,  tout en sachant, que nos absolus ne peuvent se traduire concrètement, que dans la relativité.

Photo: Musée Carnavalet, Paris – Jean Baptiste Lallemand, 1716, 1803) la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. 

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