Interpol aurait publié une notice rouge à l’encontre du propriétaire du navire Rhosus, le navire poubelle qui avait amené au Port de Beyrouth, la cargaison de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium à l’origine de l’explosion du 4 août dernier. Une deuxième notice rouge aurait également été publiée à l’encontre de l’importateur portugais.

Une notice rouge consiste à demander aux services chargés de l’application de la loi du monde entier de localiser et de procéder à l’arrestation provisoire d’une personne dans l’attente de son extradition, de sa remise ou de toute autre procédure judiciaire.

Elle contient essentiellement deux types d’informations :

  • Des informations sur l’identité de la personne recherchée, à savoir son nom, sa date de naissance, sa nationalité, la couleur de ses yeux et de ses cheveux, des photographies et ses empreintes digitales, le cas échéant.
  • Des informations sur l’infraction au titre de laquelle cette personne est recherchée, comme un meurtre, un viol, un acte pédophile ou encore un vol à main armée.

Les notices rouges sont émises par INTERPOL à la demande d’un pays membre et doivent être conformes au Statut et au Règlement de l’Organisation. Elles ne doivent pas être confondues avec les mandats d’arrêt internationaux.

Cette notice, indique la chaine de télévision LBCI, aurait été publiée à la demande du procureur général, le juge Ghassan Khoury.

L’Histoire d’un navire poubelle dont la cargaison échoue au port de Beyrouth 

Rhosus Navire Poubelle
Liban/Explosion: Des interrogations autour de la cargaison du navire poubelle à l’origine de la catastrophe et des menaces à la santé publique 2

Tout commence en 2013 quand un cargo battant pavillon moldave, le Rhosus avec à son bord 2750 tonnes de nitrate d’ammonium faisait route depuis le port de Batumi en Géorgie jusqu’au Mozambique. Cette marchandise avait été achetée par International Bank of Mozambique for Fábrica de Explosivos de Moçambique. 

L’armateur, qui a en réalité loué le navire, un certain Igor Grechushkin, serait un ressortissant russe résidant à Chypre. Ce dernier avait reçu la somme d’un million de dollars pour transporter cette marchandise considérée comme dangereuse jusqu’au port de Beira au Mozambique. 

Quant au capitaine du navire, il s’agirait un certain Prokoshev qui aurait pris les commandes du navire en Turquie, suite à une mutinerie de son équipage précédent qui n’avait pas été payé. 

Puis Grechushkin aurait indiqué au capitaine ne pas disposer de fonds suffisant pour payer le passage via le canal de Suez. Il aurait ordonné de charger d’autres marchandises à Beyrouth afin de payer cette somme. Ces marchandises ne pourront cependant être mises à bord du cargo. Selon le capitaine, suite à une inspection, les autorités libanaises auraient retiré le certificat de navigabilité du navire et auraient ordonné son maintien au port de Beyrouth jusqu’au paiement des frais d’accostage et de frais annexes. L’armateur du navire Grechushkin, contacté par l’équipage pour assurer le paiement de nourriture, de fioul et d’autres frais annexes sera injoignable. 

Cependant, cette version est contredite par les autorités libanaises qui évoquent une avarie de son moteur, le navire sera d’abord remorqué à Beyrouth le 21 novembre 2013, précise le ministre des Transports d’alors Ghazi Aridi.

6 membres de l’équipage pourront quitter le navire mais 4 membres, le capitaine et 3 ressortissants ukrainiens resteront à bord de ce dernier. Ils ne pourront cependant pas le quitter en raison des restrictions imposées par la loi libanaise et en arriveront à mendier nourriture et eau selon les avocats qui ont pris en charge ce dossier. 

Les avocats du bureau Baroudi and Partners représentant cet équipage ont également alerté les autorités libanaises de la dangerosité de la cargaison. Finalement, ils pourront rentrer chez eux en août 2014 après que Grechushkin ait accepté de payer le voyage du retour de ces derniers et que la cargaison n’ait été déchargée que le 27 juin 2014.

C’est alors que les autorités libanaises ont du prendre en charge la marchandise. 

Quant au navire, il sombrera en 2015. Selon les témoignages de son équipage, ce dernier souffrait dès son départ de Turquie, d’une importante voie d’eau nécessitant de faire marcher ses pompes de manière continue.

Un bilan lourd

Selon le dernier bilan actuel, plus de 200 personnes seraient décédées et plus de 6 500 personnes ont été blessées dans l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et une grande partie de la capitale libanaise. 300 000 personnes seraient également sans logement des suites de cette explosion.

La piste d’une explosion accidentelle, le 4 août 2020, de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium à l’intérieur d’un entrepôt du port de Beyrouth, saisies en 2014 à bord d’un navire poubelle, le Rhosus battant pavillon moldave, est pour le moment privilégiée par les autorités libanaises. Cette explosion équivaudrait à celle de 600 tonnes de TNT ou encore à un tremblement de terre de 3.3 sur l’échelle de Richter.
Elle aurait ainsi causé un cratère de 110 mètres de long sur 43 mètres de profondeur, indique, le dimanche 9 août, une source sécuritaire citant les propos d’experts français présents sur place.

S’exprimant dans les colonnes du Washington Post dans son édition du 7 septembre, le Procureur de la République, le juge Ghassan Oweidat, a révélé qu’outre les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, du kérosène, du gazoil, 25 tonnes de feux d’artifices et détonateurs à usage pour les mines se trouvaient également présents dans ce même entrepôt.

La présence de ces produits aurait ainsi pu entretenir le feu et lui permettre d’atteindre les températures permettant l’explosion du nitrate d’ammonium, soulignent certains experts.

Les dégâts seraient estimés entre 10 milliards à 15 milliards de dollars.

Le port de Beyrouth, un espace où la corruption était généralisée

Le refus des autorités libanaises à la mise en place d’une enquête internationale serait lié à la crainte de voir l’ampleur de la corruption touchant la principale porte du Liban et où seraient impliqués la quasi-totalité des partis politiques libanais, y compris certains qui réclament aujourd’hui cette enquête, notent certaines sources médiatiques, sous le couvert d’une autorité temporaire de gestion du port de Beyrouth dont les nominations se faisaient selon des lignes sectaires officiellement.

Mis quasiment en cause en raison de sa proximité par rapport à l’ancien directeur du port de Beyrouth Hassan Koraytem en place depuis plus de 20 ans, Saad Hariri dément aujourd’hui tout lien direct avec ce dernier.

Sur place, les opérateurs notent que le transit des marchandises donne souvent lieu à un racket. Ainsi, pour pouvoir sortir des marchandises du port de Beyrouth, d’importants dessous de table doivent être fréquemment payés.

D’autres notent que certaines cargaisons ne sont pas vérifiées. Des marchandises sont également sous-facturées afin de ne pas payer les taxes pourtant dûs à un état en crise financière.

L’enquête sur les responsables impliqués dans l’explosion

Pour l’heure, 33 personnes seraient actuellement mises en examen. Parmi elles, 25 personnes seraient actuellement détenues dans le cadre de l’enquête concernant cette explosion. Parmi eux, le directeur du port de Beyrouth, Hassan Koraytem, ainsi que le directeur des services de la douane libanaise Badri Daher, tous 2 mis en examen par le juge d’instruction Fadi Sawwan, en charge de l’enquête.

Au total, plusieurs responsables sécuritaires et du port de Beyrouth ont ainsi été arrêtés.

Certaines sources soulignent que les différents partis politiques libanais s’étaient partagés les revenus du port de Beyrouth , rendant difficile actuellement de connaitre les responsabilités de chacun dans cette explosion.

Plusieurs partis politiques, de la majorité comme de l’opposition, souhaiteraient également conclure de manière rapide l’enquête étant impliqués dans différents trafics qui ont lieu depuis ou vers le port de Beyrouth. Ils souhaiteraient ainsi éviter à ce qu’on puisse découvrir le degré d’implication de chacun et des violations sécuritaires nécessaires à la poursuite de ses trafics. 

Aussi, des responsables sécuritaires avaient prévenu les autorités politiques à plusieurs reprises au cours des dernières années, les autorités judiciaires n’ont pas décidé de la mise en oeuvre des mesures de transfert nécessaires de la cargaison.

Certaines sources proches du dossier soulignent également la responsabilité de plusieurs administrations dans le port de Beyrouth, d’autant que de hauts responsables étaient informés du danger posé par le stockage de manière inadéquate de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium depuis 2014.

Si le rapport du FBI n’a pas pu conclure sur l’origine de l’explosion et évoque une piste à priori accidentelle sur base des informations fournies par les autorités libanaises, le Liban reste dans l’attente des résultats des enquêtes parallèles menées par la France et la Grande Bretagne.

Le 10 décembre, le juge Fadi Sawwan met en examen le premier ministre sortant Hassan Diab, l’ancien ministre des finances Ali Hassan Khalil et les anciens ministres des transport Ghazi Zeiter et Youssef Finianos.

Des quantités indéterminées retirées avant l’explosion, indique Badri Daher

Selon le directeur de la douane Badri Daher, cité par des sources proches de l’enquête, une quantité indéterminée de nitrate d’ammonium aurait été retirée avant l’explosion. Aucune information n’est pour l’heure cependant disponible concernant l’identité ou les partis responsables de ces prélèvements.

Un responsable sécuritaire qui avait mis en garde contre la dangerosité de la cargaison à priori assassiné

Par ailleurs, la famille d’un responsable de la douane libanaise accusent certaines parties prenantes d’être impliqué dans son assassinat. Le colonel Joseph Skaff, en charge de la lutte contre le trafic de drogue et le blanchiment d’argent, avait informé dès 2014 les autorités libanaises de la dangerosité de la cargaison de nitrate d’ammonium et en refusait le déchargement dans une lettre transmise à plusieurs responsables locaux le 21 février 2014

Transféré de son poste quelques mois plus tard, 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium seront ainsi déchargés du Rhosus et stockés jusqu’à ce que l’explosion se produise.

Candidat aux élections législatives, le corps de Joseph Skaff sera retrouvé le crâne fracassé à proximité de son domicile. Le rapport légiste officiel qui conclu à une mort accidentelle est remis en cause par une contre-expertise évoquant un acte d’agressif soudain qui a amené à sa chute et donc évoque la piste d’un assassinat.

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