
Le Liban a connu, entre vendredi 29 mai et lundi 1er juin 2026, une séquence d’escalade qui a déplacé le conflit vers un seuil plus dangereux. Les frappes israéliennes se sont poursuivies dans le Sud, autour de Tyr, de Nabatiyé, de Deir el-Zahrani et des localités situées entre le Litani et le Zahrani. L’armée israélienne a annoncé la prise du château de Beaufort, aussi appelé Qalaat al-Chaqif, ainsi que de sa crête. Cette avancée, la plus profonde en territoire libanais depuis le retrait israélien de mai 2000, a transformé un front déjà actif en bataille de positions. Le Liban se retrouve ainsi face à une double pression : une hausse du bilan humain et une extension territoriale de l’opération israélienne.
Le dernier bilan officiel consolidé du ministère libanais de la Santé, publié dimanche 31 mai au soir, fait état de 3 412 morts et 10 269 blessés depuis le 2 mars. Ce total marque une augmentation de 41 morts et 140 blessés en vingt-quatre heures par rapport au bilan de samedi, qui s’établissait à 3 371 morts et 10 129 blessés. Il ne doit pas être confondu avec les bilans partiels annoncés lundi après de nouvelles frappes. La plus grave signalée lundi matin concerne Deir el-Zahrani, dans le gouvernorat de Nabatiyé, où une frappe israélienne a tué huit personnes et blessé dix-neuf autres, selon le ministère libanais de la Santé. Trois femmes figurent parmi les morts ; cinq enfants et six femmes parmi les blessés.
Une chronologie resserrée, de vendredi à lundi
Vendredi 29 mai, l’alerte principale vient des organisations internationales. L’UNICEF indique que soixante-dix-sept enfants ont été tués ou blessés au Liban en une semaine, sur la base des chiffres du ministère de la Santé. L’agence onusienne ajoute que, depuis le cessez-le-feu d’avril, cinquante-cinq enfants ont été tués et deux cent douze blessés. L’Organisation mondiale de la santé signale, pour la même période de trêve théorique, vingt-sept attaques contre des structures de santé, avec vingt-cinq morts et quarante-deux blessés. Seize hôpitaux et treize centres de soins primaires ont été endommagés. Ces chiffres installent le week-end dans un cadre humanitaire déjà très dégradé.
Samedi 30 mai, le ministère libanais de la Santé publie un premier bilan consolidé quotidien. Il recense alors 3 371 morts et 10 129 blessés depuis le 2 mars. Dans le Sud, l’agence nationale libanaise fait état de tirs d’artillerie israéliens contre Al-Mansouri, Byout al-Siyyed, Qlaylé et Majdel Zoun. Des frappes et destructions sont aussi signalées dans le secteur de Nabatiyé et sur l’axe littoral. La pression militaire reste forte autour des villages déjà évacués ou partiellement vidés. Les habitants qui restent se trouvent exposés à des ordres d’évacuation répétés, à la coupure de routes secondaires et à l’éloignement progressif des services de secours.
Dimanche 31 mai marque le tournant militaire. L’armée israélienne annonce avoir pris le château de Beaufort et la crête voisine. Le site, perché au-dessus du Litani, domine une large partie du Sud-Liban et offre une vue vers le nord d’Israël. Israël l’avait occupé de 1982 à 2000. Sa reprise a donc une forte portée symbolique, en plus de son intérêt militaire. Le même jour, l’armée israélienne désigne la zone entre le Litani et le Zahrani comme zone de combat. Elle appelle les civils à quitter les localités concernées. Selon des sources sécuritaires libanaises et les médias d’État cités par la presse internationale, plus de quarante frappes israéliennes ont été menées dimanche dans le Sud.
Lundi 1er juin, l’escalade se poursuit sur deux plans. Sur le terrain, la frappe de Deir el-Zahrani ajoute un bilan partiel lourd au total déjà publié dimanche soir. Sur le plan politique, Benjamin Netanyahu annonce avoir ordonné à l’armée de viser des objectifs dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Cette annonce ne constitue pas encore, à elle seule, un bilan de frappe confirmé dans la capitale. Elle change toutefois le niveau d’alerte. Elle intervient au moment où Washington propose une désescalade graduelle et où Paris demande une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.
Liban : un bilan humain au-dessus de 3 400 morts
Le chiffre désormais central est celui de 3 412 morts et 10 269 blessés. Il s’agit du dernier bilan national consolidé connu au dimanche 31 mai. Il couvre la période ouverte le 2 mars, date de reprise de la guerre après des tirs du Hezbollah vers Israël et la riposte israélienne qui a suivi. Les autorités libanaises publient ce bilan sous forme agrégée. Elles ne distinguent pas toujours, dans le total public, les civils, les combattants, les personnels de santé, les secouristes et les membres des forces armées libanaises. Cette limite empêche une lecture complète de la nature des pertes.
La hausse de dimanche est notable. Quarante et une morts et cent quarante blessés supplémentaires ont été ajoutés en une journée. Le chiffre reflète l’intensité des frappes dans les dernières vingt-quatre heures, mais il ne clôt pas le bilan du week-end. Plusieurs frappes exigent encore des vérifications locales. Des équipes de secours ne peuvent pas toujours accéder rapidement aux immeubles touchés. Les bilans de certaines localités restent donc partiels, surtout lorsque les frappes s’enchaînent ou lorsque les zones sont soumises à des tirs d’artillerie.
La frappe de Deir el-Zahrani illustre cette difficulté. Un premier bilan circulait dimanche avec huit morts et un nombre de blessés légèrement inférieur. La mise à jour du ministère publiée lundi porte le bilan à huit morts et dix-neuf blessés. Les victimes comprennent des femmes et des enfants. L’attaque a visé le quartier Al-Arab, près de la municipalité, selon les informations reprises de l’agence nationale libanaise. Cette frappe s’ajoute aux atteintes signalées dans le secteur de Nabatiyé, où des immeubles résidentiels, des routes locales et des habitations ont été touchés.
À Tyr, une frappe près de l’hôpital Hiram a blessé treize membres du personnel de santé et causé d’importants dégâts. L’établissement sert de point d’appui médical pour une partie du littoral sud. Son exposition illustre la vulnérabilité du système hospitalier. Au-delà des blessés de guerre, les hôpitaux doivent continuer à assurer les soins ordinaires. Les dialyses, accouchements, urgences cardiaques et traitements chroniques ne s’interrompent pas. Chaque frappe autour d’un hôpital réduit aussi la capacité d’accueil des déplacés et des blessés issus des villages voisins.
Les bombardements : Tyr, Nabatiyé et l’axe du Zahrani
Les bombardements du week-end se concentrent autour de trois zones. La première est le littoral sud, de Tyr à Qlaylé, Majdel Zoun et Al-Mansouri. Cette bande côtière reste stratégique, car elle relie des villages proches de la frontière aux axes vers Saïda et Beyrouth. Elle concentre aussi des déplacés venus de localités plus exposées. Les tirs d’artillerie et les frappes aériennes y produisent un effet immédiat sur les routes, les ambulances et les mouvements de civils.
La deuxième zone se situe autour de Nabatiyé. La ville et ses environs constituent un centre administratif, commercial et sanitaire majeur du Sud intérieur. L’avancée israélienne vers Beaufort rapproche le front de cette agglomération. La presse internationale situe les troupes israéliennes à environ cinq kilomètres de Nabatiyé après la prise de la crête. La destruction d’immeubles et les frappes dans les quartiers périphériques aggravent la crainte d’un encerclement progressif. Beaucoup d’habitants avaient déjà quitté la zone. D’autres restent par manque de moyens, par obligation familiale ou par impossibilité de trouver un logement au nord.
La troisième zone est celle du Litani, du Wadi al-Saluki et du Zahrani. L’armée israélienne affirme viser des infrastructures de lancement du Hezbollah. Elle présente la crête de Beaufort comme un point d’observation et de contrôle. Le Hezbollah affirme, pour sa part, avoir visé des troupes israéliennes, des positions militaires et des blindés, notamment dans le secteur de Bayada et près des zones de progression au Sud. Les deux récits confirment un fait : l’affrontement ne se limite plus à des tirs transfrontaliers. Il s’agit désormais d’une bataille sur les hauteurs, les routes, les vallées et les positions de feu.
Beaufort, symbole militaire et politique
Le château de Beaufort occupe une place à part dans l’histoire militaire du Sud-Liban. Construit au Moyen Âge, utilisé par plusieurs pouvoirs successifs, il domine les environs du Litani. Israël l’avait pris en 1982, au début de son occupation du Sud, puis l’avait quitté lors de son retrait en 2000. Son retour sous contrôle israélien renvoie donc à une mémoire lourde, au Liban comme en Israël. Pour le gouvernement israélien, l’image du drapeau hissé sur le site sert à montrer une reprise d’initiative. Pour les Libanais, elle ravive le souvenir d’une occupation longue et coûteuse.
Sur le terrain, Beaufort donne aux forces israéliennes un avantage d’observation. La crête permet de surveiller des vallées, des axes routiers et des villages. L’armée israélienne affirme vouloir y détruire des infrastructures du Hezbollah, notamment dans le Wadi al-Saluki. Le ministre israélien de la Défense a indiqué que les soldats conserveraient le site dans le cadre d’une zone de sécurité. Cette formule est lourde. Elle suggère que l’opération ne vise pas seulement un raid temporaire, mais un contrôle plus durable de positions au Sud-Liban.
Le Hezbollah n’a pas publié de bilan complet de ses pertes. Le gouvernement israélien affirme avoir tué des milliers de combattants du mouvement depuis le début de la guerre, et l’armée israélienne avance aussi des chiffres pour la période postérieure au cessez-le-feu. Ces données ne sont pas vérifiées de manière indépendante. Elles doivent donc être rapportées comme des affirmations israéliennes. Le Hezbollah, lui, revendique des attaques contre des soldats, chars et positions, sans fournir un tableau général de ses pertes. Cette asymétrie de communication rend l’évaluation militaire précise très difficile.
Les pertes israéliennes et la pression au nord d’Israël
Côté israélien, les bilans publics varient selon les périmètres. Reuters fait état de vingt-huit morts israéliens depuis le 2 mars, dont vingt-quatre soldats et quatre civils. Associated Press cite le bureau du Premier ministre israélien, qui évoque au moins vingt-cinq soldats et un contractant de défense tués dans ou près du Sud-Liban, ainsi que deux civilstués dans le nord d’Israël. Ces chiffres ne se recoupent pas parfaitement, mais ils confirment que les tirs de missiles et de drones du Hezbollah ont imposé un coût militaire et civil à Israël.
Le nord d’Israël reste soumis à de nombreuses alertes. Les tirs du Hezbollah ont entraîné des fermetures d’écoles et des restrictions d’activité. L’armée israélienne accuse le mouvement d’utiliser des drones kamikazes difficiles à intercepter, dont certains auraient tué des soldats dans le Sud-Liban. Israël justifie ainsi l’élargissement de son opération terrestre. Ce raisonnement est contesté par Beyrouth, qui accuse Israël de dépasser le cadre de la riposte et de chercher à imposer une nouvelle zone d’occupation.
La situation crée une mécanique dangereuse. Chaque attaque du Hezbollah sert d’argument à Israël pour pousser plus au nord. Chaque avancée israélienne sert d’argument au Hezbollah pour maintenir ses tirs. La ligne de cessez-le-feu, annoncée en avril puis prolongée en mai, existe encore dans le vocabulaire diplomatique. Sur le terrain, elle est largement vidée de sa substance. Les habitants des deux côtés de la frontière paient cette spirale par les déplacements, les restrictions et les pertes.
Réactions libanaises : l’État sous contrainte
Le Premier ministre Nawaf Salam accuse Israël de mener une politique de destruction totale des villes et villages. Son propos vise à replacer la guerre dans le cadre du droit international humanitaire. Beyrouth demande l’arrêt des frappes, le retrait israélien et la protection des civils. Mais l’État libanais dispose de moyens limités. Il ne contrôle pas les décisions militaires du Hezbollah. Il ne peut pas non plus empêcher l’armée israélienne d’avancer. Cette faiblesse nourrit les critiques internes et complique les discussions avec Washington.
Le président Joseph Aoun soutient la proposition américaine de désescalade. Il cherche à obtenir un accord qui éviterait l’extension des frappes à Beyrouth et permettrait de rouvrir une voie politique. Le président du Parlement, Nabih Berri, allié du Hezbollah et interlocuteur central dans ce dossier, affirme pouvoir garantir l’engagement du mouvement à un cessez-le-feu, mais seulement si Israël cesse de tirer en premier. Cette position renvoie la responsabilité initiale à Israël. Elle ne répond pas à la demande américaine d’un arrêt préalable des attaques du Hezbollah.
Les autorités sanitaires et municipales gèrent, elles, l’urgence quotidienne. À Tyr, des équipes de la défense civile ont dû se redéployer vers Saïda après des menaces d’évacuation. Le déplacement des secouristes fragilise la réponse locale au moment où les frappes se rapprochent des zones urbaines. Les municipalités doivent organiser des départs, recenser les familles, trouver des abris et coordonner les ambulances. Les écoles, bâtiments publics et centres religieux servent souvent de refuges temporaires, alors que la crise économique limite les ressources disponibles.
Réactions internationales : Paris hausse le ton, Washington temporise
La France a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies après la prise de Beaufort. Emmanuel Macron estime que rien ne justifie l’escalade majeure en cours au Sud-Liban. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, juge inacceptable la poursuite d’opérations militaires israéliennes de plus en plus profondes en territoire libanais. Le Royaume-Uni et l’Allemagne se joignent à Paris pour demander le respect du cessez-le-feu. Cette convergence européenne exprime une inquiétude claire, mais elle ne s’accompagne pas encore de mesures coercitives.
Les États-Unis privilégient une approche par étapes. Le secrétaire d’État Marco Rubio a parlé au président libanais Joseph Aoun et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. La proposition américaine prévoit que le Hezbollah cesse d’abord toutes ses attaques contre Israël. En échange, Israël s’abstiendrait d’une escalade contre Beyrouth. Washington estime que cette séquence ouvrirait un espace pour une désescalade progressive. Cette formulation évite de traiter immédiatement les questions les plus lourdes : retrait israélien, désarmement du Hezbollah, déploiement de l’armée libanaise, retour des déplacés et garanties de sécurité.
La difficulté tient au calendrier. Les discussions doivent se poursuivre à Washington les 2 et 3 juin, mais les faits militaires évoluent plus vite que les négociations. Israël consolide des positions. Le Hezbollah revendique des attaques. Les civils se déplacent. Les hôpitaux absorbent les blessés. La diplomatie tente de ralentir la guerre, sans avoir encore imposé une interruption réelle. L’ordre donné lundi par Benjamin Netanyahu de viser la banlieue sud de Beyrouth renforce cette tension : il place la capitale au centre de la menace au moment précis où Washington cherche à éviter son embrasement.
Une crise humanitaire qui s’étend
Le nombre de déplacés est l’autre indicateur majeur. Reuters évoque plus de 1,2 million de Libanais déplacés par les frappes israéliennes et les ordres d’évacuation depuis le 2 mars. Associated Press avance, selon son propre cadrage, plus d’un million de personnes déplacées. Dans les deux cas, l’ampleur est considérable pour un pays déjà fragilisé par l’effondrement financier, les pénuries de services publics et la saturation des infrastructures sociales. Les familles quittent souvent leur domicile sans perspective de retour rapide.
Les déplacements se font par vagues. Les habitants des villages proches de la Ligne bleue sont partis les premiers. Puis ceux des zones proches du Litani. L’ordre d’évacuation visant les secteurs au sud du Zahrani élargit désormais la zone de fuite jusqu’à environ quarante kilomètres de la frontière. Cela affecte des localités qui servaient encore de points de repli. Saïda, Beyrouth et certaines villes de montagne deviennent des destinations forcées, mais les capacités d’accueil restent limitées. Les loyers montent. Les familles se regroupent chez des proches. Les écoles et bâtiments publics ne suffisent plus.
La santé publique subit une pression cumulative. Les attaques contre les hôpitaux et centres de soins réduisent l’accès aux traitements. Les blessés de guerre arrivent dans des établissements déjà affaiblis. Les enfants déplacés risquent la déscolarisation, les traumatismes et les maladies liées à la promiscuité. Les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades chroniques dépendent de routes parfois coupées. La guerre se mesure donc aussi dans les traitements interrompus, les consultations reportées et les déplacements épuisants vers des centres plus éloignés.
Ce qui reste incertain lundi
Plusieurs éléments doivent encore être consolidés. Le premier est le bilan exact des frappes de lundi. Le chiffre de 3 412 morts et 10 269 blessés correspond au dernier total national publié dimanche soir. Les huit morts et dix-neuf blessés de Deir el-Zahrani doivent être traités comme un bilan partiel distinct, sauf confirmation de leur intégration dans un prochain total national. Toute formulation additionnant automatiquement ces chiffres serait risquée. Il faut attendre la prochaine mise à jour du ministère libanais de la Santé.
Le deuxième point concerne l’ampleur réelle de l’avancée israélienne après Beaufort. Les sources disponibles confirment la prise du château, de la crête et la volonté israélienne de pousser vers le Zahrani. Elles ne permettent pas encore de dire si Israël contrôlera durablement l’ensemble de la zone entre les deux fleuves. Le vocabulaire israélien de « zone de sécurité » suggère une intention de maintien. Les combats et les revendications du Hezbollah indiquent cependant que le contrôle du terrain reste contesté.
Le troisième point est diplomatique. La réunion du Conseil de sécurité, la proposition américaine et les discussions de Washington peuvent encore modifier la trajectoire de la semaine. Mais lundi matin, aucun mécanisme n’a imposé l’arrêt des frappes ni des tirs. Le Liban entre donc dans le 1er juin avec un bilan officiel dépassant les 3 400 morts, une avancée israélienne à Beaufort, des déplacés toujours plus nombreux et une capitale de nouveau placée sous menace directe.
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