Est-ce de l’exploration urbaine ou du théâtre lyrique qui mêle à la fois la gravité d’un passé encore très présent dans les esprits d’une nouvelle société libanaise de l’après-guerre ? Comme le disait O. Niemeyer : « La beauté est le propre de l’art. »   Aujourd’hui, l’existence de ces traces pose des problèmes essentiels tout en faisant l’objet d’une fascination esthétique ; une esthétique de la fluidité.

Dans les vestiges d’une ruine d’une gare, ou dans l’immensité d’une friche
abandonnée, nous nous demandons s’ils sont des décombres d’une guerre ou simplement d’une technologie qui a mis au placard ces ruines urbaines qui sont toujours très vivantes et parlantes. Ces espaces peuvent nous inspirer des réactions diverses : beau, laid, bon, mauvais… Mais ils ne peuvent nous laisser indifférents. Les gens de Tripoli passent devant La Foire Internationale  comme s’il s’agissait d’un fantôme. La plupart d’entre eux n’ont aucun lien avec ce lieu et le considèrent comme une friche abandonnée. Je ressentais en quelque sorte la même chose chaque fois que je passais devant pendant mon adolescence. C’était un endroit sans bruit, jusqu’à ce que je tombe amoureux petit à petit de cet espace silencieux à couper le souffle …

Pour la ville de Tripoli au nord du Liban et ses acteurs, ces traces du passé sont souvent considérées comme des problèmes à gérer. Or les ruines à l’abandon connaissent une popularité incroyable. Considérant cette popularité, la présence de bâtiments et de sites fortement dégradés peut parfois représenter un potentiel pour le tourisme.

C’est le cas de la Foire Internationale de Tripoli, conçue par l’architecte Oscar Niemeyer (1968 -1974). Son œuvre moderniste fait désormais partie de l’Histoire, symbole d’un autre temps mais œuvre néanmoins stupéfiante quant à son dynamisme sculptural. La courbe de son architecture maîtrisée par le béton devient libre et sensuelle. Le flâneur qui parcourt l’espace de la Foire n’a pas le sentiment de se retrouver face à un paysage en ruine, ou de déambuler dans une friche urbaine, bien au contraire, les formes mises à nu sont exposées dans toute leur plasticité. Ces formes fascinantes d’avant-garde conçues par O. Niemeyer embrassent un éventail de fonctions (divertissement, éducation …) Et même parfois nous conduisent vers le mystère. Les aspects majestueux et minimalistes du lieu et le sentiment de découvrir cet espace moderne abandonné m’intriguent toujours à chaque visite. Nulle trace de balles ou d’obus ne vient rappeler que ce lieu a été transformé en base militaire pendant les années de guerre.

De ce paradoxe naît la magie du lieu comme une évidence. Équilibre instable, arrêt sur l’image. Tout est là, presque parfait, la machine semble prête à fonctionner, exactement comme elle avait été conçue à l’origine, mais tout est arrêté à cause de la guerre.

« Regarde ce que ça fait une guerre ! Regarde cette laideur qui devient
intéressante une fois qu’elle fait partie de l’histoire. 
»

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Haytham Daezly, originaire de Tripoli-Liban, vit et travaille à Paris. Il est Docteur en Sciences de l'information et de la communication, directeur artistique en publicité, artiste visuel et actuellement médiateur culturel à Paris. Il est l'auteur de : « L’essor de la culture virtuelle au Liban, entre effervescence numérique et instabilité politique : réseaux sociaux, musique en ligne et sites institutionnels ». Mots-clés : #art #culture #médiation #numérique #TIC #Liban Pour avoir une ample idée sur son parcours professionnel et artistique, vous pouvez consulter ses pages en ligne : Lien thèse : http://theses.fr/2016LIMO0062 Lien blog : http://haythamdaezly.tumblr.com/