Le siège de la Banque du Liban. Crédit Photo: Francois el Bacha, tous droits réservés.
Le siège de la Banque du Liban. Crédit Photo: Francois el Bacha, tous droits réservés.

Les banques libanaises ont entamé une grève de 2 jours ce lundi, afin de protester contre les procédures judiciaires qui les visent notamment dans le cadre de l’affaire Riad Salamé ou encore dans le cadre des plaintes déposées par les déposants confrontés à un contrôle informel des capitaux depuis novembre 2019.

Cette grève intervient alors que le gouverneur de la Banque du Liban fait désormais face à un nouveau risque juridique avec l’ouverture d’une enquête à Monaco concernant des transactions financières qui seraient intervenues en 2021. Certaines sources estiment que ces transactions ont pu avoir comme objectif de masquer une partie de son patrimoine.

Ce lundi, Riad Salamé, qui bénéficiait jusqu’à présent de protections accordées par le procureur de la république ou encore par le général Imad Othman, commandant des FSI, deux proches comme lui de l’ancien premier ministre Saad Hariri, devrait être à nouveau convoqué, cette fois-ci devant le juge d’instruction Nicolas Mansour. Il avait déjà refusé à 4 reprises de comparaitre devant la procureur du Mont Liban, la juge Ghada Aoun. Cette dernière a déjà mis en examen et gelé les biens de 6 banques et de leurs dirigeants dont ceux de la Bank of Beirut, Salim Sfeir, par ailleurs président de l’Association des Banques du Liban ou encore Samir Hanna de la Banque Audi et Antoun Sehnaoui, de la SGBL qui détient aussi des médias locaux.

Pour rappel, Raja Salamé, le propre frère du gouverneur de la Banque du Liban a été appréhendé et se trouve actuellement à la prison de Baabda sur décision de la procureur du Mont Liban, la juge Ghada Aoun et de preuves fournies par les enquêteurs étrangers dans le cadre de l’affaire Forry Associates. Il est soupçonné, ainsi que son frère Riad Salamé et plusieurs dirigeants de banques d’avoir permis de détourner plusieurs centaines de missions de dollars de la Banque du Liban. Au-delà des banques, la question de la responsabilité de leurs actionnaires, dont de nombreux hommes politiques, se pose également alors que ces derniers ont saboté les tentatives de réformes et même de restructuration du système financier jusqu’à présent.

Pour leur part, les responsables financiers accusent la procureur du Mont Liban, la juge Ghada Aoun, d’agir avec des objectifs politiques nonobstant les procédures judiciaires à l’étranger qui les visent également. Pour rappel, la Banque Audi par exemple a été condamnée à Londres à rembourser 4 millions de dollars à un de ses clients, tout comme la SGBL en France. Par ailleurs, des demandes d’informations de la part des enquêteurs français et suisses sont parvenus au Liban concernant le rôle joué par elles dans le détournement supposé de plus de 300 millions de dollars de commissions de la Banque du Liban qui auraient directement atterri sur les comptes de Raja Salamé.

Risque d’isolement des banques libanaises à l’étranger

Ainsi, le site Mediapart a révélé aussi dans un article en date du 18 mars de nouveaux aspects des enquêtes en cours en France dans le cadre du dossier Salamé. Il note ainsi que l’avocat du gouverneur de la Banque du Liban aurait changé la version des faits de son client ou encore que d’importants transferts ont eu lieu suite au dépôt de plaintes à son encontre et à l’encontre de ses proches.

Sa fortune fait aussi l’objet d’interrogations: “l’avocat assure que son client disposait d’un patrimoine de 23 millions de dollars lors de sa prise de fonction à la BDL en 1993, en partie le fruit d’un héritage de «la fin des années 1970, composé d’actifs immobiliers au Liban, lesquels ont été évalués en 2015 à 11 millions de dollars», des sommes aujourd’hui très éloignées du patrimoine dont il dispose et qui serait estimé à plus d’un milliard de dollars.

Parallèlement, son frère Raja bénéficiait de transferts de fonds de la Banque du Liban à ses comptes personnels en Suisse: “La justice helvète s’intéresse aux mouvements qui ont eu lieu entre 2001 et 2016 avec la banque HSBC basée à Genève. Le parquet suisse estime que près de 326 millions de dollars ont transité en 310 opérations bancaires. Officiellement censées être des « commissions » la quasi-totalité de ces sommes était transférée de nouveau sur le compte de Raja Salamé, le frère de Riad, qui a reçu 248 millions de dollars”.

Ces faits auraient été transmis à la justice libanaise et au premier ministre Najib Mikati et au procureur de la république, déjà accusé d’entrave à la justice par ses homologues étrangers.

Et les menaces locales de plaintes des déposants qui aboutissent désormais

Par ailleurs, suite aux décisions des juges d’application des peines à Beyrouth et à Tripoli au Nord du Liban avec la mise en scellé des biens de la Fransabank et de la BLOM Bank, les banques craignent désormais une cascade de procès non seulement à l’étranger comme cela était le cas jusqu’à présent avec des décisions en France ou encore en Grande Bretagne ordonnant le versement d’importantes sommes gelées depuis l’imposition d’un contrôle informel des capitaux en novembre 2019, mais également désormais légalement, ce qui conduirait de facto à une panique bancaire et des faillites en cascade. Face à ces menaces, les banques locales estiment que la responsabilité de la crise de ce secteur revient à l’état, à la Banque du Liban, mais également désormais aux déposants s’ils entreprennent de telles actions et estiment devoir arrêter leur activité. Ils menacent ainsi de geler le versement des salaires tant des employés de la fonction publique que privée.

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