Iran/Israël/Liban: Les craintes d’un embrasement

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La ville syrienne de Qonaitra, extrait de Google Map

Suite à l’attaque le 18 janvier dernier d’un convoi transportant plusieurs hauts responsables du mouvement chiite libanais Hezbollah et de l’Iran dans la région syrienne de Qonaintra par l’Armée israélienne, la force d’observation du cessez le feu de l’ONU indiquant que plusieurs drones auraient été utilisés pour cette opération, d’autres souces indiquant que cette opération a été menée par un hélicoptère d’attaque.

Parmi les 12 victimes, le fils de l’ancien haut responsable militaire  du mouvement chiite Imad Moughnieh assassiné à Damas en 2008, Jihad, lui-même responsable du Hezbollah pour le Golan et un général des Gardes Révolutionnaires, Mohammed Ali Allahdadi dont la dépouille a été enterrée dans la province de Kerman en Iran. Selon certaines sources israéliennes, la visite de ces derniers à Qonaitra visait à préparer une attaque visant l’Etat hébreux en représailles aux frappes israéliennes précédentes visant des bases de l’Armée Syrienne de Bachar al Assad ou à établir une base de lancement de missiles dans le Golan Syrien, tandis que selon le communiqué des Gardes Révolutionnaires publié à Téhéran, les victimes de l’attaque étaient en mission de reconnaissance afin d’assister Damas dans sa lutte contre les rebelles « takfiristes et salafistes » présents dans la région, termes désignant les mouvements Al Nosra et Daech.

Le bilan de cette attaque est allé jusqu’à surprendre les autorités israéliennes elles-même qui ne s’attendaient visiblement pas à la présence d’un haut responsable iranien dans le convoi et provoquant ainsi, une hausse importante des risques d’escalades tant à la frontière syro-israélienne qu’à la frontière israélo-libanaise. Ainsi, s’attendant à une riposte, on a pu voir le 21 janvier, des tanks israéliens mis en état d’alerte le long des lignes de démarcation et une augmentation importante des vols de reconnaissance des drones jusqu’à la capitale libanaise violant l’espace aérien libanais en contravention avec la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l’ONU suite à une rumeur vite démentie d’infiltration du territoire de l’état hébreu depuis le Liban. L’Armée Libanaise et la FINUL ont a leur tour augmenté le nombre de leurs patrouilles de reconnaissance le long de la ligne bleu.

Modération coté libanais

Au Liban, les incidents ont amené à une sorte d’union nationale, chose rare, difficile à appréhender pour beaucoup suite aux derniers passifs et à remarquer entre les mouvements dit du 8 et du 14 Mars, l’incident n’ayant pas interrompu les discussions entre le Courant du Futur, qui condamnera d’ailleurs l’attaque israélienne, et le Hezbollah et entre leurs alliés chrétiens respectifs des Forces Libanaises et Courant Patriotique Libre. L’obectif, indique-t-on est de réduire les tensions confessionnelles entre sunnites et chiites face aux menaces posées par les groupuscules islamiques présents sur le territoire, de maintenir la sécurité au Pays des Cèdres et de peut-être aboutir à l’élection d’un nouveau président de la république.

Coté 14 Mars, outre la condamnation des attaques israéliennes contre le convoi, le Courant du Futur a également rappelé à la politique de distanciation des partis libanais des évènements en cours en Syrie, estimant que la priorité absolue doit être à la sécurité du Liban.

Le Président du Parlement, Nabih Berry, allié du Hezbollah, a quant à lui estimé que, par cette attaque, le Premier Ministre Israélien Benjamin Netanyahou cherchait à gagner comme à ses habitudes les prochaines élections parlementaires par une stratégie d’aventurisme militaire. Il a également souligné le paradoxe de voir le responsable israélien défiler à Paris aux cotés des victimes du terrorisme (allusions à l’attentat ayant visé le quotidien Charlie Hebdo) et de pratiquer ce même terrorisme à Qonaitra.

Le Hezbollah, qui compte parmi les victimes plusieurs de ses membres, pourrait ne pas ouvrir de fronts au Liban même mais agir directement depuis le Golan, transformé alors en front ouvert comme ce que craignent les responsables militaires israéliens. Le secrétaire général du Hezbollah, s’exprimera probablement à ce sujet le 30 janvier prochain à l’occasion de la commémoration organisée pour « les martyrs de Qonaitra ». Cependant, des assurances de ses responsables à un ministre libanais, selon un journal koweïtien confirment que les représailles ne seront pas menées à partir du Pays des Cèdres.

Vers un rôle israélien plus actif en Syrie

En effet, l’implication d’abord de Djihadistes sunnites contre le Régime Syrien dès le début des combats en 2011 opposant rebelles à l’armée syrienne puis l’entrée dans les combats de combattants chiites du Hezbollah et de chiites irakiens et afghans soutenus par l’Iran venus en soutien au Régime de Bachar el Assad avait provoqué une importante montée des risques de conflit entre communautés chiites et sunnites au Liban.

L’attaque israélienne contre ces hauts responsables a surpris la majorité des observateurs et abouti à de nombreuses interrogations à ce sujet. Déjà, coté syrien, on accusait Israël de soutenir directement les opposants à Damas, accusations depuis confortées par le rapport rédigé par les forces onusiennes d’interposition stationnées au Golan, la FNUOD publié le 10 décembre dernier par le journal israélien Haaretz qui indiquent que soins médicaux, fournitures de renseignements et même peut-être d’armements auraient été fournin aux groupes rebelles y compris à ceux proches de l’Etat Islamique. De son coté, Israël dément, indiquant juste que son aide aux opposants à Bachar el Assad reste pour le moment purement humanitaire.

Interrogations toutefoist à la qualité du renseignement israélien face à la situation au Golan, est-ce que l’opération militaire a eu lieu en toute connaissance de la présence du responsable iranien, l’implication d’un très haut gradé directement dans une attaque visant l’état hébreu – argument utilisé par les autorités israéliennes – étant fortement improbable, ou s’agit-il d’une manipulation qui a pu se passer à plusieurs échelles, de la part, peut-être des mouvements rebelles que Tel Aviv soutient ou d’une erreur technique ou humaine. Qu’en est-il des attaques israéliennes précédentes contre des bases syriennes, s’agissait-il réellement d’empêcher le transfert d’armes au Hezbollah ou plutôt de soutenir les rebelles syriens qui souffrent actuellement en raison des contre offensives conjointes du mouvement chiite et de l’armée syrienne dans la région du Qalamoun assez proche du Golan?

On redoutait que cette action militaire puisse entrainer une internationalisation supplémentaire de la guerre civile syrienne avec déjà l’implication des USA par les bombardements visant Daech. Ainsi, Israël a pris le risque de l’ouverture de nouveaux fronts notamment au niveau de la frontière libanaise ou d’une série de représailles et de contre représailles visant tout aussi bien intérêts israéliens qu’iraniens de part le Monde.

Pour l’heure, le Hezbollah, bien qu’ayant indiqué vouloir riposter, doit faire face à plusieurs fronts en Syrie et est menacé par les groupuscules rebelles syriens d’attaques au Liban même à partir du Qalamoun. Ainsi, ce vendredi même, ces derniers ont attaqué des postes de l’Armée Libanaise qu’ils accusent d’être proches du mouvement chiite dans la région de Ras Baalbeck, tuant 2 soldats et prenant en otage 6 militaires en plus des 17 autres déjà détenus. On peut donc s’interroger quant à l’opportunité de l’ouverture d’un nouveau front pour le Hezbollah, il parait cependant improbable que cela soit le cas en raison des circonstances actuelles. Cette riposte pourrait directement l’Iran qui selon les dernières déclarations des Gardiens de la Révolution, « ne se reposera pas avant d’avoir totalement éradiqué la quintessence du pécher de la région« , désignant ainsi l’Etat Hébreu, ces menaces étant d’ailleurs assez pris au sérieux à Tel Aviv, l’état major de l’armée israélienne anticipant d’ailleurs une attaque, tout en estimant qu’un conflit ouvert n’est pas dans l’intérêt des adversaires.

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