Je parle de ces transformations miraculeuses, ces mutations subites et aussi fascinantes qu’éphémères qui s’opèrent dans l’âme de nos concitoyens à l’approche des élections municipales. Hier encore indifférents, parfois même hautains, les prétendants à la magistrature locale deviennent, tel un papillon quittant sa chrysalide, les parangons d’altruisme et de bienveillance.
Je parle de ces sourires éclatants généreusement distribués comme des confettis lors d’un mariage. Hier absents, aujourd’hui omniprésents, ils s’affichent sur les visages naguère fermés, s’étalent en public, inondent les ruelles et les salons. On serre des mains, on papote des épaules , on s’enquiert avec une sollicitude touchante de la santé du vieil oncle que l’on feignait d’ignorer jusqu’ici.
Je parle de ces appels téléphoniques inopinés, émanant de numéros depuis longtemps muets, soudain animés d’une curiosité débordante. « Comment vas-tu, mon ami ? » s’enquiert une voix douce, sucrée comme un knéfeh, qui pourtant n’avait jamais daigné répondre à un message auparavant. L’échange se prolonge, s’égare en souvenirs enjolivés, avant d’aboutir, comme par magie, à une promesse électorale implicite.
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Je parle de ces visites improvisées, ces descentes de courtoisie où le notable en herbe s’émeut du quotidien de ses administrés. On s’étonne du mauvais état des routes, on découvre avec effroi l’absence de trottoirs, on déplore le manque d’éclairage. Ah, si seulement quelqu’un pouvait y remédier ! Promesses floues et hochements de tête compatissants se succèdent, tandis que le cortège s’éclipse, laissant derrière lui une traînée d’illusions.
Je parle de cette soudaine ferveur philanthropique qui saisit les candidats comme une révélation mystique. Subitement, ils se sentent investis d’une mission divine : secourir les nécessiteux, distribuer des aides, reconstruire le lien social. On ressuscite l’esprit de communauté, on exalte la fraternité, on célèbre les valeurs d’antan. Mais tout cela, bien sûr, disparaîtra comme neige au soleil sitôt les urnes scellées.
Je parle enfin de ce théâtre électoral, où chacun joue son rôle avec un talent digne des plus grands dramaturges. L’électeur devient l’arbitre d’un spectacle éphémère, où les masques tombent au lendemain du scrutin. Car une fois le mandat acquis, les anges redeviennent simples mortels, leur éloquence s’évapore, leur sollicitude s’éclipse, et l’électeur retourne à son invisibilité. Jusqu’à la prochaine saison des miracles.



