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Liban : 87 morts en 48 heures malgré la trêve

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Le Liban aborde ce lundi 11 mai 2026 une nouvelle journée de trêve fragile, marquée par un lourd bilan humain dans les dernières quarante-huit heures et par une tension persistante au Sud. Selon les dernières données disponibles du ministère libanais de la Santé, les attaques israéliennes ont fait 87 morts et 181 blessés supplémentaires en deux jours. Le bilan cumulé depuis le 2 mars atteint 2 846 morts et 8 693 blessés. Ces chiffres, publiés avant l’ouverture d’une semaine diplomatique importante, ne distinguent pas de manière complète les civils des combattants.

La situation au Liban reste dominée par trois urgences. La première est militaire, avec des frappes israéliennes qui se poursuivent malgré le cessez-le-feu entré en vigueur en avril. La deuxième est humanitaire, avec plus d’un million de personnes déplacées et des abris collectifs sous pression. La troisième est politique, car Beyrouth prépare de nouveaux échanges à Washington avec Israël sous médiation américaine, alors que les autorités libanaises réclament d’abord l’arrêt des hostilités et un retrait israélien clair du Sud.

Un bilan alourdi en deux jours

Les dernières quarante-huit heures ont confirmé la dégradation de la trêve. Dimanche, le centre des opérations d’urgence du ministère libanais de la Santé a recensé quatre morts et dix-neuf blessés dans de nouvelles frappes israéliennes au Sud. Une attaque dans le district de Tyr a tué une personne et blessé treize autres, dont six enfants et deux femmes. Une frappe de drone dans le secteur de Jezzine a fait un mort et un blessé. Deux secouristes ont également été tués dans des frappes visant des centres de réponse médicale liés au Comité sanitaire islamique, dans deux localités du district de Bent Jbeil.

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Ce bilan dominical s’ajoute aux frappes de samedi, qui avaient déjà provoqué une forte émotion. À Saksakiyeh, dans le Sud, une attaque israélienne a tué au moins sept personnes, dont un enfant, et blessé quinze autres, selon le ministère de la Santé. L’armée israélienne a affirmé viser des combattants du Hezbollah qui préparaient des attaques contre ses forces. Elle a reconnu l’existence d’informations faisant état de victimes civiles et a annoncé un examen de l’incident. Les secours ont fouillé les décombres avec des engins lourds, dans une zone où plusieurs maisons ont été touchées.

D’autres attaques ont frappé des axes proches de Beyrouth et plusieurs localités du Sud. Une agence de presse a fait état de frappes de drones contre des véhicules près de la capitale, faisant quatre morts. Dans le Sud, des morts ont été signalés à Nabatiyé, Bourj Rahhal, Maifadoun et dans d’autres villages touchés par des bombardements ou des tirs de drones. À Nabatiyé, un Syrien et sa fille de 12 ans figurent parmi les victimes rapportées. Ces épisodes ont nourri l’impression d’une trêve maintenue dans les textes, mais contredite chaque jour par le terrain.

Le Sud-Liban concentre les frappes

Le Sud-Liban concentre l’essentiel de la violence. Les districts de Tyr, Bent Jbeil, Marjayoun, Nabatiyé et Jezzine connaissent des frappes répétées, des avertissements d’évacuation et des mouvements de population rapides. Dimanche soir, l’armée israélienne a appelé les habitants de Deir al-Zahrani, Jarjouh et Sajd à quitter immédiatement leurs maisons et à se tenir à au moins 1 000 mètres de certains secteurs. Ces messages créent souvent une fuite plus large que les localités citées. Les familles partent aussi des villages voisins, par crainte d’être piégées sur les routes.

Vendredi, des frappes avaient déjà tué au moins cinq personnes au Sud. Quatre personnes sont mortes à Toura, près de Tyr, et huit autres ont été blessées. Un secouriste de la Défense civile libanaise a été tué près de Kfar Chouba. Ces frappes sont intervenues après un avertissement israélien visant six villages de la province de Tyr, dont Toura. Le même jour, le Hezbollah a tiré des roquettes vers le nord d’Israël. L’armée israélienne a indiqué avoir intercepté un projectile, les autres étant tombés dans des zones ouvertes sans faire de victime.

Les destructions visibles s’accumulent dans les villages frontaliers. Des maisons sont éventrées, des commerces restent fermés, des routes secondaires sont coupées, et des vergers deviennent inaccessibles. Dans certains secteurs, les habitants reviennent quelques heures pour vérifier un logement, récupérer des papiers ou chercher des médicaments, puis repartent avant la nuit. Les municipalités tentent de tenir des listes de familles déplacées et de maisons touchées. Elles manquent souvent de carburant, d’engins, de personnel et de garanties de sécurité pour envoyer des équipes sur place.

Israël affirme vouloir empêcher le Hezbollah de reconstituer ses positions près de la frontière. L’armée israélienne dit avoir frappé environ 70 sites du mouvement au cours de la dernière semaine et tué plus de 30 combattants. Quelques jours plus tôt, elle avait aussi avancé un bilan de plus de 85 membres du Hezbollah tués et 180 sites frappés en une semaine. Ces chiffres ne sont pas vérifiables de manière indépendante. Le Hezbollah, de son côté, annonce des tirs d’artillerie, des roquettes et des drones contre des rassemblements de soldats, des véhicules et des bulldozers militaires israéliens au Sud.

Une trêve sans retour à la normale

Le cessez-le-feu annoncé à Washington mi-avril devait ouvrir une séquence de désescalade. Il a pris effet le 17 avril, après un accord présenté la veille, puis a été prolongé de trois semaines. Dans les faits, les affrontements n’ont jamais cessé. Selon une organisation médicale internationale, 385 personnes ont été tuées et 685 blessées entre l’annonce du cessez-le-feu et le 4 mai, d’après des chiffres du ministère libanais de la Santé. Le bilan actualisé au 10 mai montre que la courbe a continué de monter depuis cette date.

La trêve a tout de même changé la nature des attentes. Les habitants du Sud ne demandent plus seulement une baisse du nombre de frappes. Ils demandent de pouvoir rentrer, dormir chez eux, rouvrir les écoles, réparer les conduites d’eau et reprendre les récoltes. Or les ordres d’évacuation, les survols, les tirs et la présence de zones déclarées dangereuses bloquent ce retour. Le cessez-le-feu existe comme cadre diplomatique. Il ne fonctionne pas encore comme protection quotidienne.

Les secouristes paient un tribut particulièrement lourd. Des organisations internationales ont déjà recensé plus d’une centaine de travailleurs médicaux tués depuis le 2 mars et plusieurs centaines de blessés. Le ministère de la Santé a encore signalé dimanche la mort de deux secouristes dans des frappes visant des centres médicaux. Dans les villages, les équipes d’ambulance avancent souvent après une première frappe, avec la crainte d’une seconde attaque. Les hôpitaux de Tyr, Nabatiyé, Saïda et Beyrouth absorbent les blessés, tout en gérant les coupures, les pénuries et l’épuisement du personnel.

Plus d’un million de déplacés

Plus d’un million de personnes restent déplacées au Liban. Selon les données humanitaires disponibles au 7 mai, plus de 124 000 personnes vivent dans 625 abris collectifs. La majorité des déplacés se trouve toutefois hors de ces structures. Des familles sont hébergées chez des proches, louent des appartements, occupent des bâtiments inachevés ou se déplacent d’une localité à l’autre. Cette dispersion rend l’aide plus difficile à organiser. Elle rend aussi les besoins moins visibles.

À Beyrouth, une école privée transformée en abri accueille plus de 1 500 déplacés. Les élèves suivent leurs cours à distance, tandis que des familles vivent dans les salles de classe et sous des tentes dans la cour. Des parents ont protesté début mai contre la fermeture prolongée de l’établissement. L’administration affirme comprendre la détresse des déplacés, mais rappelle le droit des enfants à l’enseignement. Les personnes hébergées disent qu’elles partiront si une autre solution sûre leur est proposée. Cette situation illustre la pression qui monte dans les villes d’accueil.

Les tensions ne concernent pas seulement les locaux disponibles. Elles touchent aussi les loyers, l’accès à l’eau, la gestion des déchets, les générateurs, les repas et la sécurité. Beaucoup de déplacés viennent de zones majoritairement chiites du Sud et s’installent dans des secteurs au tissu confessionnel différent. Les responsables publics évitent de transformer ces déplacements en sujet communautaire, mais les inquiétudes circulent. Le souvenir de la guerre civile reste présent dans les discours, surtout lorsque des écoles, des quartiers ou des bâtiments publics restent occupés pendant plusieurs semaines.

Les familles déplacées perdent aussi leurs revenus. Des commerçants ont fermé leurs boutiques. Des salariés ne peuvent plus rejoindre leur lieu de travail. Des agriculteurs ont abandonné leurs terres. Des ouvriers journaliers se retrouvent sans chantier. Les aides d’urgence couvrent une partie des besoins, mais pas la durée. Au fil des semaines, les économies s’épuisent. Les ménages réduisent les repas, retardent les soins ou vendent des biens. Cette fatigue financière pèse autant sur les déplacés que sur les familles qui les accueillent.

La crise alimentaire s’aggrave

La crise alimentaire progresse rapidement. La dernière analyse internationale sur la sécurité alimentaire estime qu’environ 1,24 million de personnes au Liban connaîtront une insécurité alimentaire aiguë entre avril et août 2026. Cela représente près d’un quart de la population analysée. La période précédente, de novembre 2025 à mars 2026, comptait 874 000 personnes dans cette situation. La hausse traduit l’effet combiné des combats, des déplacements, de la baisse des revenus et de la hausse des coûts.

Les districts du Sud subissent les niveaux les plus élevés. À Bent Jbeil, Marjayoun, Nabatiyé et Tyr, entre 55 % et 65 % des habitants sont classés dans des niveaux élevés d’insécurité alimentaire, avec environ 10 % de la population en phase d’urgence. Les familles touchées réduisent la qualité des repas, sautent des repas ou dépendent davantage de l’aide. Les marchés fonctionnent encore dans plusieurs villes, mais les prix, le transport et les ruptures locales empêchent une partie des ménages d’acheter ce dont ils ont besoin.

L’agriculture souffre aussi. Les champs du Sud sont exposés, les serres ont été endommagées, des routes agricoles restent dangereuses et des exploitants ne peuvent plus accéder à leurs cultures. Des estimations humanitaires indiquent que plus des trois quarts des agriculteurs du Sud ont été déplacés et qu’une part importante des terres agricoles a été touchée. Ce choc ne se limite pas à la saison en cours. Il peut peser sur les récoltes suivantes, sur l’emploi rural et sur l’approvisionnement local.

L’économie sous une nouvelle contrainte

L’économie libanaise abordait 2026 avec des signes limités de reprise. La Banque mondiale prévoyait en janvier une croissance réelle de 4 % pour l’année, sous réserve de réformes, d’une stabilité politique minimale et de flux de reconstruction. Cette projection paraît désormais plus fragile. La guerre menace le tourisme, ralentit l’investissement, perturbe les transports et alourdit les dépenses publiques. Les entreprises avancent au jour le jour, en fonction des routes disponibles, des livraisons et des alertes.

La livre libanaise reste officiellement à 89 500 livres pour un dollar dans les données de la Banque du Liban disponibles jusqu’en février. Cette stabilité ne suffit pas à absorber les chocs. L’inflation annuelle a atteint 17,26 % en mars, contre 12,27 % en février, selon les données compilées à partir de l’administration centrale des statistiques. La hausse sur un mois a été de 4,91 %. Les ménages ressentent surtout le coût de l’alimentation, des loyers, du transport, de l’énergie et des frais scolaires.

Le secteur bancaire reste un dossier non résolu. Les déposants attendent toujours une réponse sur les fonds bloqués depuis la crise financière de 2019. Les autorités doivent encore avancer sur la restructuration du secteur, la répartition des pertes et la protection graduelle des épargnants. La guerre réduit l’espace politique pour ces réformes. Elle augmente en même temps le coût futur de la reconstruction. Les villages détruits, les terres abîmées et les commerces fermés demanderont des financements rapides, mais aussi des règles de contrôle capables de rassurer les bailleurs.

Beyrouth prépare Washington

La semaine diplomatique s’ouvre avec des discussions attendues à Washington les 14 et 15 mai. Les États-Unis ont déjà accueilli deux rounds entre représentants libanais et israéliens. Un troisième doit se tenir jeudi et vendredi. Ces contacts restent exceptionnels entre deux pays officiellement en état de guerre depuis 1948. Beyrouth insiste sur une ligne prudente : négocier pour arrêter la guerre, sans présenter ces échanges comme une normalisation politique.

Le premier ministre Nawaf Salam a affirmé que le Liban était ouvert à un accord de paix avec Israël si ses demandes étaient satisfaites. Il a toutefois placé la priorité sur l’arrêt des hostilités et la fin de la guerre. Il demande un calendrier clair de retrait israélien. Il a aussi estimé que le Liban n’avait pas choisi cette guerre, mais avait été entraîné dans une confrontation régionale plus large. Le président Joseph Aoun appelle de son côté les partenaires européens à faire pression sur Israël pour respecter le cessez-le-feu.

La délégation libanaise doit donc défendre plusieurs objectifs concrets. Le premier concerne l’arrêt des frappes et des évacuations forcées. Le deuxième porte sur le retrait israélien des localités ou secteurs occupés au Sud. Le troisième vise le retour des déplacés sous protection de l’armée libanaise et d’un mécanisme international de suivi. Le quatrième touche aux destructions, aux indemnisations et à l’accès humanitaire. Israël met d’abord en avant la menace du Hezbollah et la nécessité de neutraliser ses capacités près de la frontière.

Le Hezbollah refuse, lui, d’être isolé du contexte général. Ses responsables répètent qu’ils continueront la résistance tant que des terres libanaises resteront sous occupation israélienne. Le mouvement affirme répondre aux violations israéliennes. Ses adversaires au Liban l’accusent de maintenir le pays dans un cycle de guerre et de décisions prises hors des institutions. Le gouvernement doit avancer entre ces deux pressions, alors que chaque nouvelle frappe rend la marge de manœuvre plus étroite.

Une journée suspendue aux prochains bilans

Ce lundi 11 mai commence donc avec un bilan humain révisé à la hausse, une trêve contestée par les faits et une population déplacée qui ne voit pas encore de sortie immédiate. Les 87 morts et 181 blessés annoncés sur les dernières quarante-huit heures pèsent sur la préparation des réunions de Washington. Ils rappellent aussi que les discussions diplomatiques avancent pendant que les secouristes, les hôpitaux et les municipalités continuent de compter les victimes.

Dans le Sud, les habitants suivent les avertissements d’évacuation, les communiqués militaires et les nouvelles des routes. À Beyrouth, les écoles abris et les logements saturés concentrent une autre partie de la crise. Dans les administrations, les équipes préparent des dossiers sur les pertes, les déplacements et les besoins de reconstruction. La prochaine échéance politique est fixée aux 14 et 15 mai, mais les chiffres de ce lundi imposent déjà leur rythme au pays.


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