Par Dr. Grace Elias
Doctorat d’État en Science Politique de l’Université Libanaise.
Chercheuse en histoire politique du Liban, spécialiste en discours politique des communautés libanaises.

NOTE DE LA RÉDACTION DE MADANIYA.INFO

EN partenariat avec Madaniya.info – La démission du premier ministre libanais Saad Hariri le 29 octobre au 13me jour d’un «soulèvement populaire au parfum de révolution» a ouvert une période de grandes incertitudes politiques pour le Liban. Au-delà de l’équation personnelle du milliardaire failli du clan Hariri, sa démission met en relief le rôle majeur de la composante sunnite de la population dans le jeu politique libanais. Pour aller plus loin sur Saad Hariri, cf ce lien:

Retour sur cette communauté dans un pays qui a longtemps fait office d’ «état tampon» dans la stratégie régionale.

«Deux négations ne font pas une nation», Georges Naccache, 10 Mars 1949; un texte qui valut la prison au journaliste libanais.

Le texte complet de Georges Naccache sur ce lien : https://www.monde-diplomatique.fr/1982/09/A/36936

La proclamation de l’État du Grand Liban le 1er septembre 1920 par le Général Henry Joseph Eugène Gouraud, représentant de la puissance mandataire française sur la Syrie, trois ans après la promesse Balfour (2 novembre 1917) conférant un «Foyer National Juif» en Palestine répondait au souci des puissances coloniales européennes de briser le continuum stratégique du Monde arabe afin d’éviter la constitution d’un «seuil critique» sur le flanc méridional de l’Europe, qui fera obstacle à l’expansion européenne vers l’Asie.

Le «Foyer National Juif» a été octroyé en Palestine. L’État du Grand Liban a été aménagé par son détachement de la Syrie, dont le général Gouraud en avait la charge.

Sous prétexte de coexistence inter confessionnelle, la France va chercher en fait à faire cohabiter dans une sorte de contiguïté passive «deux négations vouaient à ne jamais constituer une nation» pour reprendre l’expression du journaliste Georges Naccache.

En fait le projet français visait, dans le prolongement du «Foyer National Juif» en Palestine, à constituer un « foyer chrétien au Liban», sous le leadership maronite, avec la caution des sunnites. Un tour de prestidigitation qui explique les réticences des sunnites à l’égard de cette forme de gouvernement.

La communauté sunnite au Liban: L’entité et les variables politiques.

I – INTRODUCTION

La société libanaise comprend 18 communautés religieuses qui sont représentées dans le système politique libanais.

Cette organisation a été acceptée dans la Constitution de 1926 et adoptée dans le Pacte national de 1943, puis consignée dans l’Accord de Taëf de 1989, afin de préserver toutes les composantes de la société multi-communautaire libanaise et de permettre à toutes les communautés de participer à la vie nationale, aux décisions cruciales et à la gestion des affaires de la nation.

Ces caractéristiques nous montrent que les communautés – et non l’individu ou le citoyen- sont l’acteur principal de la vie politique libanaise, d’où la nécessité d’étudier le rôle de la composante sunnite, ainsi que sa position dans la société et le pouvoir.

L’évolution historique du Liban en tant qu’entité politique et en tant que société complexe, montre que le principe de l’existence de cette entité pose un problème fondamental auquel la majorité des musulmans, la plupart sunnites, s’opposent, alors que les chrétiens, et en particulier les maronites, s’y accrochent.

Le patriarche Elias Hoayek était à l’avant-garde des revendications de l’indépendance du Liban et de la création de l’État en 1920.

Malgré la déclaration du Grand État libanais en 1920 et la proclamation de la République libanaise en 1926, la majorité de la communauté sunnite a déclaré son rejet de cette entité séparément de la Syrie.

Le Pacte National de 1943, entre les présidents Bichara El-Khoury et Riad El-Solh, a réussi à faire adhérer les musulmans en général, et les sunnites en particulier, à la reconnaissance de l’entité libanaise.

Cependant, le Premier ministre de l’époque, Riad El-Solh, a affirmé que les musulmans devaient accepter le partage du pouvoir entre les différentes communautés libanaises, d’autant plus que la majorité des musulmans ont remarqué que les communautés chrétiennes (et plus particulièrement les maronites) avaient saisi les ressources de l’État entre 1920 et 1943.

Les sunnites ont alors estimé qu’ils n’avaient pas bénéficié d’une participation équilibrée au pouvoir pendant toute la période de l’indépendance. Ils ont donc menacé de rejoindre la Syrie et n’ont pas hésité à demander leur entrée en 1958 en République arabe unie (Égypte et Syrie).

L’accord de Taëf a été conclu en 1989, constituant un nouveau compromis entre les communautés libanaises et mettant fin à la guerre au Liban qui avait débuté en 1975. Cet accord a abouti à l’acceptation des musulmans et des chrétiens de l’État libanais. En conséquence, la majorité des sunnites sont devenus les partisans d’un Liban indépendant, ce qui les rapprocherait des chrétiens.[1]

II- LE CONTEXTE HISTORIQUE DU DÉVELOPPEMENT DU POINT DE VUE SUNNITE À L’ENTITÉ LIBANAISE : 1920 À 1990

L’église maronite a joué un rôle important dans la création de l’État libanais. Mais cet État libanais ne s’est pas limitée aux frontières du Mont Liban, pour des raisons économiques, culturelles et démographiques – les ressources de la montagne ne sont pas suffisantes pour un État doté d’un cycle économique intégré ou du moins viable, compte tenu des conditions économiques de l’époque – d’où la nécessité d’élargir les frontières du Liban pour inclure la côte et les plaines adjacentes à la montagne.[2]

La majorité des musulmans au Liban (dans la côte et les plaines) ont estimé que, la création d’une patrie syrienne indépendante dirigée par le prince Faysal, était le moyen de parvenir à l’indépendance et, le premier pas vers la renaissance de la présence arabe.

Ainsi, avec la fin de la Première Guerre mondiale, la défaite de l’Empire ottoman et l’entrée des forces britanniques et françaises au Liban et en Syrie, le conflit commença à apparaître entre le Mouvement National Libanais et le Mouvement National Arabo-syrien, sous l’effet des facteurs internes et externes.

Les altercations vont atteindre leur apogée en 1920.[3] Cette année -là, le général Henry Joseph Eugène Georges Gouraud a annoncé la création du «Grand Liban», réalisant ainsi la victoire des aspirations du mouvement «national libanais». Par la suite, le 31 août 1920, un décret a été publié pour annexer Beyrouth, la Bekaa, les villes de Tripoli, Sidon, Tyr et ses annexes au Mont-Liban, ce qui en fait un seul État (le Grand Liban).[4]

III- L’ISLAM SUNNITE ENTRE 1920-1943 : DU REJET INITIAL DE L’ENTITÉ LIBANAISE JUSQU’AU PACTE NATIONAL

La période 1920-1943 a été marquée par une évolution de la vision de l’islam sunnite envers l’entité libanaise.

Au début, les musulmans en général, et les sunnites en particulier, n’étaient pas attirés par leur nouvelle réalité nationale qui les avait transférés de majorité à minorité dans un État gouverné par les chrétiens et protégé par l’existence française, c’est pourquoi ils ont été derrière un double rejet de la nouvelle entité et du mandat français. De ce fait, ils ont déclaré leur fidélité à l’État arabe.[5]

Ainsi, la majorité de la communauté sunnite a fait face au nouvel État, par un rejet presque total sur plusieurs aspects, notamment le rejet de l’identité libanaise et des élections de 1922 et 1925. Ce rejet multiforme a pris une tournure offensive, notamment par la « Conférence de la côte» de 1926.

L’attitude négative de la majorité musulmane s’est manifestée était dans son boycott du recensement de 1932,[6] car ils refusaient de recevoir des pièces d’identités écrites avec la mention « Libanais » étant donné que le terme: (Libanais) signifiait à l’époque le peuple du Mont-Liban[7].

Cette majorité musulmane a déjà manifesté son rejet vis-à-vis de l’entité libanaise par sa participation à la révolution syrienne de 1925 et son refus de coopérer avec les autorités françaises ou d’entrer dans la nouvelle administration libanaise.

Cette attitude négative reposait sur des considérations idéologiques, politiques, économiques et sociales[8]. Cependant, des développements internes et externes ont contribué à pousser les Libanais sunnites vers une patrie unifiée et indépendante. Parmi eux se trouvaient les traités franco-libanais et franco-syriens.[9]

La stabilisation des institutions politiques et administratives du Liban les a amenés à accepter le statu quo. Cela a également contribué à changer la position des partisans du nationalisme arabe, ce qui signifie que l’objectif de l’unité de l’État a été mis de côté pour permettre le retrait des forces sous mandat et pour obtenir une indépendance totale. Il était nécessaire de parvenir à un consensus avec les forces politiques de la communauté chrétienne qui a été représentée dans le Pacte national de 1943.[10]

Le Pacte national est un compromis national-communautaire, qui a été adopté par les leaders politiques qui ont joué un rôle de premier plan dans l’indépendance du Liban en 1943.

Les présidents Bichara El-Khoury et Riad El-Solh n’étaient pas seulement des représentants des communautés maronite et sunnite, mais également deux deux conceptions politiwues différentes: le premier le «national libanais», le second, le «nationaliste arabe». Même après que les musulmans et les chrétiens se soient rencontrés en 1943 au sujet du Pacte national qui a conduit à l’indépendance, l’attrait « islamique » des Libanais envers la Syrie est resté vivant dans la mémoire des musulmans du Liban.

IV- L’INTÉGRATION PROGRESSIVE DE LA COMMUNAUTÉ SUNNITE DANS L’ENTITÉ LIBANAISE

Le Pacte national de 1943 a créé un nouveau cadre politique entre les communautés, répondant à la demande musulmane de partage du pouvoir reflétant l’importance croissante de leur rôle et de leur influence.[11] Toutefois, un certain nombre d’intellectuels sunnites estimaient qu’il y a toujours eu un déséquilibre de partage du pouvoir, et que le Pacte national de 1943 et son application n’ont pas permis de combler cette lacune.

La crise de 1958 va réanimer les différences entre chrétiens et musulmans au point de basculer dans une guerre civile larvée, en raison de l’attractivité qu’exercait le flux nassérien sur une fraction de la population libanaise et la volonté des puissances occidentales (France, Etats Unis) de maintenir le Liban dans le giron de l’Occident

Au terme de six mois d’affontements sanglants, le différend a été purgé sur la base d’un compormis se fondant sur le principe « ni gagnant ni perdant ».

Les divergences traditionnelles entre chrétiens et musulmans ont éclaté de nouveau en 1969.

La crise entre les Palestiniens et l’État libanais a abouti à une convention entre les deux groupes, connue sous le nom d’Accord du Caire. Mais l’accord a eu de graves répercussions sur la situation interne au Liban et sur la coexistence communautaire.

Le problème de l’identité et de la participation au pouvoir entre chrétiens et musulmans a été aggravé par le déclenchement de la guerre au Liban en 1975, conflit sanglant et complexe de 15 ans entre les communautés, où les différentes parties ont été influencées et dirigées par différentes forces régionales et mondiales.

L’islam sunnite, représenté par l’islam traditionnel (Dar al-Fatwa, chefs traditionnels, etc.) a joué un rôle de premier plan à ce stade. Pendant la guerre libanaise, les sunnites ont été influencés par leur appartenance arabe et ont choisi de soutenir le mouvement palestinien aux dépens de la souveraineté et de l’indépendance du Liban.

En ce qui concerne le rôle militaire des sunnites pendant la guerre au Liban, avant l’invasion israélienne en 1982, la communauté sunnite, avait une force militaire.

Mais après l’invasion et la sortie de la résistance palestinienne de Beyrouth, elle a subi une série de défaites militaires, dont la plus importante, était la guerre contre le dernier mouvement sunnite au Liban, le «Mouvement indépendant nasserite, les Mourabitouns» et la « guerre de camp » contre les Palestiniens..[12]

L’occupation israélienne s’installait dans une zone ou la communauté chiite constitue la majorité de la population. Cela a été suffisant pour stimuler à nouveau la résistance et la formation d’un nouveau concept influencé par la «Révolution islamique en Iran».

Cette résistance va bénéficier du soutien de la Syrie. Ainsi, la marginalisation de la communauté sunnite a été un événement marquant dans la période post-1983.

En conséquence, les musulmans sunnites ont été les premiers à annoncer l’approbation de « l’Accord de Taëf », car elle a renforcé l’autorité du Premier ministre, « sunnite » et prévu pour l’égalité entre les musulmans et les chrétiens dans le système politique libanais.[13]

L’accord a également confirmé d’un point de vue idéologique l’identité arabe de l’État libanais, avec des relations fraternelles sincères avec tous les pays arabes. Du point de vue politique, Al Taëf a mis l’accent sur les relations privilégiées entre le Liban et la Syrie.[14]

V – LA RÉALITÉ POLITIQUE DE L’ISLAM SUNNITE AU LIBAN 1990-2018

Depuis la signature de l’accord de Taëf, (un règlement politique qui a mis un terme à la guerre inter-factionelle en 1990), et introduit des amendements constitutionnels de base à la Constitution libanaise), jusqu’en 2005 (la date de la sortie de l’armée syrienne du Liban), le Liban a vécu une stabilité dans la vie politique, se caractérisant par la montée en puissance de Rafic Hariri, un millardaire libano saoudien, qui a introduit dans la conscience des musulmans sunnites l’appartenance à la nation libanaise comme jamais auparavant.

L’accord de Taëf est fondé sur un équilibre régional entre plusieurs pays, notamment l’Arabie saoudite et la Syrie, où le rôle de la Syrie était à la fois stabilisateur et perturbateur. Cet accord repose également sur un équilibre interne entre les chrétiens et les musulmans et entre sunnites et chiites.

Cependant, depuis 2005, la scène politique libanaise est instable pour plusieurs raisons, notamment en raison de la modification des rapports de forces qui existait avant l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri[15]. Ainsi, la détérioration du climat politique régional et l’influence croissante de l’Iran et de l’Arabie Saoudite[16] et des altérations internes ont contribué à la divergence croissante entre les sunnites et les chiites du Liban.[17]

Tous ces changements dans la scène politique ont conduit au glissement de l’islam sunnite vers le radicalisme. Ceci a suscité des craintes existentielles à l’intérieur de la communauté sunnite libanaise surtout des groupes les plus modérés et les autres communautés[18].

VI- LA COMPOSANTE SUNNITE SOUS LA TUTELLE SYRIENNE AU LIBAN (1990-2005)

Au cours de la décennie 1990, la composante sunnite a pu retrouver son pouvoir civil, religieux et économique après des années de guerre civile, grâce à l’entrée du Premier ministre Rafic Hariri dans l’action politique.

Le chef du gouvernement d’alors a réussi à diriger cinq gouvernements, devenant le symbole de la « prospérité économique » et de l’unification de la communauté sunnite au Liban.

Il était également perçu comme le seul leader sunnite libanais.[19] À ce stade, les sunnites se sont vu attribuer un rôle économique, ainsi que des relations internationales favorables bénéficiant du pouvoir de leur chef de file.[20]

Rafic Hariri va propulser les sunnites sur le devant de la scène après des années de marginalisation pendant la guerre. Il réussira à se placer comme médiateur entre sunnites du Liban d’une part, et ceux de l’Arabie saoudite d’autre part, et entre ces derniers et Damas également. De même, il avait de fortes relations au niveau international surtout avec la France .

CF https://www.cairn.info/leaders-et-partisans-au-liban–9782811105952-page-107.htm#

Mais, dans la décennie 2000, les choses ont changé. En effet, elles ont, en fait, commencé à changer depuis 1998, date à laquelle le président Émile Lahoud a pris ses fonctions. Ainsi, le soutien syrien à Rafic Hariri a décliné.[21]

VII- LA MISE EN GARDE DE LA COMPOSANTE SUNNITE DE L’ANTAGONISME DE LA SYRIE :

Dr Abdel-Raouf Senno a déclaré que la Syrie ne permettait à aucune voix islamique de s’y opposer pour plusieurs raisons: d’abord, le régime syrien se méfiait des sunnites libanais en raison de leur sympathie pour les sunnites syriens depuis les événements de Hama au début des années 1980. Ensuite, à cause de leur haine du régime dominant la Syrie. Par conséquent, le régime s’est efforcé de les marginaliser pendant la guerre au Liban et de déstabiliser l’accord national libanais entre eux et les chrétiens. Les musulmans ont été soumis à la pression de l’occupation syrienne[22].

VIII- LA COMPOSANTE SUNNITE ESTIME QUE LA SYRIE EST LEUR PROFONDEUR ARABE ET STRATÉGIQUE :

Ces positions se sont maintenues après l’accord de Taëf, lorsque les maronites se sont élevés contre la présence syrienne et contre la mauvaise application de l’accord.

Bien qu’une minorité de musulmans ait critiqué le détournement de l’accord, les critiques islamistes et sunnites de la Syrie en particulier ne sont pas apparues au grand jour, mais sont restées cachées. Raisons pour lesquelles les sunnites ne s’opposaient pas ouvertement à la présence syrienne et ne formaient pas à l’époque un seul front national avec les chrétiens.

IX- LES CONSÉQUENCES DES BONNES RELATIONS ENTRE LE LEADER SUNNITE RAFIQ HARIRI ET DAMAS SUR LES SUNNITES DU LIBAN :

En ce qui concerne les relations entre Rafic Hariri et le régime syrien, les bonnes relations qu’ils entretenaient pendant la phase de réconciliation entre la Syrie et l’Arabie Saudi se répercutèrentsur la situation des sunnites au Liban.

Au pouvoir, Rafic Hariri, grâce à l’octroi de bourses via la Fondation Hariri, le chef de file du camp sunnite a favorisé l’accès à l’éducation et, via des associaitons socio éducatives.

Sur la relation tringulaire Paris Beyrouth Damas, sour le tandem Jacques Chirac Rafic Hariri, cf ce lien:

IX- LE DÉBUT DE L’OPPOSITION SUNNITE À LA PRÉSENCE SYRIENNE :

Le retrait unilatéral d’Israël du Liban en mai 2000 et le décès du président Hafez al-Assad en juin de la même année ont impulsé une nouvelle dynamique politique au Liban, mais l’idée de la résistance est devenue une source de controverse[23].

Dès lors, et à travers les événements de septembre 2001 aux États-Unis, la situation a commencé à aller à l’encontre des intérêts du régime syrien ; elle a suscité une opposition chrétienne croissante contre la présence syrienne, estimant que ses causes avaient cessé avec la libération du sud du Liban et, après un long silence, quelques musulmans.

L’opposition libanaise a tiré parti des contradictions entre Washington et Damas concernant l’occupation américaine en Irak en 2003. De plus, plusieurs événements se sont enchainés parmi lesquels :

  • La loi sur la responsabilité de la Syrie en décembre 2003.

. La prolongation du président syrien Lahoud en septembre 2004 contre la volonté internationale (résolution 1559).

  • La résolution du Conseil de sécurité des Nations unies 1559[24], appuyée par la France et les États-Unis, qui demandent le retrait des forces syriennes du Liban.
  • Le rétablissement de la vie politique normale dans le pays et le désarmement du Hezbollah.

La Syrie et ses alliés au Liban ont accusé Rafic Hariri de soutenir cette décision (le retrait syrien du Liban).

La Syrie a donc été confrontée à une alliance sans précédent qui comprenait, pour la première fois, des musulmans dirigés par Rafic Hariri et Walid Joumblat, l’ancien chef de la coalition palestino progressiste durant la guerre civile, ainsi que ses anciens adversaires chrétiens, notamment les phalangistes et les milices chrétiennes, qui réclamaient la sortie de la Syrie du Liban, appuyés par les régimes américain et français contre la Syrie[25].

Les vicissitudes du Liban de par sa fonction d’état tampon, cf ce lien :

X- L’ASSASSINAT DE RAFIC HARIRI, LE DÉBUT DU CONFLIT ENTRE LES SUNNITES ET LES CHIITES

Il est incontestable que l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005 a porté atteinte à l’équilibre et à la stabilité existants ainsi qu’au consensus existant au Liban après 1990.

Pour aller plus loin sur ce sujet, cf ce lien:

L’assassinat du premier ministre a révélé à quel point les intérêts des communautés chiites et sunnites divergeaient. Dès lors, le pays a été divisé en deux blocs rivaux (8 et 14 mars), avant même que l’armée syrienne ne se retire du Liban en avril 2005, chacun avec ses propres alliances internes et affiliations étrangères,[26]selon deux axes: américano-franco-saoudien, en contrepartie «l’axe de la résistance» Iran-Syrie..[27]

La crise politique dans le pays s’est aggravée après le premier mandat présidentiel, lorsque le président Emile Lahoud a quitté le palais présidentiel le 23 novembre 2007, sans que le gouvernement puisse choisir un successeur.

Le Conseil des ministres a assumé le pouvoir exécutif en l’absence du Président de la République, en signant des décrets et des résolutions que le président Emile Lahoud avait refusé de signer durant son mandat,[28] ce qui a creusé le fossé entre les partis loyalistes et l’opposition et a entrainé à une division sectaire du pays, ce qui va aboutir aux événements du 7 mai 2008.

La crise a éclaté le 7 mai 2008 [29]et le principal argument était lié aux armes du Hezbollah: pour la première fois depuis le début de la crise, le premier ministre Fouad Siniora avait pris deux décisions visant les capacités logistiques et militaires du Hezbollah:  En conséquence, la formation politicio militaire chiite a pris, en quelques heures, le contrôle de l’ouest de Beyrouth, à majorité sunnite.

Saad Hariri était assiégé à son domicile après l’arrestation de ses gardes du corps et de la sécurité privée d son parti  Al Mostaqbal- «Futur » et d’autres forces.[30]De plus, «Saraya Al Moukawama »-les brigades de la résistance- ont engagé leurs forces dans la bataille, en 2008, contre les principaux acteurs sunnites qui visaient le désarmement du Hezbollah.[31]

La gestion gouvernementale de Saad Hariri, cf; ce lien:

Après les événements du 7 mai 2008, Hezbollah a été accusé de diriger ses armes contre les citoyens libanais et non pas pour résister à l’ennemi israélien. La demande de légalisation de ses armes est toujours à l’ordre du jour du « Conseil de dialogue national », et le parti refuse toujours d’abandonner les armes à cause la menace israélienne omniprésente[32].

La période précédente avait montré que la scène sunnite libanaise, en particulier depuis l’assassinat de Rafic Hariri en 2005, avait été témoin d’un regain d’adhésion populaire dans le mouvement « Futur », qui avait permis au parti de Saad Hariries qualité de successeur de son père, de diriger la composante sunnite.

Les anciens dirigeants politiques sunnites, arrivés au pouvoir, n’ont pas été en mesure de constituer un bloc politique de la taille du bloc du Mouvement du «Futur».

Mais le « Courant du Futur » était miné par les défis régionaux et locaux auxquels il était confronté, et d’autres acteurs sunnites assumaient progressivement des rôles nouveaux ou plus vastes qu’ils n’avaient jamais occupés auparavant.[33]

De surcroît, les changements stratégiques qui résulteront de l’issue du conflit en Syrie, quelle qu’en soit l’issue, influeront inévitablement sur la scène politique libanaise, de même que les événements régionaux vont se repercuter sur la stabilité du pays. *

La fonction de Beyrouth dans le combat de libération national arabe, cf ce lien :

CONCLUSION

En dépit de la pression croissante exercée sur la composante sunnite au Liban depuis 2005, l’islam politique n’a pas connu un grand succès en termes de popularité, pour deux raisons majeures:

  • Le soutien de la majorité sunnite au « Mouvement futur »,
  • L’absence de projet alternatif et de soutien pour l’islam politique au Liban.

La guerre civile libanaise et la tutelle syrienne sont, sans aucun doute parmi les causes de la division et de la fragmentation des sunnites au Liban. Les pressions et les divisions régionales entre l’axe iranien et l’axe saoudien ne facilitent pas la tâche, mais Dar al-Fatwa a toujours été lente à prendre les décisions. En effet, son rôle se limite à faire des réactions après les événements.[34]

Les chefs religieux et politiques de la communauté sunnite sont actuellement confrontés à de nombreux défis, notamment ceux de la région, en particulier la peur de l’Iran et du régime syrien, ainsi que l’émergence de courants religieux extrémistes tels que «Daesh ». Le seul souci est que les évènements n’influencent pas la stabilité fragile dans ce pays.

Ces défis présupposent la construction d’une alliance politique sunnite dans laquelle les sunnites s’accordent au moins sur l’entité dans laquelle ils souhaitent vivre.

Ceci devrait contribuer à aider la communauté sunnite au Liban à vaincre l’extrémisme et l’exclusion et à maintenir son pouvoir sur la scène politique libanaise[35].

[1] – من مقابلة مع الدكتور جورج شرف ( استاذ العلوم الساسيّة في الجامعة اللبنانيّة-كلية الحقوق والعلوم السياسية- الفرع الثاني).

[2] – باسم الجسر، ميثاق 1943 لماذا كان؟ وهل سقط؟، دار النهار للنشر، بيروت، 1978، ص. 45-46.

[3] – المرجع نفسه، ص. 47.

[4] – كمال الصّليبي، تاريخ لبنان الحديث، الطبعة العاشرة، دار النهار للنشر، بيروت، 2008، ص. 209.

[5] – باسم الجسر، ميثاق 1943 لماذا كان؟ وهل سقط؟، المرجع السابق، ص. 54-55.

[6] – المرجع نفسه، ص. 54-55.

[7] – حسان حلاق، » أعلام لا تنسى في تاريخ بيروت : العلامة الشيخ مصطفى نجا مفتي بيروت المحروسة: جذور أصيل، وعلم نافع، ومواقف مشرّفة (1852 – 1932م) الحلقة (1/3)  « ، السبت 28 نيسان 2012، جريدة اللواء، http://aliwaa.com.lb/Article.aspx?Articled=121733 (تاريخ الدخول في 1-11-2016).

[8] – باسم الجسر، ميثاق 1943 لماذا كان؟ وهل سقط؟، المرجع السابق، ص. 54-55.

[9] – المرجع نفسه، ص. 67.

[10] – تيودور هانف، لبنان تعايش في زمن الحرب من إنهيار دولة إلى إنبعاث أمة، الطبعة الأولى، ترجمة موريس صليبا، مركز الدراسات العربي-الأوروبي، باريس، 1993، ص. 97.

[11] – فريد الخازن، تفكك أوصال الدولة في لبنان 1967-1976، ترجمة شكري رحيّم، الطبعة الثالثة، دار النهار للنشر، بيروت، شباط 2005، ص. 321.

[12] – شفيق شقير،  » السنّة في لبنان : التقهقر المذهبي والصعود الوطني » ، وحدة الدراسات والأبحاث، مركز صناعة الفكر للدراسات والأبحاث،14 ديسمبر 2015، بيروت-لبنان، http://www.fikercenter.com/server/php/ (تاريخ الدخول في 21-2-2017)

[13] – عبدالرؤوف سنّو، حرب لبنان 1975-1990 : تفكُّك الدولة وتصدُّع المجتمع، المجلد الاول: مفارقات السياسة والنزاعات المسلحة والتسوية، الطبعة الثانية، منشورات الجامعة اللبنانيّة-قسم الدراسات التاريخيّة، لبنان، 2015، ص.771 .

[14] – راجع وثيقة الوفاق الوطني – اتفاق الطائف، 5 تشرين الثاني 1989، المجلس النيابي اللبناني، الجمهورية اللبنانية، www.lp.gov.lb.

[15] – تقرير مجموعة الازمات الدولية حول الشرق الاوسط رقم 132 ،  » توازن هش: لبنان والصراع في سورية « ، ترجمة من الإنكليزية، 22 تشرين الثاني 2012 ، بيروت، بروكسل ، ص 1 ، http://www.crisisgroup.org/ (تاريخ الدخول في  27/4/2015)

[16] – رضوان السيد،  » الأزمة السياسيّة في لبنان والوقائع المستجدّة « ، جريدة الاتحاد في صفحة وجهات النظر، 7/4/2013،www.ridwanalsayyid (تاريخ الدخول في 9/05/2015 )

[17] – تقرير مجموعة الازمات الدولية حول الشرق الاوسط رقم 96، « السياسة في لبنان: الطائفة السنية وتيار المستقبل بزعامة الحريري »،26 أيار 2010، بيروت، بروكسل، /http://www.crisisgroup.org (تاريخ الدخول في 16/1/2015).

[18] – تقرير مجموعة الازمات الدولية حول الشرق الاوسط رقم 160:  » لبنان وإستراتيجيّات البقاء المضللة »، 20 تموز 2015، ترجمة من الإنكليزية،   www.crisisgroup.org (تاريخ الدخول في 28/07/2015).

[19] – ماريو ابو زيد، « هل لا يزال سنّة لبنان من دون زعيم بعد عشر سنوات على إغتيال الحريري؟ »، مركز كارنيغي للشرق الأوسط، 13 شباط 2015، http://carnegie-mec.org/، تاريخ الدخول 18/4/ 2015.

[20] – زهيرهواري،  » الطائفة السنّية أمام عواصف المتغيرات الكبرى »، جريدة السفير، 27/9/2007، مجلة معلومات، العدد الخمسون، بعنوان: دولة الطوائف..والرئاسة، يصدرها المركز العربي للمعلومات بالتعاون مع جريدة السفير، كانون الثاني 2008، بيروت-لبنان، ص.61.

[21] – Taku Osoegawa, Syria and Lebanon International Relations and Diplomacy in the Middle East, I.B.Tauris & Co Ltd, London-New York, 2013, p. 129.

[22] – عبدالرؤوف سنّو، لبنان الطوائف في دولة ما بعد الطائف إشكاليات التعايش والسيادة وأدوار الخارج، الطبعة الثانية، المعهد الألماني للأبحاث الشرقية، بيروت- لبنان، 2015، ص 218-219.

[23]– جوزيف باحوط،  » تفكّك اتفاق الطائف في لبنان: حدود تقاسم السلطة على أساس الطائفة « ، دراسة مركز كارنيغي للشرق الاوسط،16 أيار 2016، لبنان، http://carnegie-mec.org/2016/05/16/ar-pub-63591 ( تاريخ الدخول في 28-4-2017)

[24] – عبدالرؤوف سنّو،  » لبنان الدولة والمجتمع: تحديات المرحلة سياسياً »، جريدة اللواء، 6 شباط 2014، انظر www.abdelraoufsinno.com (تاريخ الدخول في 31/5/2015)

[25] – المرجع نفسه.

[26] – عبدالرؤوف سنّو، « التعايش المأزوم. لبنان من الميثاق الوطني الى إتفاق الدوحة وتداعياته 1943-2011.هل الحل في الفدراليّة أم في الدولة المدنيّة؟ »، ندوة تاريخ لبنان عبر العصور: مسائل واكتشافات، الجامعة الاميركية للعلوم والتكنولوجيا (AUST)، 26 حزيران 2013، www.abdelraoufsinno.com (تاريخ الدخول في 31/5/2015 ).

[27] – عبدالرؤوف سنّو، « لبنان الدولة والمجتمع: تحديات المرحلة سياسياً »، المرجع السابق.

[28] – صقر يوسف صقر،  » فؤاد السنيورة رئيس حكومة « الاختلاف » الوطني تتلمذ على يد الحص وظلّ وفياً للحريري »، مجلة المعلومات، العدد الواحد والستون، بعنوان: دولة رئيس الحكومة، يصدرها المركز العربي للمعلومات بالتعاون مع جريدة السفير ، كانون الأول 2008، بيروت-لبنان، ص 125-126.

[29] – كميل حبيب ، لبنان الهدنة بين حربين، الطبعة الأولى، المؤسسة الحديثة للكتاب، بيروت- لبنان، 2014، ص.ص 281-283.

[30]– تقرير مجموعة الأزمات الدوليّة حول الشرق الأوسط رقم 96،  » السياسة في لبنان: الطائفة السنّية وتيار المستقبل بزعامة الحريري »، المرجع السابق.

[31] – شفيق شقير،  » الفاعلون السنَّة في لبنان: التحديات والمستقبل »، تقرير صادر عن مركز الجزيرة للدراسات، 16 نيسان 2015، ص. 4-5،htt://studies.aljazeera.net (تاريخ الدخول في18/4/2015 )

[32] – عبد الوهاب بدرخان،  » لبنان: نحو حكومة وحدة وطنية تمتص الشحن الطائفي »، مركز الجزيرة للدراسات،17 نيسان 2013، ص 4، http://studies.aljazeera.net (تاريخ الدخول في  19/4/2015)

[33] – شفيق شقير، « خريطة الفاعلين السُّنَّة في لبنان: التركيبة والتوجهات »، تقرير صادر عن مركز الجزيرة للدراسات، 16 آذار 2015، htt://studies.aljazeera.net (تاريخ الدخول في 13/4/2015)

[34] – رضوان السيد، « الأوضاع الإسلامية في لبنان نظرة عامة »، أنظر في مجموعة من الباحثين، السنّة في لبنان رهانات السياسة والطائفيّة، مركز المسبار للدراسات والبحوث، الطبعة الأولى، لبنان، 2010، ص.13-14.

[35] – شفيق شقير،  » السنة في لبنان: التقهقر المذهبي والصعود الوطني »، المرجع السابق.

س حكومة « الاختلاف » الوطني تتلمذ على يد الحص وظلّ وفياً للحريري »، مجلة المعلومات، العدد الواحد والستون، بعنوان: دولة رئيس الحكومة، يصدرها المركز العربي للمعلومات بالتعاون مع جريدة السفير ، كانون الأول 2008، بيروت-لبنان، ص 125-126.

[29] – كميل حبيب ، لبنان الهدنة بين حربين، الطبعة الأولى، المؤسسة الحديثة للكتاب، بيروت- لبنان، 2014، ص.ص 281-283.

[30]– تقرير مجموعة الأزمات الدوليّة حول الشرق الأوسط رقم 96،  » السياسة في لبنان: الطائفة السنّية وتيار المستقبل بزعامة الحريري »، المرجع السابق.

[31] – شفيق شقير،  » الفاعلون السنَّة في لبنان: التحديات والمستقبل »، تقرير صادر عن مركز الجزيرة للدراسات، 16 نيسان 2015، ص. 4-5،htt://studies.aljazeera.net (تاريخ الدخول في18/4/2015 )

[32] – عبد الوهاب بدرخان،  » لبنان: نحو حكومة وحدة وطنية تمتص الشحن الطائفي »، مركز الجزيرة للدراسات،17 نيسان 2013، ص 4، http://studies.aljazeera.net (تاريخ الدخول في  19/4/2015)

[33] – شفيق شقير، « خريطة الفاعلين السُّنَّة في لبنان: التركيبة والتوجهات »، تقرير صادر عن مركز الجزيرة للدراسات، 16 آذار 2015، htt://studies.aljazeera.net (تاريخ الدخول في 13/4/2015)

[34] – رضوان السيد، « الأوضاع الإسلامية في لبنان نظرة عامة »، أنظر في مجموعة من الباحثين، السنّة في لبنان رهانات السياسة والطائفيّة، مركز المسبار للدراسات والبحوث، الطبعة الأولى، لبنان، 2010، ص.13-14.

[35] – شفيق شقير،  » السنة في لبنان: التقهقر المذهبي والصعود الوطني »، المرجع السابق.

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée . Il ne s’agit pas d’un espace pour les commentaires.

Un commentaire?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.