Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. » 1

Depuis sa création, l’homme mine sa propre évolution. Il s’interroge sur le sens de son existence et ce, malgré toutes les avancées sophistiquées pour motiver et entretenir son confort. Il revendique la coexistence et la paix comme des revendications utopiques, dans un monde qui reconnaît l’incontournable marché du terrorisme international. Le genre humain persévère à se prémunir des différences, des controverses, des contextes étrangers et des modes de pensées liées aux profondeurs et aux religions. Pour construire sa liberté il la réduit au conditionnement. Pour préserver son rythme de vie, il choisit la réassurance des points communs avec les autres et ajuste ses distances. Il manie la brillance des mots pour défendre les valeurs reçues des aînés mais persiste à cohabiter en marge des normes et des traditions dans la course effrénée aux risques opportuns. Ils le prédisposent à cette curieuse forme de maturité. Celle qui se forme sur le tas et la brièveté des choses. Le bien vivre correspond à consommer mais au regret de ne plus suffisamment apprécier.

Les affaires prospères de la guerre banalisent toutes les formes de nuisances. Elles semblent justifier le mal pour provoquer et entretenir la souffrance des états conflictuels. Les grandes puissances s’en servent en abondance sur l’échiquier mondial, sous prétexte qu’elles se doivent de rétablir le droit, la justice et la démocratie.

Cependant, au XXI siècle l’ordre mondial sonne plus creux que jamais et la norme la plus visible est celle des anomalies flagrantes. Elles conviennent aux privilèges des uns face aux malheurs de tant d’autres. Le chaos est toujours initié de l’intérieur par des choses banales comme l’angoisse de l’immédiat, les contrariétés ordinaires et les conflits latents. Les balbutiements stratégiques concernent des pouvoirs qui entretiennent leurs essors selon l’alternance de la guerre et de la paix.

La part de l’humain lâche prise et la civilisation se porte à peine et si mal. Elle reflète la résignation à l’intolérance, au laxisme infini et à la tolérance illimitée.

1 Le paradoxe de la tolérance,
Karl Popper.

Joe Acoury.