À cette occasion du *14 juillet* , un ami sage, écrit au Franco-libanais (ou Libano-français) que je suis, comme on “nous” appelle, non sans pointe d’hésitation (comment les “étiqueter”, pensent-“ils”, sans doute?!), voire de reproche (ou d’ironie!), de n’avoir jamais voulu choisir entre son œil gauche et son œil droit (pour s’inspirer d’une célèbre expression libanaise que l’on utilise pour atténuer la jalousie), entre son père et sa mère (comme le dirait ici un humoriste français bien connu!), son frère et sa sœur, son pays de naissance et son pays d’adoption, entre la Lune de mon village libanais, Machghara, et les deux “léopards” (que je n’ai jamais vus en vrai évidemment, à part sur le drapeau de la région!) de “ma” Normandie, comme si l’identité d’un individu, sans être double (sinon devient-on “schizophrène, comme le dirait ici le sociolinguiste “franco-tunisien”, ou “tuniso-français” Foued Laroussi, ou alors “collabo”,… c’est selon !) ne pouvait (devait) être le résultat de plusieurs composantes identitaires dans un tout riche et multiple (pour ceux qui se sentent encore “hésitants”, je conseille la lecture des identités meurtrières de Maalouf).

Cet ami m’explique donc que le 14 juillet doit nous, peuple libanais, “inspirer”.

Il voulait certainement formuler le vœu pieux de pouvoir enfin accéder au graal qu’est un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple (pour paraphraser la Constitution française d’octobre 1958 à son article 2, lui-même paraphrasant, mais en français bien sûr,  Abraham Lincoln, paix à son âme) tant attendu par des Libanais honnêtes et aspirant à…”vivre”.

Nous inspirer, oui, mais…ne faut-il pas se rappeler, et en toute objectivité (ou en étant le moins subjectif possible!), que ce sont des politiciens de mon deuxième pays, la France (La France de la IVe République notamment et/ou seulement ?

Je n’en suis pas spécialiste, mais le très regretté Père S.J, Sélim Abou, anthropologue qui nous a quittés, il y a environ deux ans, l’était, en revanche : ses nombreux ouvrages sur cette question font autorité) et encore moins “arabiste” ou “libaniste”, mais un descendant de notre aïeul commun, Homo Sapiens, et accessoirement linguiste…”libano-français” et/ou inversement!!!! ), qui ont “aidé” à planter, cultiver, protéger et veiller à l’ancrage de cette bête un temps “apprivoisée”, avant de leur échapper et se transformer en un monstre multicéphale (à 18 têtes !) incontrôlable, qu’est le confessionnalisme ?

Ce schisme profond dont les effets  n’ont pas fini de tuer, 18 fois par jours au moins, le Liban auquel, moi et mes amis sages et ceux qui le sont moins, pouvions aspirer… Et ce n’est pas fini : la partie n’a fait que commencer.

Il suffit pour s’en convaincre de mobiliser l’histoire : entre 1789 et l’avènement d’une “République véritable” en France, l’histoire justement nous renseigne que le “rouge-sang” du drapeau libanais sera ravivé par bien d’autres conflits encore…et encore, jusqu’au jour, sans doute très lointain,  toujours selon les leçons de l’histoire, où, peut-être (je dis bien peut-être!), le bourgeon d’un Etat, Un et indivisible, indépendant et libre, démocratique, social, égalitaire, fraternel, laïque (oui, pourquoi pas laïque au sens de “séculaire”) et, surtout, véritable trait d’union, non entre Occident et Orient, Est et Ouest, mais entre un citoyen libanais et un autre, entre une Libanaise et un Libanais… 

Vive la “République”, vive…mes deux pays !

Ali Kazwini-Housseini

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