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Au lieu d’accuser tel ou tel pays d’être à l’origine de l’épidémie de Coronavirus COVID-19 au Liban il conviendrait aussi de faire une autocritique et de souligner les failles de l’approche locale face à l’épidémie, des failles qui ne datent pas d’hier.

Le coronavirus serait de toute manière arrivé au Liban que ce soit d’Iran, d’Italie ou de Chine, le Liban n’étant pas une zone close mais un lieu par nature d’échange international en raison notamment de son importante diaspora.

Pour la petite histoire, la Syphilis a été successivement désignée comme le Mal de Naples par les Français, le Mal Français par une partie de l’Europe, Mal Anglais par les Écossais, selon qu’on avait tel ou tel ennemi, alors qu’elle était originaire des Amériques.

On désigne toujours les autres comme les boucs émissaires quitte à ne pas avoir ses propres responsabilités dans l’échec de la politique sanitaire. Ainsi les autorités locales se complaisent au final face à ce genre de propos puisqu’en accusant l’autre, ils ne sont pas eux-mêmes sur le banc des accusés et échappent à la vindicte populaire.

Pourtant un plan de lutte contre une épidémie, cela ne s’improvise pas du jour au lendemain quand elle arrive. Il peut même y avoir plusieurs plans de luttes et autant de réponses différentes comme autant de vecteurs de maladie ou de symptômes. Certaines stratégies même peuvent se révéler nuisibles par rapport à d’autres. De même, les moyens de réponse peuvent varier.

Un plan, cela se formule, s’adapte, plusieurs années à l’avance pour le jour J où malheureusement les choses arrivent.

Le problème au Liban est que nous n’avons pas de plan d’urgence face aux catastrophes naturelles et que nos moyens sont limités au final, que cela soit durant les incendies comme début octobre, aux tremblements de terre ou encore aujourd’hui face à une épidémie. Il n’y a pas de protocole d’urgence, ni de moyens préalables au final comme on le découvre aujourd’hui mais une gestion à court terme, sans visibilité, comme si on était surpris par l’arrivée de la catastrophe pour le plus grand désavantage de la population. Ces moyens ne s’improvisent pas d’autant plus dans le cas d’une pandémie alors que d’autres pays seraient tentés par le “chacun pour soi et Dieu pour tous” en fermant leurs frontières à leur tour et en réservant le matériel médical nécessaire à leur population.

Il y a là, un sentiment de faillite de l’état dans sa mission première, à savoir la protection de sa population et on pourrait en dire autant sur de nombreux autres plans.

Ainsi, les dirigeants actuels ne sont qu’au sommet de l’Iceberg des responsabilités multiples. Le plan aurait dû être formulé depuis, par exemple, la découverte et l’épidémie d’un autre coronavirus, le MERS, il y a quelques années, originaire de la région puisque l’épicentre était l’Arabie Saoudite. Le Liban aurait dû mettre à l’époque des plans de prévention directement applicables, sans même avoir à discuter en conseil des ministres, et éviter ainsi la faouda actuelle. Certains responsables qui critiquent aujourd’hui ont une responsabilité toute aussi importante puisqu’ils auraient dû dès l’époque agir dans cette éventualité.

Au Liban, tout cela revêt évidemment un arrière-goût insipide de la politique pour désigner l’autre, tout comme la syphilis précédemment, l’ennemi dans un imaginaire collectif réduit à une appartenance politique opposée. Cela dénote aussi une absence d’approche scientifique et technique pourtant nécessaire dans la gestion de la crise elle-même.

C’est toujours la faute des autres, jamais la notre.

Or, face à une épidémie, la maladie, elle, ne fait aucune distinction quelque soit son opinion politique. Tout malade au final est égal à l’autre.

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