C’est avec un pincement au cœur que j’ai appris par la télévision la radiation de monsieur Sejaan Azzi du pati Kataëb. Pourquoi ?

Pour avoir osé faire preuve d’un peu de liberté. Est-ce ainsi qu’on récompense le compagnon de Cheikh Bachir et du Président Amine Gémayel ? Est-il permis de traiter avec autant de désinvolture un homme qui a lutté durant quarante ans au sein d’un parti qui se veut au service du Liban ? Est-ce démissionner du gouvernement dans la situation critique que vit le Liban peut servir notre patrie ? Allons donc…

Le plus touchant dans cette affaire, ce sont les prises de position de monsieur Sejaan Azzi avant et après sa mise à l’écart du parti. De son propre aveu, il ne veut pas se rebeller contre le parti, il ne veut pas être un Che Guevara à l’intérieur du parti, il manifeste son appui total au Président du parti, il rappelle son amitié pour le Président Amine Gémayel, il rappelle combien il était proche de Cheikh Bachir. Ses écrits concernant le parti font de lui un grand idéologue des Kataeb. Pour éviter tout malentendu, monsieur Sejaan Azzi avait mis beaucoup d’eau dans son vin. Il s’est comporté en véritable homme d’Etat.

Tout cela avait poussé les membres du bureau politique du parti à le contacter par téléphone pour lui manifester leur appui. Et pourtant, ces mêmes membres du bureau politique ont voté à l’unanimité la radiation de monsieur Sejaan Azzi du parti. Une seule voix était contre. Comment expliquer cette anomalie ? Est-ce de cette façon que s’exerce la démocratie au sein du parti ? Qui a osé voter contre l’éviction de monsieur Azzi ? Ce partisan, risque-t-il d’être radié du parti ? Il se pourrait… Pourquoi n’a-t-on pas fait fonctionner le « Conseil de discipline » du parti avant la décision du bureau politique. Monsieur Sejaan Azzi aurait pu expliquer son point de vue devant cette haute instance du parti avant que toute décision ne soit prise.

Où est cette « démocratie » tant chantée lors de l’élection du chef du département des étudiants du parti ? Cette démocratie qui devait s’étendre à tous les rouages du parti et même à l’élection du Président du parti ? Comment peut-on lutter pour les libertés au Liban, pour le dialogue entre les différentes composantes du pays, pour l’instauration de la démocratie et en même temps s’opposer à tous ces principes au sein du parti ? C’est vouloir le ciel et son contraire.

Où sont les promesses du candidat à la Présidence du parti qui voulait rencontrer tous les marginalisés du parti pour les ramener au bercail ? Que sont devenus les anciens partisans qui se sont tant sacrifiés pour le parti ? Que sont devenus les anciens dirigeants du parti ? Pourquoi les laisse-t-on rester chez eux alors qu’ils peuvent donner beaucoup à notre parti ? Est-ce parce qu’il n’est pas permis que le dialogue s’instaure entre les diverses mouvances du parti qu’on les laisse dehors ?

Au nom de qui ? Au nom de quoi agit-on de cette façon ? Pourquoi ce réservoir de partisans n’est-il pas utilisé à bon escient ? Le parti ne peut évoluer ni se moderniser sans liberté en son sein. Il faudrait changer de mentalités. Nous vivons au XXIe siècle alors que le parti semble vivre au Moyen Âge. Le parti risque de perdre de sa crédibilité. C’est par amour du parti et au nom d’une lutte menée pendant 40 ans en son sein que je m’adresse aux dirigeants actuels du parti pour les supplier de rectifier le tir. Il y va de la survie du parti et de la survie du Liban.