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Liban : ce qu’il faut retenir ce matin après 24 heures de feu

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L’annonce d’un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran n’a offert au Liban qu’un répit de façade. Au matin du jeudi 9 avril, le pays se réveille après l’une des vingt-quatre heures les plus violentes depuis l’ouverture de cette nouvelle phase de guerre. Les frappes israéliennes menées mercredi ont fait au moins 254 morts et plus de 1 100 blessés selon la Défense civile, tandis que le ministère libanais de la Santé a publié un bilan provisoire de 182 morts et 890 blessés, lui aussi présenté comme non définitif. À Beyrouth, des quartiers d’habitation ont été frappés, parfois sans préavis. Dans le Sud, des localités entières continuent d’être pilonnées, et la destruction du pont de Qasmiyeh a encore aggravé l’isolement de zones déjà fragilisées par les bombardements et les ordres d’évacuation. Pour les autorités libanaises comme pour plusieurs capitales étrangères, la question n’est plus seulement militaire : c’est désormais la crédibilité même du cessez-le-feu régional qui se joue sur le territoire libanais.  

Le contraste entre la séquence diplomatique et la réalité du terrain est brutal. Alors que l’Iran, le Pakistan, la France, le Royaume-Uni, l’Australie et l’ONU ont tous, à des degrés divers, défendu l’idée qu’aucune trêve sérieuse ne pouvait ignorer le Liban, Israël et les États-Unis ont réaffirmé que le front libanais n’était pas inclus dans l’accord. Mercredi soir, Benyamin Netanyahou a assumé publiquement cette ligne en déclarant que le Liban ne faisait pas partie du cessez-le-feu et que l’armée israélienne continuerait de frapper le Hezbollah « avec force ». Quelques heures plus tard, les alertes, les raids, les tirs d’artillerie et les roquettes reprenaient. À 11 h 40, le Liban apparaît donc comme le point de rupture d’une trêve déjà contestée, et comme l’espace où la bataille diplomatique est en train d’être redéfinie par la force.  

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Les vingt-quatre dernières heures : une campagne de frappes d’une ampleur exceptionnelle

Mercredi, l’armée israélienne a mené ce qu’elle a elle-même présenté comme la plus vaste vague de frappes contre le Hezbollah depuis le début de cette phase du conflit. Reuters rapporte qu’Israël dit avoir visé plus de 100 centres de commandement et sites militaires du mouvement à Beyrouth, dans la Bekaa et au Liban-Sud, dans une séquence de dix minutes qui a marqué une rupture d’échelle. Les raids ont touché des zones densément peuplées. À Beyrouth, plusieurs frappes ont secoué la capitale dans l’après-midi puis en soirée. Des équipes de secours ont dû évacuer des habitants piégés dans des immeubles partiellement effondrés. Un des plus grands hôpitaux de la capitale a demandé en urgence des dons de sang. Les reporters de Reuters ont aussi vu des blessés transportés à moto faute d’ambulances en nombre suffisant.  

Le bilan humain reste mouvant ce matin. La Défense civile libanaise a fait état de 254 morts et de plus de 1 100 blessés sur l’ensemble du pays, tandis que le ministère de la Santé a publié une deuxième estimation provisoire de 182 morts et 890 blessés. La différence entre les deux séries de chiffres tient au caractère encore incomplet des remontées de terrain, alors que des victimes restent sous les décombres et que certaines localités du Sud sont difficiles d’accès. La chaîne MTV Lebanon relayait encore ce matin à 10 h 40 une dépêche de l’Agence nationale d’information signalant que la frappe sur Zrariyeh avait causé plus de dix victimes, dont des femmes et des enfants, preuve que le bilan continue d’évoluer heure par heure. Dans ce contexte, toute photographie chiffrée reste provisoire.  

Ce qui ne fait en revanche plus de doute, c’est la nature exceptionnelle de la journée de mercredi. Reuters la décrit comme la plus meurtrière depuis le début de la guerre déclenchée le 2 mars, après les tirs du Hezbollah en soutien à Téhéran à la suite des frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a parlé d’un niveau de destruction « horrifique » et de bilans civils « effroyables ». Dans un pays déjà éprouvé par des semaines de bombardements, cette nouvelle montée en puissance a réinstallé un climat de sidération. Elle a surtout montré qu’en dépit de la trêve annoncée entre Washington et Téhéran, le front libanais restait pleinement ouvert, avec des conséquences humaines immédiates.  

Beyrouth, Tyr, Zrariyeh : les zones touchées ce matin encore

Au-delà du choc de mercredi, les bombardements n’ont pas cessé avec la nuit. Au fil de la matinée, des informations relayées par MTV Lebanon et fondées sur des dépêches de l’Agence nationale d’information faisaient état de nouvelles frappes sur Qlaileh, Kherbet Selem et Charqiyeh. À 10 h 46, MTV relayait encore une dépêche NNA sur ces raids dans le Sud. Peu auparavant, à 10 h 40, la même chaîne signalait que l’attaque sur Zrariyeh avait fait plus de dix victimes. Ces annonces montrent que la journée de jeudi ne s’ouvre pas sur une stabilisation, mais sur la poursuite de la séquence militaire.  

La région de Tyr est particulièrement exposée. Mercredi, Israël a diffusé des avertissements répétés aux habitants de Tyr, leur ordonnant de quitter immédiatement la zone et de remonter au nord du fleuve Zahrani. Reuters note que ces ordres d’évacuation sont intervenus après la déclaration de Netanyahou excluant le Liban du cessez-le-feu. Les habitants se retrouvent ainsi pris entre des injonctions de départ, des routes devenues incertaines et des frappes qui continuent de viser aussi bien des secteurs ouverts que des zones habitées. Pour beaucoup de familles, la notion même de « zone sûre » devient presque vide de sens.  

À Beyrouth, la situation reste tout aussi tendue. Les frappes de mercredi ont touché le centre de la capitale comme sa périphérie sud. Reuters souligne que certains quartiers centraux n’avaient reçu aucun avertissement préalable. L’armée israélienne a par ailleurs affirmé jeudi avoir tué, la veille à Beyrouth, Ali Youssouf Harchi, présenté comme le secrétaire personnel et le neveu de Naïm Qassem. MTV Lebanon relayait à 10 h 48 cette annonce israélienne. À ce stade, la portée militaire précise de cette frappe reste difficile à mesurer, mais son impact politique est clair : Israël veut montrer qu’il peut frapper l’entourage immédiat de la direction du Hezbollah jusque dans la capitale.  

Le pont de Qasmiyeh : un symbole de plus de l’isolement du Sud

L’un des faits les plus lourds de conséquences sur le terrain concerne le pont de Qasmiyeh, au nord de Tyr, sur le Litani. Reuters rapporte qu’Israël a frappé mercredi le dernier pont encore utilisable reliant le sud du Liban au reste du pays dans ce secteur. Un porte-parole militaire israélien a même déclaré que la zone au sud du Litani était désormais « déconnectée du Liban ». Cette phrase, au-delà de sa portée descriptive, a une dimension politique très forte. Elle donne le sentiment qu’Israël ne vise plus seulement des objectifs militaires ponctuels, mais cherche aussi à remodeler physiquement l’espace de guerre en isolant des territoires entiers.  

L’Agence nationale d’information a, de son côté, indiqué dans la matinée que l’armée libanaise avait coupé la route au niveau du pont de Qasmiyeh après avoir reçu une menace israélienne visant l’ouvrage. D’autres dépêches NNA signalent ensuite que les équipes de la Défense civile et du secours travaillaient à rouvrir le pont, tandis que des familles au sud du Litani lançaient des appels à évacuation en affirmant se trouver désormais sous un « siège total » après la destruction du pont. LBCI rappelait déjà il y a deux semaines que les frappes israéliennes contre les ponts du Litani perturbaient sévèrement les déplacements et envoyaient des « messages d’escalade » de plus en plus explicites.  

Pour le Liban-Sud, l’enjeu est vital. Détruire ou neutraliser les ponts ne signifie pas seulement ralentir la circulation du Hezbollah. Cela complique aussi l’acheminement de l’aide, l’évacuation des blessés, l’accès aux hôpitaux et la vie quotidienne de milliers de civils. Reuters rappelle qu’Israël a déjà frappé des hôpitaux et des centrales électriques dans la zone qu’il dit vouloir transformer en « zone tampon ». La destruction du dernier pont opérationnel dans le secteur de Tyr nourrit donc une inquiétude profonde : celle de voir le sud du Litani transformé en enclave sous feu continu, de plus en plus difficile à ravitailler et à secourir.  

La reprise des échanges de feu : Hezbollah, roquettes et sirènes

Le Hezbollah, qui avait suspendu ses tirs au moment où circulait l’idée d’un cessez-le-feu incluant le Liban, a repris ses attaques. Reuters écrivait tôt jeudi que le mouvement avait tiré des roquettes vers le kibboutz de Manara en dénonçant les « violations du cessez-le-feu » par Israël. Dans la matinée, MTV Lebanon relayait à 11 h 05 une revendication du Hezbollah disant avoir visé Kiryat Shmona à la roquette, puis à 11 h 14 l’activation des sirènes israéliennes à Kiryat Shmona, Metula et Tel Hai. Le front nord d’Israël s’est donc de nouveau embrasé, même si l’intensité de ces ripostes reste, pour l’heure, sans commune mesure avec l’ampleur des frappes israéliennes de la veille.  

Cette reprise des tirs enferme le Liban dans un engrenage redoutable. Plus Israël frappe massivement, plus le Hezbollah estime devoir répondre pour ne pas entériner l’idée que le Liban peut être bombardé sans coût immédiat. Plus le Hezbollah répond, plus Israël affirme que le front libanais est distinct de la trêve irano-américaine et justifie la poursuite de ses opérations. La dynamique est d’autant plus dangereuse que, sur le terrain, les civils se trouvent déjà dans une situation extrême : plus de 1,2 million de déplacés, selon Reuters, des zones entières soumises à des ordres d’évacuation, et un réseau de circulation déjà très endommagé.  

Le discours du Hezbollah reste centré sur l’idée de violation israélienne du cessez-le-feu. Mercredi, le député Ibrahim Moussaoui avait expliqué à Reuters que le mouvement avait été informé qu’il faisait partie de la trêve, et qu’il s’y était donc conformé avant qu’Israël ne la « viole » en commettant des « massacres » à travers le Liban. Cette version n’est évidemment pas reconnue par Israël ni par Washington. Mais elle est importante pour comprendre la logique de la riposte du mouvement chiite : aux yeux du Hezbollah, il ne s’agit pas de briser une trêve, mais de répondre à sa négation par Israël.  

Les propos israéliens : exclure le Liban de la trêve et assumer la poursuite de la guerre

La ligne israélienne s’est encore durcie au cours des dernières heures. Mercredi soir, Benyamin Netanyahou a déclaré dans une allocution télévisée que le cessez-le-feu avec l’Iran ne s’appliquait pas au Liban et que l’armée israélienne poursuivait ses frappes contre le Hezbollah « avec force ». Reuters rapporte que la Maison Blanche, par la voix de Karoline Leavitt puis du vice-président JD Vance, a repris cette position en affirmant que l’exclusion du Liban relevait d’un « malentendu légitime » du côté iranien. En d’autres termes, Washington et Tel-Aviv se sont employés à refermer très rapidement toute lecture régionale de la trêve.  

Mais ce sont surtout les formulations israéliennes sur le terrain qui retiennent l’attention ce matin. Reuters cite un porte-parole militaire israélien expliquant que la zone au sud du Litani était « déconnectée du Liban ». Sur X, le porte-parole arabophone de l’armée Avichay Adraee a aussi affirmé mercredi que le Hezbollah s’était déplacé au-delà de son bastion traditionnel de la Dahiyé vers des quartiers confessionnellement mixtes de Beyrouth, avant d’ajouter qu’Israël le poursuivrait « partout ». Cette rhétorique prépare et justifie des frappes dans des zones toujours plus larges. Elle alimente aussi la peur, dans la capitale, que la guerre cesse d’être cantonnée à certains périmètres identifiés pour toucher des espaces urbains de plus en plus divers.  

À cela s’ajoutent les signaux en provenance des médias israéliens. MTV Lebanon relayait ce matin à 7 h 58 qu’une équipe ministérielle restreinte avait reçu un briefing de Netanyahou sur l’accord avec l’Iran et l’exclusion du Liban. Cette mention peut paraître technique, mais elle confirme que la séparation entre les deux dossiers n’est pas un simple détail de communication : elle est assumée comme une ligne politique centrale du gouvernement israélien. Pour Beyrouth, cela signifie qu’aucun apaisement ne peut être présumé tant qu’une décision explicite d’inclure le Liban n’est pas prise.  

Les initiatives diplomatiques : soutien au Liban, mais sans verrou réel

Sur le plan diplomatique, le Liban a bénéficié ces dernières heures d’un soutien verbal plus marqué. Emmanuel Macron a appelé Donald Trump et Massoud Pezeshkian pour leur dire qu’aucun cessez-le-feu ne serait « crédible et durable » sans inclure le Liban. Jean-Noël Barrot a répété jeudi que Beyrouth devait être couverte par l’accord. Le Royaume-Uni, par la voix d’Yvette Cooper, a lui aussi dit souhaiter « fortement » l’extension de la trêve au Liban et a qualifié les bombardements israéliens de « profondément dommageables ». L’Espagne a condamné des frappes qu’elle juge contraires au droit international et au cessez-le-feu, tandis que l’Australie a également estimé que la trêve devait s’appliquer au Liban.  

L’ONU a, de son côté, averti que la poursuite de l’activité militaire israélienne au Liban faisait peser un « grave danger » sur le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran ainsi que sur les efforts de paix dans la région. Cette formulation est importante parce qu’elle contredit implicitement la lecture américaine d’un front libanais séparé. Elle rejoint aussi la ligne française, britannique et, plus prudemment, australienne. Le problème, pour Beyrouth, est que cette convergence diplomatique reste incomplète. Elle ne comprend pas les États-Unis, qui demeurent l’acteur indispensable de toute désescalade effective. Tant que Washington répétera que le Liban n’est pas inclus dans l’accord, les prises de position de Paris, Londres, Madrid, Canberra ou de l’ONU pèseront politiquement, mais sans créer de mécanisme contraignant.  

Le Liban se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : jamais sa centralité dans la crise n’a été aussi reconnue verbalement, mais jamais non plus son exclusion pratique du cadre de la trêve n’a été aussi clairement assumée par les deux acteurs qui disposent, sur le terrain, de la plus grande capacité d’action militaire. Le soutien diplomatique existe. La protection, elle, n’existe toujours pas. Cette lecture est une inférence à partir des positions publiques contradictoires de Washington, d’Israël et de plusieurs autres capitales.  

Ce que révèle la matinée du 9 avril

À 11 h 40, la situation au Liban peut être résumée en trois constats. Le premier est humanitaire : le pays sort d’une journée de bombardements sans précédent dans cette phase de guerre, avec un bilan encore provisoire mais déjà catastrophique, des hôpitaux sous tension et des équipes de secours confrontées à des destructions multiples. Le deuxième est militaire : loin d’être entrée dans une séquence d’accalmie, la guerre se poursuit ce matin avec de nouvelles frappes dans le Sud, des échanges de tirs et une infrastructure routière encore plus dégradée, notamment autour du pont de Qasmiyeh. Le troisième est diplomatique : une partie significative de la communauté internationale affirme que le Liban doit être inclus dans le cessez-le-feu, mais cette position se heurte à une fin de non-recevoir israélo-américaine.  

Le pont de Qasmiyeh résume à lui seul cette journée. Il est à la fois un ouvrage stratégique, une voie de circulation pour les civils, un symbole d’isolement du Sud et une preuve concrète que la guerre change la géographie du Liban. Les déclarations de Netanyahou et des responsables militaires israéliens montrent, elles, que cette transformation n’est pas perçue par Israël comme un dommage collatéral, mais comme un levier assumé de sa stratégie. Quant aux initiatives diplomatiques, elles attestent que le dossier libanais n’est plus secondaire dans les discussions régionales, sans pour autant offrir, à cette heure, une protection effective aux civils.  

C’est pourquoi le point de situation de ce matin est plus qu’un simple relevé de frappes et de bilans. Il montre que le Liban est devenu la mesure concrète de la solidité ou de l’échec du cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Tant que Beyrouth, Tyr, Zrariyeh, Qlaileh ou Kherbet Selem continueront d’être frappées pendant que les capitales débattent du périmètre de la trêve, la réalité restera la même pour les Libanais : une guerre totale peut se poursuivre même quand la région prétend entrer dans une pause.  

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