Rien de plus facile que de dresser une liste où l’on énumère tout ce qui ne va plus dans ce pays, on finirait avec une série de volumes incommensurables dont la seule vue garantirait un désespoir commun national immanquable. Je n’ai nulle envie de le faire ni même de songer à cette avalanche de désastres accablant mon pays, à commencer par la racaille qui le régentent, seule responsable de tous nos misères.

Aujourd’hui, en ce début de semaine, une image m’a interpelé, a insufflé une sorte de lueur d’espoir au fond de moi. Une lueur qui redonne un peu de foi en l’humanité en total déclin. En dépit de tout. Envers et contre tout. Une image prise sur le vif par un simple citoyen au volant de sa voiture dans une des artères de Beyrouth. Une image, une action parmi 86400 autres, qui se font chaque seconde par jour. Une goutte d’eau dans cette grande étendue bleue qu’est notre Mer Méditerranée. Une simple goutte, mais elle compte. Plus que tout. Parce que la vie m’a appris que toute sa grandeur réside dans les petites choses : ce sont elles les atomes actifs du bonheur et du changement.

Un jeune homme portant l’uniforme militaire, s’arrête le temps de quelques secondes, le sourire au visage, pour donner à boire à une misérable infirme demandant l’aumône. Acte insignifiant peut-être. Mais pour moi, toute l’humanité s’est retrouvée dans ce jeune homme. Non seulement toute l’humanité : toute cette « libanité » que l’on ne retrouve plus de nos jours, que l’on évoque à l’imparfait, au passé résolu.

Ce n’est pas cette « libanité » qui se chiffre en tourisme ou en trends, que l’on a mal prise pour les derniers cris de la mode, le luxe, le bling bling frivole, les records enregistrés dans l’insignifiant Guiness Book ou les prouesses de l’art, de la technologie ou de la science. Mais c’est bien cette « libanité » du jeune homme bien bâti,  qui s’est enrôlé dans la grande muette, par passion ou par manque de choix que sais-je, mais qui finit par vivre au quotidien le don de soi pour son pays. Un pays qui n’est pas seulement une histoire de 10452 km2, mais surtout de centaines de milliers d’humains… Cette « libanité » des gens biens, des hommes et des femmes qui savent tenir leur parole, des gens des villages du Sud, de la Bekaa, du Chouf ou du Akkar, des pêcheurs de Tyr ou de Byblos, du maître d’école de Jounieh au bon cœur ou du médecin intègre à Beyrouth qui fait plus de charité que d’affaires, du fils de l’institution militaire qui se forme chez lui et au sein de l’Armée à devenir un homme d’honneur, de cette porte d’entrée que l’on gardait partout jadis ouverte, et de ce couvert de plus sur la table de la salle à manger symbole antique de notre générosité.

Moralité, humanité, loyauté, honneur, sacrifice … Il y a encore quelques familles qui éduquent leurs enfants à grandir en observant ces principes, et le résultat s’incarne en des jeunes qui rejoignent les rangs de l’armée et jurent au nom de Dieu, de préserver le Liban. Ringard, n’est-ce pas ? Mais plus vrai que vrai. Plus vrai que toutes ces fausses réalités virtuelles que vous (mal)vivez chaque jour. Parce que ce soldat qui ira mourir un jour pour la patrie, ira mourir pour nous tous, mendiants, directeurs, employés, médecins, artistes, architectes, voyous, honnêtes ou bons à rien. Il ne demandera pas qui nous sommes, combien on touche par mois, où l’on voit festoyer en fin de semaine, mais il ira, convaincu de se battre pour un avenir meilleur pour tous. Et malgré les déceptions, les trahisons par les terroristes barbus ou en cravate qui foulent aux pieds les sacrifices de ces héros, ce jeune homme aura toujours foi en son choix, en sa patrie, en toi et moi …

Vous me prendrez pour une détraquée, une rêveuse irréaliste, soit. J’approuve, j’acquiesce avec un grand sourire aux lèvres. Parce que j’en ai marre de tous les complots et les manigances qui s’obstinent à nous annihiler depuis 1948 et bien avant même. Malgré la catastrophe des ordures en tout genre qui nous inhume dans encore plus de corruption et de pollution depuis trois ans, j’ose croire, espérer, rêver en cette « libanité », qui n’est autre que synonyme d’humanité.

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

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