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Explosion du Chqif : un signal de magnitude 3,8

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Une déflagration menée par l’armée israélienne dans le secteur du Chqif, au Sud-Liban, a produit dans la nuit de jeudi à vendredi des ondes enregistrées par l’ensemble du réseau sismique libanais. Le Centre national de géophysique, rattaché au Conseil national de la recherche scientifique, a situé le signal à 00 h 02, le 31 juillet 2026. Il l’a comparé à celui d’un tremblement de terre de magnitude 3,8 sur l’échelle de Richter. Cette formulation ne signifie pas qu’un séisme naturel a frappé le pays. Elle décrit la taille du signal transmis au sous-sol par l’explosion du Chqif. L’épisode intervient dans une zone soumise à d’intenses opérations militaires et autour du château de Beaufort, inscrit une semaine plus tôt, avec quatre autres forteresses du mont Amel, au patrimoine mondial puis placé sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Une déflagration enregistrée à 00 h 02

Le relevé du centre public apporte un repère précis dans une nuit marquée par plusieurs explosions dans le sud du pays. Les stations ont détecté des mouvements du sol au même moment. Leur origine a été attribuée au dynamitage effectué dans la région du Chqif. Le centre n’a pas décrit une rupture tectonique, ni annoncé un nouvel épicentre naturel. Il a parlé de « vagues terrestres » produites par l’explosion et d’un signal pouvant être comparé à une magnitude 3,8. Cette distinction répond à une confusion fréquente. Une forte détonation peut faire vibrer les roches, les bâtiments et les capteurs sans provoquer un séisme au sens géologique. Les appareils enregistrent un mouvement. Les spécialistes en déterminent ensuite la source à partir de son horaire, de sa localisation et de la forme des ondes.

La déflagration a été entendue bien au-delà des abords immédiats de la forteresse. Des informations relayées par une agence de presse ont fait état de fortes vibrations dans plusieurs localités du caza de Nabatiyé et du secteur de Marjayoun. Le bruit aurait aussi porté vers des zones plus éloignées, dont l’Iqlim al-Kharroub et Khaldé. Ces témoignages décrivent la propagation du souffle dans l’air et des vibrations dans le sol. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer la magnitude. Le communiqué du Centre national de géophysique repose, lui, sur des instruments calibrés. Il fournit donc l’élément technique central : le réseau libanais a identifié un événement artificiel assez puissant pour apparaître sur toutes ses stations.

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Explosion du Chqif : pourquoi 3,8 n’est pas un séisme

La magnitude mesure la taille d’une source sismique à partir des ondes enregistrées. Elle ne précise pas automatiquement sa cause. Un glissement brutal sur une faille, l’effondrement d’une cavité, une explosion industrielle ou un dynamitage militaire peuvent tous générer un signal. Les sismologues étudient ensuite ses caractéristiques. Dans le cas présent, l’autorité scientifique libanaise a directement relié le relevé à l’opération israélienne. La mention de 3,8 sert donc de comparaison instrumentale. Elle ne transforme pas l’explosion en tremblement de terre naturel. Elle ne prouve pas non plus qu’une faille s’est déplacée ou qu’une séquence de répliques a commencé. À ce stade, aucun élément officiel rendu public ne décrit une activité tectonique déclenchée par l’opération.

L’échelle de magnitude est logarithmique. Une hausse d’une unité correspond à une amplitude enregistrée dix fois plus grande, et non à une simple progression arithmétique. Cette propriété rend les comparaisons intuitives difficiles. Elle explique aussi pourquoi la valeur 3,8 doit être maniée avec précision. Le chiffre résume un signal, mais ne dit pas combien de fenêtres ont cassé, quelle pression a atteint les maisons ou dans quel état se trouvent les galeries dynamitées. La profondeur de la charge, la nature de la roche, la distance des capteurs et le confinement des explosifs modifient fortement l’énergie transmise au sol. Deux explosions utilisant une masse identique peuvent produire des enregistrements différents.

Magnitude et intensité, deux mesures différentes

La magnitude ne doit pas être confondue avec l’intensité ressentie. La première attribue une valeur à l’événement. La seconde décrit les effets observés dans un lieu donné. Elle varie avec la distance, le type de terrain et la résistance des constructions. Une même source peut être fortement ressentie dans un village proche et presque imperceptible ailleurs. Le relief du Sud-Liban ajoute une autre variable. Les crêtes, les vallées et les formations rocheuses influencent le passage des ondes et du souffle. La comparaison à 3,8 ne signifie donc pas que tout le Liban a subi la même secousse. Elle indique que les instruments ont capté, à travers le pays, une signature suffisamment nette pour être analysée.

Cette nuance est importante pour l’évaluation des dommages. Les vitres brisées ou les fissures nouvelles relèvent d’un constat de terrain. Les sismogrammes ne remplacent ni l’inspection des habitations, ni l’examen des infrastructures, ni le relevé du monument. Ils peuvent toutefois fixer l’heure de l’événement à la seconde près et montrer comment l’énergie s’est propagée. Croisés avec des vidéos, des images satellites et des visites d’ingénieurs, ils contribuent à reconstituer l’opération. Dans une zone dont l’accès reste soumis aux contraintes militaires, cette trace scientifique constitue l’un des rares éléments disponibles immédiatement.

Une signature distincte dans les sismogrammes

Les explosions et les séismes naturels ne produisent généralement pas la même combinaison d’ondes. Une détonation exerce une pression soudaine autour d’un point ou d’un ensemble de charges. Elle génère souvent un signal compressif marqué. Un séisme tectonique résulte surtout d’un glissement le long d’une faille et produit davantage de mouvements de cisaillement. Les spécialistes comparent notamment les ondes primaires, dites P, et les ondes secondaires, dites S. Ils étudient aussi la profondeur apparente, la durée du signal et son contenu en fréquences. Aucun critère isolé ne suffit toujours, mais leur ensemble permet souvent de distinguer une explosion d’un séisme.

Dans le secteur du Chqif, l’heure connue du dynamitage fournit un indice supplémentaire. La concordance entre l’opération, les témoignages et l’arrivée des ondes sur le réseau renforce l’attribution annoncée par le centre. La publication détaillée des tracés permettrait d’aller plus loin. Elle montrerait les temps d’arrivée sur chaque station, l’amplitude maximale et les différences entre les composantes du mouvement. Le communiqué diffusé vendredi matin ne présentait pas encore ces données brutes. Il livrait une qualification synthétique, destinée au public : le sol a vibré sous l’effet d’une explosion, avec un signal comparable à celui d’un événement de magnitude 3,8.

Le réseau sismique comme témoin indépendant

Le fait que toutes les stations aient enregistré l’événement ne signifie pas que des dégâts se sont produits autour de chacune d’elles. Les sismomètres détectent des mouvements bien plus faibles que ceux qu’une personne peut ressentir. Ils servent précisément à capter des signaux éloignés, puis à comparer leur arrivée d’un point à l’autre. Plus le réseau est dense et correctement synchronisé, plus la localisation et la caractérisation gagnent en précision. L’annonce du centre montre surtout que la déflagration a laissé une empreinte mesurable à l’échelle nationale. Elle donne aux autorités une référence indépendante des images militaires et des récits diffusés sur les réseaux sociaux.

Ces enregistrements peuvent aussi servir à distinguer plusieurs charges rapprochées d’une détonation unique, à condition que leur espacement soit suffisant et que les signaux ne se superposent pas entièrement. L’armée israélienne a présenté l’opération comme la destruction d’un réseau de tunnels. Elle n’a pas rendu public, dans son annonce initiale, le plan complet des galeries, la disposition des charges ni la chronologie technique des mises à feu. Le sismogramme peut apporter des indices sur la durée et la succession des impulsions. Il ne permet cependant pas, sans autres données, de cartographier seul les ouvrages détruits ou d’établir leur usage antérieur.

La revendication israélienne des 700 tonnes

Les autorités israéliennes ont affirmé avoir utilisé environ 700 tonnes d’explosifs pour détruire des tunnels sous la crête de Beaufort. Elles ont attribué ces installations au Hezbollah et présenté l’opération comme une réponse à une violation du cessez-le-feu qu’elles imputent au mouvement libanais. Ces déclarations constituent la version officielle israélienne. Elles n’avaient pas été accompagnées, vendredi matin, d’une vérification indépendante portant sur la quantité, le type de produit ou l’étendue exacte des galeries. L’ampleur annoncée est exceptionnelle. Elle exige néanmoins une lecture prudente, car l’expression « 700 tonnes d’explosifs » ne précise ni l’équivalent en TNT, ni la méthode de comptage, ni la part effectivement détonée au même instant.

Il serait donc erroné de convertir mécaniquement ce chiffre en magnitude. La quantité chimique ne se transmet jamais entièrement sous forme d’ondes sismiques. Une partie de l’énergie fracture la roche, déplace des matériaux, chauffe les gaz, produit du bruit et se dissipe dans l’air. Le rendement sismique dépend du confinement, de la géométrie des galeries, de la profondeur et de la composition du massif. Des charges réparties sur plusieurs points n’ont pas le même effet qu’une masse concentrée. La valeur 3,8 annoncée par le centre est un résultat observé par les capteurs. Les 700 tonnes relèvent, pour l’instant, d’une affirmation d’une partie au conflit. Les deux données ne doivent pas être présentées comme si l’une démontrait automatiquement l’autre.

Des vitres brisées et des maisons à examiner

Les premiers comptes rendus locaux ont signalé des vitres brisées et des dommages dans des habitations d’Al-Qlaiaa, dans le secteur de Marjayoun. Des résidents ont décrit une vibration intense et une forte odeur de poudre. Les informations disponibles dans la matinée ne faisaient pas état de victimes directement liées au dynamitage du Chqif. Ce bilan restait provisoire. L’accès aux secteurs proches de l’opération, la dispersion des habitants et l’état des communications peuvent retarder la remontée des informations. Les communes doivent encore distinguer les dégâts causés par le souffle aérien, ceux liés au mouvement du sol et ceux qui résultent d’autres frappes menées au cours de la même nuit.

La priorité technique consiste à vérifier les structures fragiles. Les bâtiments anciens, les maisons déjà endommagées et les ouvrages situés sur des sols fissurés peuvent subir des effets différés. Une vibration ne provoque pas toujours un effondrement immédiat. Elle peut élargir une fissure existante, déplacer un élément de toiture ou affaiblir un mur mal contreventé. Les réseaux d’eau, les routes et les soutènements proches des cavités méritent aussi un contrôle. Une galerie détruite peut créer un vide instable ou modifier localement le drainage. Seule une inspection menée par des ingénieurs et des géologues permettra de séparer les dommages visibles des risques qui restent cachés.

Beaufort, une forteresse désormais classée en péril

Le dynamitage prend une dimension particulière en raison de la proximité du château de Beaufort, appelé Qalaat al-Chaqif au Liban. La forteresse domine la vallée du Litani depuis un promontoire rocheux. Sa position a façonné son histoire militaire et sa valeur patrimoniale. Le 24 juillet, soit sept jours avant l’explosion, le Comité du patrimoine mondial a inscrit les Châteaux du mont Amel sur la Liste du patrimoine mondial selon une procédure d’urgence. L’ensemble comprend Beaufort, Tibnine, Chakra, Deir Kifa et Chamaa. Il a également été placé sur la Liste du patrimoine mondial en péril en raison des menaces liées au conflit.

Ce classement récent ne permet pas encore de mesurer les conséquences de l’opération. Il renforce en revanche l’attention portée au site. Avant l’inscription, Beaufort bénéficiait déjà d’une protection renforcée provisoire au titre de la Convention de La Haye sur les biens culturels en période de conflit armé. L’organisation internationale compétente avait signalé, dès la fin de mai, des frappes rapportées à proximité de la forteresse. Les autorités culturelles libanaises avaient demandé un accès et une mobilisation internationale. L’armée israélienne avait, de son côté, annoncé à la fin de mai avoir pris le contrôle de la hauteur. Ces éléments placent le monument dans un espace où se superposent présence militaire, patrimoine protégé et infrastructures souterraines revendiquées.

Aucun inventaire indépendant complet des dommages subis dans la nuit n’était disponible vendredi matin. Une explosion sous une crête peut affecter un monument sans laisser immédiatement une brèche spectaculaire. Les maçonneries anciennes réagissent aux vibrations selon leur état, leurs réparations antérieures et la qualité des joints. Des microfissures peuvent apparaître dans les voûtes ou autour des ouvertures. Des blocs peuvent se désolidariser. Le rocher porteur lui-même doit être examiné si des galeries ont été détruites à proximité. Des photographies prises avant et après l’opération, des relevés tridimensionnels et des témoins de fissures offriraient une base plus solide qu’une simple observation à distance.

Ce que les relevés peuvent établir, et ce qu’ils ignorent

Les données sismiques peuvent confirmer l’horaire, estimer la taille du signal et aider à localiser sa source. Elles peuvent aussi documenter une opération dont les effets dépassent la zone filmée. Leur intérêt est scientifique, mais aussi administratif et patrimonial. Un relevé horodaté peut être joint à un dossier de dommages, comparé à des rapports municipaux ou utilisé pour planifier une inspection. Il peut enfin permettre de rechercher d’éventuels événements secondaires dans les heures suivantes, comme des effondrements de cavités. Ces usages supposent la conservation des données brutes, leur calibration et une analyse transparente par des spécialistes.

Les mêmes relevés ont des limites nettes. Ils ne disent pas qui se trouvait dans les tunnels, ce qu’ils contenaient ni quelle était leur fonction. Ils ne prouvent pas la quantité d’explosifs invoquée. Ils ne déterminent pas seuls si une règle du droit des conflits a été respectée. Ils n’établissent pas davantage l’état précis du château ou des villages voisins. Pour répondre à ces questions, il faut croiser les instruments avec des documents opérationnels, des images, des prélèvements et des inspections. Cette séparation entre fait mesuré, affirmation militaire et dommage encore non évalué reste essentielle dans le traitement de l’événement.

Une surveillance à poursuivre après le choc

La proximité de failles connues dans le Sud-Liban alimente naturellement les inquiétudes. Pourtant, une explosion de magnitude équivalente à 3,8 ne signifie pas qu’un séisme plus important va suivre. Des explosions peuvent, dans certaines circonstances rares, modifier les contraintes très près d’une faille déjà instable. Ce mécanisme n’est ni automatique ni démontré ici. Le premier communiqué ne signalait aucune réplique tectonique. Cette absence de signalement ne suffit toutefois pas à clore toute surveillance. Le réseau national doit continuer à examiner les signaux postérieurs afin de distinguer de possibles effondrements, de nouvelles détonations ou une activité naturelle sans lien avec l’opération.

Les prochaines données attendues concernent autant la géophysique que le terrain. Le Centre national de géophysique pourrait publier des précisions sur la localisation, les amplitudes et la forme des ondes. Les municipalités doivent consolider le relevé des habitations touchées. Les services compétents en matière de patrimoine devront accéder à Beaufort avec des ingénieurs, des architectes et des géologues. Une comparaison avec les archives réalisées avant les combats aiderait à identifier les fissures nouvelles. Tant que ces visites ne sont pas possibles, le chiffre de 3,8 reste le constat le plus précis disponible sur la puissance transmise au sol, tandis que l’étendue réelle des dommages sous la crête, dans la forteresse et dans les villages voisins demeure à établir.

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