Le député et général Michel Aoun a été élu ce 31 octobre 2016 par 83 voix en sa faveur contre, une voix pour la député Sitrida Tawk, 36 bulletins blancs et 7 bulletins annulé dont un en faveur de Zorba le Grec, à la Présidence de la République du 46ème tour de scrutin depuis 2014. Quatre votes de scrutin ont été nécessaires à cette élection, 2 votes ayant été annulés en raison d’irrégularités. Michel Aoun devient ainsi le 13ème locataire du Palais de Baabda depuis l’Indépendance du Liban en 1943, une élection symbolique à plusieurs titres.

Le nouveau chef de l’Etat a prêté directement serment devant la Chambre des Députés. Le Président Michel Aoun s’est ensuite adressé aux ministres, parlementaires et aux citoyens libanais pour présenter son programme. Le nouveau chef de l’Etat s’est ainsi prononcé en faveur de l’application des accords de Taëf, le renforcement de la structure étatique et notamment de l’Armée Libanaise, la mise en place d’une nouvelle loi électorale juste. « Tous les moyens doivent être utilisés pour libérer les territoires encore occupés », a déclaré Michel Aoun. Le nouveau président a également abordé la question de la décentralisation administrative et la lutte contre la corruption au sein des institutions publiques.

Un scrutin empreint de nombreuses irrégularités de vote

Au premier tour, le Général Aoun avait obtenu 82 voix, contre une voix en faveur de la député Gilberte Zouein, 36 bulletins blancs et 6 bulletins annulés, le vote en faveur de la chanteuse et modèle Myriam Klink étant orthodoxe ayant été annulée. 86 voix sont nécessaires pour gagner l’élection au premier tour, une simple majorité, soit 56 votes en sa faveur, suffisant au deuxième tour.

La première procédure du deuxième scrutin a été annulée après que les scrutateurs aient trouvé un bulletin de vote supplémentaire par rapport au nombre des présents, soit 128 bulletins de vote pour 127 votants. Cette incident s’est reproduit lors du nouveau recomptage suite au 3ème vote du deuxième tour alors que le Président de la Chambre souhaitait tout de même procéder au comptage des voix. Face aux protestations du député Samy Gemayel qui dénonçait cette manoeuvre, un troisième vote a été alors organisé pour permettre la tenue du scrutin du deuxième tour.

L’élection présidentielle permise par l’entente entre adversaires

Déjà fort du soutien du Hezbollah puis des Forces Libanaises de Samir Geagea, pourtant son adversaire historique au sein de la communauté chrétienne, le Général Michel Aoun avait dernièrement été assuré de sa victoire via le retournement du chef de file du Courant du Futur, le député et ancien premier ministre Saad Hariri qui s’était juste là opposé à lui, fort du soutien dans sa démarche par la communauté sunnite et par l’Arabie Saoudite. 

« J’annonce aujourd’hui la décision de soutenir la candidature du général Michel Aoun à la présidence de la République. C’est une décision qui découle de la nécessité de protéger le Liban, son système et l’État », avait déclaré le député Saad Hariri au cours d’une conférence de presse qui s’était tenue le 20 octobre dernier. Certaines sources ont indiqué que ce soutien aurait été conditionné à sa nomination au poste de Premier Ministre. Cette nomination serait nécessaire pour Saad Hariri, afin de le renforcer au sein de la communauté sunnite actuellement largement divisée entre courants politiques modérés qu’il représente et courants plus extrémistes qui dénoncent à la fois le rôle du Hezbollah tant au niveau local qu’au sujet de son implication dans le conflit syrien.

Divisions au sein de la communauté sunnite et chiite

Cette déclaration n’a pas fait l’unanimité au sein du Courant du Futur. Ainsi un certain nombre de députés dont l’ancien premier ministre Fouad Saniora, avaient déclaré vouloir s’opposer à ce vote lors du scrutin tout en assurant Saad Hariri de son soutien.

Le Ministre de la Justice démissionnaire, Achraf Rifi, qui aspire également à prendre un premier rôle au sein de la communauté sunnite et qui recherche l’appui des puissances sunnites régionales dont l’Arabie Saoudite, aurait également marqué son opposition stricte à cette élection, dénonçant une candidature soutenue, selon lui par l’axe Iran, Syrie et le Hezbollah dont il se veut l’adversaire local.

Opposition aussi du Président de la Chambre, le dirigeant du mouvement chiite Amal, Nabih Berry, qui avait fait part de ses inquiétudes au sujet d’un possible retour au Pacte National de 1943 et d’une entente entre communautés chrétiennes et sunnites sur le partage du pouvoir avec la marginalisation de la communauté chiite. Il a également précisé aujourd’hui penser que l’élection du Général Aoun intervient suite à un accord entre l’Iran et les USA.

Michel Aoun succède ainsi au Général Michel Sleiman dont le mandat s’était achevé le 25 mai 2014 , date du début d’une grave crise politique marquée par l’impossibilité tant du côté du 14 Mars que de la coalition opposée, de pouvoir imposer un candidat à la Présidence de la République. Alors que la coalition Hezbollah-CPL maintenait une candidature stricte du Général Michel Aoun à la Présidence de la République, les Forces Libanaises avaient d’abord souhaité obtenir l’élection de leur dirigeant Samir Geagea sans toutefois obtenir l’appui officiel du Courant du Futur. Face à ce dilemme, le député druze, chef de file du PSP, avait également  présenté son propre candidat Henri Hélou afin de faire échouer ce premier scrutin.

Les autres tours de l’élection présidentielle ont ensuite été marqués par l’impossibilité de réunir le quorum nécessaire à la procédure en l’absence d’entente sur le profil du futur locataire de Baabda. L’ancien premier ministre Saad Hariri avait alors accordé son soutien à Sleiman Franjieh, également membre de la coalition Hezbollah-Amal et ami intime du Président Syrien Bachar Assad. Ce soutien avait également suscité de nombreuses critiques au sein de son propre camps et ne faisait pas l’unanimité au sein de la coalition Amal-CPL-Hezbollah, ce dernier continuant de soutenir la candidate du Général Michel Aoun.

46 tours ont ainsi été nécessaires pour finalement résoudre cette énième épisode de crise politique qui marche chaque fin de mandat depuis le retrait des troupes syriennes en avril 2005.

Un mandat qui sera marqué par des défis tant locaux que régionaux

Ce 46ème scrutin intervient alors que le Liban est déstabilisé par plusieurs facteurs paralysant ses institutions dont la guerre civile en Syrie et la présence officieuse de près de 2 millions de réfugiés sur son sol (1,1 millions officiellement selon les instances de l’ONU), le conflit larvé entre l’Iran et l’Arabie Saoudite avec comme acteurs locaux respectifs, le Hezbollah pour la communauté chiite et le Courant du Futur pour la communauté sunnite. Cette dernière se déchire actuellement entre partisans d’une ligne dure à l’encontre du Hezbollah, avec notamment l’ancien commandant des Forces de Sécurité Intérieures, Achraf Rifi et un courant modéré représenté par l’ancien Premier Ministre Saad Hariri.

Autre défi également, l’adoption d’une nouvelle loi électorale plus équilibrée entre les différentes communautés libanaises. Le Général Michel Aoun s’était ainsi fait le champion d’un rééquilibrage du système électoral en faveur de la communauté chrétienne qui était jusqu’à présent marginalisée. En effet, un certain nombre de députés chrétiens étaient élus non par par des voix chrétiennes mais par des voix tant sunnites que chiites. Il pourrait alors se heurter tant à son probable Premier Ministre Saad Hariri, qui jouit des voix de parlementaires chrétiens dits indépendants dans ses circonscriptions de Beyrouth, que de l’opposition du Président de la Chambre, Nabih Berry qui risque alors de perdre une partie de son influence, d’où ses mises en garde contre un possible conflit civil.

Voir aussi, le Général Michel Aoun, une figure politique qui ne laisse pas indifférente.

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