Mon monde à moi n’est pas de ce monde

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Les élections municipales m’ont appris pas mal de choses. Le plus désolant de tout, c’est le sale coup que m’ont asséné les responsables politiques du tayyar qui appuyait la liste dont je faisais partie et qui se sont rappelé que j’étais membre d’un parti politique rival, les Kataëb. Ils n’ont pas voulu me donner une envergure politique qui aurait pu éclipser leur rôle dans notre village, c’est pourquoi les petits « responsables » de ce courant patriotique libre dans notre village ont trouvé bon de faire de sorte pour que j’obtienne le plus bas score dans la liste qu’ils appuyaient et dont je faisais partie en donnant des consignes à certains de leurs partisans de biffer mon nom au profit du candidat adverse. Et pourtant j’ai joué franc jeu avec eux, mais en vain. Ils ne se sont pas montrés à la hauteur de ma confiance. C’est honteux de leur part. C’est vraiment dommage qu’ils aient montré combien ils étaient vils. Ces petits « responsables » hypocrites ne méritent aucun respect. La politique est sale. Et elle salit ceux qui ne savent pas la pratiquer avec honneur.

J’ai remarqué aussi que tous les partis politiques sans aucune exception font passer les intérêts personnels de leurs dirigeants avant tout autre intérêt. Aucun programme électoral n’est présenté. Ils s’allient dans une région et se combattent dans une autre région sans aucune raison valable. Un parti bien connu se veut le champion de la jeunesse. Il insuffle un sang nouveau dans ses cadres dirigeants et se contredit en appuyant une liste de vieux inconnus sans aucun programme électoral contre une liste de jeunes candidats habillés de rêves avec un programme bien précis pour le renouveau et pour le développement de leur village. Allez comprendre pourquoi un tel agissement.

Un autre point a attiré mon attention. Les candidats sont prêts à tous les coups bas pour remporter la victoire. Ils se servent de l’argent pour acheter des voix. Ils font appel aux charmes de leurs filles qui se comportent d’une façon indécente pour assurer des voix supplémentaires à leurs papas. Un certain candidat se montre amical avec le candidat adverse et le combat à couteaux tirés sous table. Il fait tout pour avoir le plus grand nombre de voix dans les deux listes. Il va même jusqu’à panacher la tête de liste dont il fait partie pour prouver qu’il est le plus aimé. Ces mesquineries ne trompent personne sauf celui qui les pratique. Aucun esprit sportif n’est de mise dans une pareille atmosphère.

Quant aux électeurs, ils font vraiment pitié. Certains sont bien connus de tout le monde. Ils se vendent aux plus offrants. Ils attendent une heure avant la fermeture des bureaux de vote pour faire monter les enchères. Le prix d’une voix peut aller jusqu’à 2000$ ou plus.
D’autres vous promettent monts et merveilles et au bout du chemin ils vous trahissent pour 100$ ou 200$. Je ne puis comprendre que ces gens puissent vendre leur droit de vote pour une somme de 139 LL par jour sur 6 ans. Ces hypocrites m’inspirent de la pitié.

Il y a aussi les jaloux qui se demandent pourquoi celui-ci est candidat et pas lui. Ces votants vous combattent jusqu’à la mort. Ils votent toute la liste en prenant bien soin d’effacer le nom du candidat qui leur a “volé” leur place.

Il y a des “parents” sur qui vous placez tous vos espoirs et qui vous trahissent parce qu’ils ont des intérêts communs avec la tête de liste adverse. Ils ont peur pour leurs intérêts. D’autres “parents” vous vendent pour 100$ ou 200$. Heureusement, ils ne sont pas nombreux.
Il y a les clefs du village. Ceux-ci vendent des électeurs par tête. Ils ont à leurs services une dizaine de votants. Ils font croire que tout le village leur est soumis. Ils encaissent des sommes d’argent considérables et ils n’en distribuent le plus souvent que quelques miettes.
Il y a enfin les gens qui ne votent pas au village. Ces « étrangers » se mêlent de ce qui ne les regarde. Ces petits lèche-culs feraient mieux d’aller se faire voir dans les cazas où ils ont le droit de voter. Là-bas, ils n’osent pas faire les malins. Ils se feraient casser les couilles si jamais ils osaient y faire quoi que ce soit.

Dans ce monde satanique, il y a de tout et de rien. Il y a des vendus, des hypocrites, des arrivistes, des malhonnêtes, des hommes sans principes, des tricheurs, de sales types, des menteurs, des ingrats, des traitres, des esclaves de l’argent, des coups bas…Rien qu’à penser à ce monde, j’ai la nausée. Ce monde me donne envie de vomir mon amertume, ma déception, ma tristesse…

Heureusement, il y a des gens honnêtes dans ce monde. Ils sont peu nombreux, mais ils existent. Ces gens ont voté en toute conscience. Ils ont résisté à l’appel de l’argent et à toutes les pressions. Ils ont montré que leurs principes passaient avant tout. Je les remercie pour leur honnêteté et pour les voix qu’ils m’ont assurées.

Mon monde à moi n’est pas de ce monde. Je suis un poète, un élu de Dieu, envoyé sur terre pour y chanter la paix, la justice, la liberté, la beauté, la pureté, l’honnêteté, la gratitude, l’amour du prochain, la franchise, la sincérité, le respect des principes et des valeurs morales. Je ne puis que survivre dans le monde réel. C’est pourquoi j’envisage sérieusement de me retirer de toute activité politique pour me retrancher dans le monde que m’offre la poésie. C’est là où je me sens vraiment à l’aise. J’y ai pour compagnons mes vers et ceux qui aiment mes poèmes.

Samy Chaiban.

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