
L’armée iranienne a haussé le ton, mardi 16 juin, après une nouvelle série de frappes israéliennes dans le sud du Liban. Le commandement Khatam al-Anbiya des forces armées iraniennes a menacé Israël d’une « réponse sévère » si les attaques se poursuivaient, selon un communiqué cité par la télévision d’État iranienne. Cette mise en garde intervient malgré l’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, présenté comme un cadre de désescalade régionale incluant le front libanais.
Sur le terrain, les violences n’ont pas cessé. Des frappes de drones ont visé des véhicules à Mayfadoun et Choukine, dans la région de Nabatiyé, faisant au moins quatre morts et plusieurs blessés selon l’Agence nationale d’information libanaise. Israël affirme, de son côté, avoir intercepté des roquettes tirées par le Hezbollah vers une zone où opéraient ses soldats au Sud-Liban, avant de frapper le lanceur utilisé.
Téhéran hausse le ton contre Israël
La déclaration iranienne donne une dimension nouvelle à une journée déjà marquée par l’instabilité du cessez-le-feu. Le commandement Khatam al-Anbiya a accusé « l’armée infanticide du régime sioniste » de poursuivre ses agressions au Sud-Liban. Il a averti que, si ces attaques ne cessaient pas, Israël devrait s’attendre à une réponse des forces armées iraniennes.
Selon le même décompte cité par la télévision d’État iranienne, Israël aurait violé le cessez-le-feu au Liban à 84 reprisesdepuis l’annonce de l’accord, lundi. La formulation dépasse le registre habituel du soutien politique au Hezbollah. Elle place directement l’armée iranienne dans le langage de la menace, au moment où Washington tente de transformer l’accord avec Téhéran en mécanisme de stabilisation.
Quatre morts à Mayfadoun et Choukine
Le bilan humain de la journée a renforcé la portée de cette prise de position. Dans la région de Nabatiyé, des drones israéliens ont visé deux véhicules à Mayfadoun et un autre à Choukine. Les informations rapportées par l’agence officielle libanaise faisaient état d’un bilan provisoire d’au moins quatre morts et de plusieurs blessés.
Les attaques ont touché des zones déjà fragilisées par les bombardements des dernières semaines. Depuis lundi, les frappes israéliennes au Sud-Liban ont fait au moins cinq morts, malgré la baisse relative de l’intensité des combats observée après l’annonce de l’accord américano-iranien. Cette séquence alimente le sentiment, à Beyrouth comme dans les localités frontalières, que la désescalade annoncée n’a pas encore atteint le terrain.
Israël dit avoir intercepté des roquettes
L’armée israélienne a présenté une version différente de la journée. Dans un communiqué, elle a affirmé que son aviation avait intercepté plusieurs roquettes tirées par le Hezbollah vers le secteur où des soldats israéliens opéraient dans le sud du Liban. Elle a ensuite indiqué avoir frappé et détruit le lanceur depuis lequel une partie des projectiles avaient été tirés.
Israël justifie ainsi ses frappes par le maintien d’une menace directe contre ses forces. Cette version ne répond pas à la question soulevée par Beyrouth et Téhéran : la présence israélienne dans certaines zones libanaises après l’accord. Pour le Liban, tant que l’armée israélienne reste sur des secteurs occupés, le cessez-le-feu demeure incomplet et politiquement fragile.
Le retrait israélien devient l’enjeu central
Le principal négociateur iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a ajouté un volet diplomatique à la menace militaire. Lors d’un entretien téléphonique avec le président du Parlement libanais, Nabih Berri, il a affirmé qu’Israël devait se retirer des « zones occupées » au Liban. Il a aussi déclaré que les habitants du Sud devaient pouvoir rentrer chez eux.
Ce message s’inscrit dans l’interprétation iranienne de l’accord avec Washington. Téhéran soutient que la fin de la guerre passe par le traitement du front libanais et par le retrait israélien. Les responsables américains, eux, restent plus prudents sur la portée exacte du texte. Le contenu complet de l’accord n’a pas encore été rendu public, et plusieurs points font déjà l’objet d’interprétations divergentes.
Le calendrier renforce cette tension. Les États-Unis et l’Iran doivent formaliser vendredi un accord destiné à mettre fin à leur guerre et à ouvrir une nouvelle phase de discussions sur le nucléaire, les sanctions et les garanties régionales. L’annonce a été présentée comme un tournant après des semaines de confrontation directe et de blocage du détroit d’Ormuz.
Mais le volet libanais apparaît comme l’un des points les plus instables du dispositif. Téhéran veut lier le calme au retrait israélien. Israël affirme conserver son droit d’action au Liban et refuse de renoncer à des zones de sécurité qu’il juge nécessaires. Washington cherche à maintenir l’équilibre entre la désescalade régionale et les garanties données à Israël. Le Liban, lui, tente d’éviter que son territoire devienne une clause discutée par d’autres.
Un test pour l’accord USA-Iran
La question posée par certains médias israéliens résume l’enjeu. L’Iran parviendra-t-il à imposer le retrait israélien du sud du Liban comme condition de la signature du mémorandum avec les États-Unis ? Cette interrogation révèle l’inquiétude d’une partie du débat israélien.
Si le retrait devient une condition formelle ou politique de l’accord, Israël se retrouverait sous pression américaine et internationale. Si, au contraire, le retrait reste hors du mécanisme, l’accord risquerait de ne pas produire de stabilisation réelle au Liban. Dans les deux cas, le front libanais devient un test de crédibilité pour l’ensemble de la séquence ouverte entre Washington et Téhéran.
Pour le Hezbollah, cette situation crée un espace politique. Le mouvement peut affirmer que le front libanais n’est pas marginal, puisqu’il figure désormais au cœur des échanges entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Il peut aussi soutenir que la présence israélienne justifie la poursuite de la résistance.
Cette lecture reste contestée par une partie importante de la classe politique libanaise, qui accuse le Hezbollah d’avoir entraîné le pays dans la guerre sans mandat de l’État. Mais les frappes de mardi, le refus israélien de retrait et la menace iranienne compliquent le débat. Elles donnent au parti des arguments au moment même où ses adversaires réclament le monopole des armes par l’armée libanaise.
Beyrouth face à une marge étroite
Pour le gouvernement libanais, la marge de manœuvre reste étroite. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont fixé les constantes de la position officielle : arrêt définitif du feu, retrait israélien, déploiement de l’armée libanaise jusqu’aux frontières internationales, retour des prisonniers et lancement de la reconstruction.
Les frappes de Nabatiyé montrent que cette architecture reste théorique tant que le cessez-le-feu n’est pas respecté. Elles montrent aussi que l’armée libanaise ne peut pas reprendre seule le contrôle du Sud si les combats continuent. Une stabilisation durable suppose donc un mécanisme de vérification, des garanties internationales et un calendrier clair de retrait.
La menace iranienne comporte cependant un risque évident. En prévenant Israël d’une réponse sévère, Téhéran peut chercher à dissuader de nouvelles frappes. Mais cette rhétorique peut aussi alimenter une escalade. Israël pourrait y voir une justification pour maintenir ses opérations et ses positions au Liban. Les États-Unis pourraient être contraints de clarifier plus vite les clauses de l’accord, notamment celles liées au Hezbollah et au retrait israélien.
La journée de mardi confirme ainsi que le Liban reste le point faible de l’accord américano-iranien. L’annonce d’un cessez-le-feu régional a réduit certaines tensions, mais elle n’a pas fait disparaître les logiques militaires. Israël continue de frapper. Le Hezbollah reste armé et affirme son rôle dans le rapport de force. L’Iran veut faire du retrait israélien une condition politique. Washington tente de préserver un texte encore incomplet.
Dans les villages de Mayfadoun, Choukine et Nabatiyé, la diplomatie se mesure pourtant à un fait simple : les frappes ont continué et des civils ont encore été tués. La prochaine étape dépendra de la capacité des médiateurs à imposer une lecture commune de l’accord, alors que Téhéran prévient désormais qu’il ne laissera pas Israël définir seul les conditions du cessez-le-feu au Liban.
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