« Nous sommes donc tous condamnés au dialogue. Mais qu’est-ce que le dialogue? C’est la recherche d’une inter- compréhension entre deux sujets en vue d’une interprétation commune de leur accord ou de leur désaccord. Il suppose un langage commun, l’honnêteté dans la présentation de sa position et la volonté de faire tout son possible pour comprendre le point de vue de l’autre ». (1)

La spirale dans laquelle nous vivons au Liban traduit un noeud de colères profondes et d’interactions complexes. Elles semblent correspondre à d’amères prédispositions. Celles de se remettre aux fatalités pour composer le quotidien. Les individus de tous bords défendent le verbe avec excellence. Cependant, les mots relatent des expressions peu communicatives. Le dysfonctionnement de l’état s’associe à l’irresponsabilité continue ou chronique de nombreux représentants. Le laisser faire des individus normalise l’absence flagrante d’autocritique. Elle semble scotomisée, comme méconnue, non prise en charge. La culture de l’abstinence et du déni tétanise la consistance du libanais. Sa sphère transpose le mal de vivre sans la structure d’agir autrement et mieux. Ainsi même s’il clame ce qu’il veut, il sait que l’intensité de ses gesticulations pèsent le temps d’un auditoire privé ou collectif, d’un objectif immédiat ou planifié ou d’un défoulement passager. Le superflu consiste étrangement à négliger la conscience aiguë de la raison, de sa cohérence et des actes conséquents et efficaces.

Cependant, voici pourtant une liste de moyens fonctionnels et élémentaires. Eux peuvent répondre à tant d’hésitations, d’angoisses et de tacites méfiances:
Evitons d’abord le leitmotiv lorsque l’urgence prévaut. Remplaçons notre dépendance vis à vis des autres par nos engagements vis à vis de nos proches, du voisin, de la municipalité et des institutions dûment critiquées, sans plus attendre. Dégageons nous des complaintes infinies sur « la situation ». Accordons entre nos composantes ce qui enrichi nos fréquentations, ce qui raffermi nos complicités et rassure de paisibles convivialités.

Ces comportements sont certes élémentaires mais installent l’espace d’une harmonie indispensable. Elle peut rassembler sans controverses les libanais malgré les complexités de leurs vieux conflits et les influences régionales contraires.
La reconnaissance des attractions positives restitue à l’appartenance nationale le goût de ses douceurs réciproques. On apprendrait ainsi à clamer sans hésitation l’indépendance de grandir ensemble avec les qualités humaines de nos identités plurielles.

(1) Cardinal Jean-Louis Tauran. « Je crois en l’homme » 2016.

Joe Acoury