Alors que le Liban risque d’annoncer prochainement un défaut de paiement avec plusieurs émissions obligataires arrivant à échéance aux mois de Mars, Avril et de Juin, il est nécessaire d’en comprendre les mécanismes.

  1. Qu'est ce qu'un défaut de paiement?

    Le défaut de paiement désigne le fait qu'une entreprise ou un pays ne soit pas en mesure d'honorer une partie ou la totalité de ses engagements envers un tiers.
    Dans le cas du Liban, la dette publique libanaise aurait dépassé les 90 milliards de dollars et l'endettement public atteint 166% du PIB en raison notamment du recul du PIB qui est passé de 55 milliards de dollars en 2018 à 51 milliards de dollars en 2019.

    Sur les derniers chiffres officiels en date d'aout 2019, alors que la dette publique était estimée à environ 85.7 milliards de dollars, la dette interne représentait 53.5 milliards de dollars (dont une grande partie pour l'équivalent de 44.2 milliards de dollars est libellée en bons du trésor et donc en livre libanaise) et la dette externe 32.3 milliards de dollars.

  2. Que se passe-t-il alors?

    La plupart du temps, le pays en défaut de paiement ne paie plus ses dettes mais doit négocier l'effacement ou le report de tout ou partie de sa dette avec ses créanciers, et cela avec l'aide d'institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale.

    Ce pays doit répondre à certaines conditions et demandes de ces institutions notamment en terme d'élimination des causes de l'endettement public. Le défaut de paiement est souvent suivi d'une crise d'austérité, avec hausse d'impôts et baisse des dépenses publiques, cela dépendant ensuite de la politique économique et monétaire choisie en accord avec les institutions internationales.  

    En cas d'absence d'un accord, ce pays risque d'être mis au-banc de la communauté internationale, les investisseurs potentiels craignant à leur tour d'être une victime du refus de voir les sommes investies localement être remboursées. Aussi, des entreprises refuseront d'importer ou d'exporter des biens et des marchandises, ce qui pourrait encore aggraver la situation financière et alimenter la crise sociale et économique.
    Dans le cas libanais, il est à craindre notamment une dévaluation incontrôlée de la livre libanaise en raison de l'absence d'un flux financier externe

  3. Et au niveau local?

    Pour le citoyen ou les entreprises, plus de crédits ne seraient disponibles pour l'achat de biens de consommations y compris de première nécessité. Ils pourraient également se ruer aux guichets pour retirer leurs avoirs, aggravant la situation, en dépit du contrôle des changes déjà décidé. Une hausse du nombre des faillites et du taux de chômage est donc prévisible dans une telle situation.

    Des troubles à l'ordre public sont donc à prévoir, alors que l'environnement social est déjà rendu explosif suite aux manifestations qui ont débuté dans la nuit du 17 octobre 2019 suite à l'adoption par le gouvernement précédent d'une nouvelle taxe sur les télécommunications mobiles gratuites.
    Aussi, une hyperinflation et dévaluation incontrôlée sont à prévoir.

    Parmi les institutions les plus touchées, seront évidemment les banques libanaises qui ont lourdement investi dans les obligations locales mais aussi en bons du trésor. Elles pourraient être alors doublement impactées par le défaut et par la dévaluation de la livre libanaise.

    Ainsi, il ne sera pas exclu de voir certaines d'entre elles, être en grave difficultés financières avec d'importantes pertes d'actifs dans leurs bilans comptables.
    Déjà confrontées à la directive de la Banque du Liban d'augmenter leur capital à 20% – une mesure pour les prémunir contre un possible défaut de l'état – d'ici juin et cela en 2 tranches dont l'une s'est déjà achevée en décembre dernier. Certains établissements ne s'y sont pas encore conformés jusqu'à présent. Face à cela, certains établissements pourraient être tentés de vendre des actifs en masse notamment dans le secteur de l'immobilier, provoquant un autre crash sectoriel.

  4. Et après, que se passera-t-il?

    Dans le cas des pays qui ont déjà fait défaut, les créanciers internationaux forment un comité qui devrait négocier avec les autorités libanaises. Il s'agira alors ou d'un rééchelonnement de la dette publique ou encore de s'agir d'en renégocier le montant.

    Tout accord est conditionné à l'acceptation de 75% du volume de la dette détenu par les créanciers

    Si on se réfère à des pays qui ont été en défaut ces dernières années, ces négociations ont duré 15 ans dans le cas de l'Argentine et 1 an pour l'Ukraine qui a bénéficié de l'aide du FMI qui est donc un facteur rassurant les investisseurs. Pour l'heure, une étude de Goldman Sachs Groupe estime que 65% de la dette publique libanaise doit être effacée pour que l'endettement public atteigne des niveaux supportables.

    Face à la situation actuelle, l'effondrement des cours des émissions obligataires libanaises indiquent que cela a déjà été pris en compte par les investisseurs sur les marchés internationaux.

    Concernant les investisseurs locaux, ils pourraient être poussés par les autorités publiques à accepter une restructuration contraignante de la dette publique.
    Parmi les principaux détenteurs, comme déjà signalé, les banques libanaises pourraient être confrontées à des risques de faillite, obligeant alors l'état à décider des nationalisations provisoires de certains établissements, amenant à une augmentation de l'endettement public.

  5. Et sinon que reste-il à faire aujourd'hui?

    Pour l'heure, la question n'est pas de savoir si le défaut va se produire mais quand est-ce qu'il va se produire.

    Des mesures compensatoires restent possibles comme l'abolition des agences exclusives pour gagner du pouvoir d'achat face à une dévaluation plus que probable puisque de facto, la monnaie locale a été officieusement dévaluée.

    Le contrôle des capitaux, décidé par l'Association des Banques du Liban pourrait également devenir officiel via une décision du gouvernement et cela pour protéger les banques libanaises et éviter des faillites qui pourraient se révéler être couteuses pour les finances de l'état.

    Cependant, ce contrôle des capitaux reste une arme à double tranchant:
    D'une part, il fait fuir des investisseurs potentiels qui craignent ne plus pouvoir disposer de leurs fonds.
    Aussi, cela augmente les difficultés des entreprises à pouvoir importer et exporter. Il est à craindre donc une augmentation du chômage et une mise en faillite d'un nombre important d'entreprises.

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2 Commentaires

  1. C’est la double peine, pour les Libanais :
    Les quelques familles qui dirigent le pays et qui ont amené cette économie à ce stade vont s’enrichir puisqu’ils vont faire fuir leurs capitaux vers des lieux sures, et le Libanais moyen qui représente 80 % de la population va subir cette dévaluation donc s’appauvrir .

  2. C’est le système capitaliste qui ne va plus. Aujourd’hui c’est le Liban qui est au plus bas alors que beaucoup de pays sont endettés. Ce système ne vas plus du tout. Il faut changer ce système avant que tout cela se solde par des guerres. L’intelligence humaine n’est-elle pas à la hauteur, pour ne pas prendre les décisions qui s’imposent avant que ce soit le crach complet ?

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