Alors que le Premier Ministre libanais Saad Hariri a présenté son programme économique, il semblerait que les manifestations se poursuivent actuellement. Et pour cause, beaucoup d’interrogations et beaucoup de points pour lesquels, il n’a pas répondu, notamment sur le plan de réformes politiques et d’actes prouvant, sur le terrain, sa volonté de mettre fin à la gabegie publique et à la corruption.

On a eu, hier, un peu l’impression d’avoir eu affaire hier à un magicien qui sort un lapin de son chapeau d’un seul coup. Plus de problèmes pour nommer telles ou telles personnes à telle ou telle institution, plus de taxes, alors qu’avant elles étaient nécessaires pour épargner les banques et beaucoup d’artifices, de diversions, qui contentent tout le monde. Beaucoup des choses évoquées étaient sur le papier depuis de nombreuses années, mais sont restées à l’état de projets, de paroles et jamais appliquées, comme la fameuse réforme administrative pour abolir certaines institutions jugées non nécessaires et placard pour de nombreux proches de personnalités politiques ou encore l’arlésienne de la privatisation.

On dirait qu’il s’agit d’un plan, un patchwork fait de choses recyclées, présenté pour calmer les choses et non pour les résoudre en profondeur…

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Des interrogations demeurent donc par rapport au programme lui-même présenté. Comme déjà évoqué, nombreuses sont les propositions déjà formulées par le passé, même durant Paris II et III et notamment l’engagement à privatiser les 2 réseaux de télécommunication mobile, mais qui n’ont jamais été appliquées pour cause de « conflits d’intérêts » entre partis politiques, avec l’utilisation de ces entreprises publiques parfois même comme caisse noire ou pour caser tel ou tel personne proche. Il n’est pas certain, après adoption de ce plan que ces propositions puissent être appliquées littéralement sans faire l’objet ou d’annulation ou de négociations sans fin comme cela était déjà le cas.

L’autre facteur, c’est vendre … mais qui envisagerait d’acheter une entreprise dans un pays qui a, actuellement, mauvaise réputation en raison de son instabilité politique, de sa crise économique et pour son manque de transparence dans le domaine des affaires et d’ailleurs qui possède encore l’argent nécessaire pour le faire au Liban même?

Pour rappel, l’état libanais a été condamné par le passé déjà, pour la dénonciation litigieuse quand il avait déjà dénoncé les 2 contrats BOT des réseaux MIC1 et MIC2 autrefois plus communément appelé LibanCell, aujourd’hui MTC Touch, et Cellis, aujourd’hui Alfa.

S’il s’agit d’entreprises qui seront destinées à être cotées à la bourse de Beyrouth qui est dans un état embryonnaire depuis de nombreuses années, quel est le cadre légal actuel et quelle seront les facilitées offertes pour la population libanaise par exemple, à participer à la souscription publique?

Vendre des bijoux de famille mais après?

On a l’impression d’avoir affaire à une personne en panique financière, qui vend ce qu’il peut vendre, des bijoux de familles, ceux qui lui apportaient encore le peu de revenus en ces temps de crises, c’est à dire les biens les plus rentables pour passer un cap. Mais après ce cap passé, qu’en est-il si la situation perdure et qu’il n’y a plus rien à vendre?

Imaginons qu’on termine 2020 avec un déficit, sur le papier de 0.6%. Quand sera-t-il en 2021 en l’absence de remise en cause des taux d’intérêts élevées, des échéances à venir, de la conséquence de la grille salariale qui a accéléré la chute, donc en l’absence de la crise de revenus, plus durement impactée encore par l’absence de croissance économique, par rapport aux dépenses publiques qui restent énormes, notamment parce qu’il n’est pas question de dégraisser le mammouth pour reprendre une expression d’un ministre français, quand on comprend la structure budgétaire? Qu’allons-nous vendre à ce moment-là?

Le plan présenté ne fait que retarder des échéances si on ne remet pas en cause le système économique…

Du bruit mais pas de remise en cause du système qui nous a abouti à la crise économique

Le secteur bancaire, depuis 25 ans, est construit sur une fraude, où on constate d’immenses sommes sont investies sur de la dette publique au lieu d’être investi sur des projets économiques qui pourraient stimuler la croissance et donc créer des richesses pour tous.

La dette publique sert à payer des salaires et des intérêts de la dette. C’est pour cette raison qu’ils ont maintenu une monnaie surévaluée et une parité artificielle avec des taux d’intérêts haut. 

Tant que les rentrées de devises depuis l’étranger étaient maintenues, ce système pouvait perdurer, sauf que le cash inflow a diminué en début d’année ce qui a provoqué un effondrement de ce système de fraude massif.

Pour l’éviter, il aurait fallu que les banques aient diversifié leurs investissements sur le secteur privé pour le stimuler, pour créer des emplois, pour la consommation (et non pour acheter des voitures), pour des logements (et non via des programmes de subvention de la BDL etc..), donc créent de la richesse et non de la dette via l’Etat.

C’est ainsi qu’on a atteint un endettement public de 150% du PIB, de 83 milliards de dollars de dette, un état de récession économique également, avec une augmentation depuis de nombreuses années du taux de chômage.

Toute la structure bancaire aujourd’hui est en danger, parce qu’il y a des risques de faillite de banques majeures au Liban si le Liban est en défaut à cause de cette ingénierie financière. C’est cela même en filigrane, ce mécanisme, que les institutions internationales comme FMI dénonçaient en critiquant les autorités politiques et les autorités monétaires dont la BDL.

Cette fraude légalisée par la politique économique et monétaire doit être remise en question et les responsables écartés.

Des oublis volontaires…

Parmi les principaux postes de dépense publiques, les fameux CDR, caisse des déplacés, Conseil du Sud, ne sont pas évoqués. On croit même savoir que le rôle du CDR sera encore plus important vu son implication dans CEDRE.

Aussi oublié … la réforme fiscale ou encore le grand nettoyage des administrations publiques où le népotisme et le clientélisme sont devenus monnaie courante, cela est le cas de dire en raison de certains hauts salaires accordés à des incompétents.

Et à ce propos, CEDRE, Mort Né?

Déjà, quel pays investirait dans un pays instable. Face à ces risques, les pays et organisations donatrices de CEDRE sont déjà en train de réévaluer leurs expositions au risque libanais et certains qui était déjà à s’interroger sur la réalité de l’application de promesses jamais réalisé par le passé.

De la politique dans les réformes économiques?

D’autres points du plan de réforme semblent quelque peu étranges, par exemple, le plan de retour des réfugiés syriens à la vue des discussions politiques semble plutôt être une impasse et des incidents de Qabr Chamoun prouvent que ce sujet est polémique. C’est un dossier politique et non économique pourtant cité dans une feuille de route de réformes économiques. Un peu hors sujet.

Le dossier du retour des Syriens déplacés:
A) demander au ministre d’État chargé des personnes déplacées de soumettre un document d’orientation sur le retour des Syriens déplacés aux fins d’approbation dans un délai d’un mois à compter de la date de sa présentation;
(B) prendre les mesures et les moyens disponibles pour exhorter la communauté internationale à assurer le retour sûr et digne des personnes déplacées dans leur pays et contribuer davantage au coût de leurs charges pour l’État;

Et des réformes politiques totalement absentes …

Il est en effet étonnant de voir toutes les composantes communautaires libanaises, chrétiennes et musulmanes, réunies avec les mêmes slogans. Même durant la Révolution des Cèdres, il restait des divisions quelque politisées sous la forme du 8 et 14 Mars. Et ces protestataires ont aujourd’hui la conscience d’être en position de force par leur unité par rapport aux partis politiques, quant-à-eux confessionnels et participant à un système confessionnel. Les manifestants veulent changer cet état de fait qui a abouti à un partage du pouvoir et des intérêts économiques sur ces lignes.

En effet, quand on interroge les manifestants aussi, que cela soit du Nord jusqu’au Sud du Liban, il faudrait aussi constater qu’il y a des demandes de réformes politiques, à savoir mettre fin au système qui a permis à des partis confessionnels d’arriver au pouvoir et à se maintenir au pouvoir. Ils demandent avant tout la déconfessionnalisation du système politique à commencer par le Parlement et des élections de législatives anticipées.

Mais surtout, les protestataires semblent demander des garanties et non des engagements, des actes et non des paroles ou des plans pour montrer une volonté réelle de lutte contre la corruption contre des élites remises en cause. Pour cela, seules des arrestations de hautes personnalités et de hauts fonctionnaires, impliquées dans des affaires de détournements de fonds publics et qui jouissaient jusque la de protections politiques voir même religieuses, pourraient calmer la rue.

Mais les autorités actuelles ne semblent pas le comprendre jusqu’à présent…

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