En début de cet article ,je m’empresse  de préciser que je suis bien entendu, très heureux de l’élection présidentielle tellement attendue, quel que soit le nom du gagnant car un pays ne peut pas continuer, dans la vacance prolongée  et la paralysie institutionnelle.

Toutefois au delà des personnes et de leur passé, le grand gagnant dans l’échéance présidentielle finalement aboutie, après deux ans et demi de blocage intentionnel et forcé, c’est l’éclatante restauration, du système pluricommunautaire incontournable, autrement dit les petits et grands arrangements entre « amis », entre les différents chefs communautaires.

Chaque chef communautaire semble y trouver, son compte pour le moment et s’auto proclame victorieux  et bien sûr ,sa base  communautaire suit et suivra, quand bien  même il changerait , encore mille fois d’orientation car elle est attachée à sa personne ,non au contenu de son discours et s’adapte  voire  justifie, ses contradictions tant qu’elle est convaincue, qu’il la protège et assure sa survie. Ce n’est donc pas une critique des personnes elles mêmes  mais un juste  retour, à la réalité contraignante du système politique, qui reflète la complexe réalité sociétale libanaise.

Ceci ne date pas donc d’hier. Depuis l’indépendance libanaise, ce sont des arrangements circonstanciés  ,plus ou moins ponctuels et opportunistes, à travers leurs chefs locaux et communautaires ,entre les différentes composantes fortes du pays. Ce qui n’exclut pas certes, une certaine conviction désespérée dans le compromis, pour sortir de l’insupportable  impasse récurrente (qui peut aller jusqu’à la guerre civile à répétition) mais ne peut en aucun cas, produire une solution durable, à long terme.

C’est une démocratie par défaut. Et bien sûr l’option personnelle et communautaire est présentée à chaque fois , comme un non- choix national mais une nation  devrait être  une adhésion profonde et non une  démission , une affirmation et non un  renoncement  ou  un ultime recours résigné  .

En 1943, ce fut un arrangement entre la composante maronite et la composante sunnite. Puis la composante sunnite influencée par le nassérisme et renforcée par la résistance armée palestinienne est devenue plus exigeante, ce qui provoqua la création des forces libanaises  maronites armées, l’affrontement sanglant, suicidaire  et désastreux intra maronite  et depuis bientôt presque  trois  décennies ,l’émergence avec le soutien de le révolution Iranienne , de la nouvelle composante  chiite armée ,qui finalement aujourd’hui, occupe militairement  le terrain, en se présentant comme un décideur de fait accompli , national et régional. Le président de la chambre a bloqué institutionnellement les élections et le parti de dieu a imposé, son  seul et unique candidat depuis plus de dix ans. Même s’ils ne sont pas d’accord ,ils sauront préserver leurs intérêts propres et ceux de leur communauté. Au Liban ,les chefs communautaires doivent idéalement préserver et renforcer, le poids politique de leur communauté.

L’expérience est  déjà mille fois  faite ,que le pacte intercommunautaire est plus décisif et mobilisateur, que la constitution elle même  qui  n’intervient que pour le consacrer et à laquelle on peut faire dire, tant qu’on a les moyens, tout ce que l’on veut. C’est un système qui n’existe nulle part ailleurs et qui ,sous l’apparence de la démocratie  institutionnelle cache une fédération de communautés.

Le système libanais dans son état actuel ne pourra jamais devenir une véritable démocratie (du nombre, avec alternance au pouvoir) car il reconnaît les communautés immuables (sinon par la démographie) comme étant à la base même de la répartition des pouvoirs. Et d’autre part le Liban dans sa configuration géographique n’a pas les moyens de devenir une véritable fédération. C’est une question structurelle ,qui touche tant la démographie que la géographie , à laquelle sont ou seront confrontées un jour, toutes les sociétés pluriculturelles.

Finalement les chefs communautaires se sont retrouvés entre eux, pour » fabriquer une élection 100 % libanaise ». A croire qu’ils ont tous reçu en même temps, une révélation subite fort opportune ,qui leur a montré la vraie voie.

 On aurait tellement souhaité, que  la même  bonne nouvelle annoncée,  se passe il y a 28 ans (1988) et même il y a 58 ans (1958)ou peut être il y a 73 ans (1943) puisque nous célébrons, le  22 de ce mois de novembre, plus de sept décennies d’ indépendance. Cela nous aurait certainement épargné,  tellement de  vies brisées, des souffrances incommensurables  et des dégâts collatéraux inutiles.

Au Liban, c’est le système qui promeut et c’est le système qui perd. Il est  ambivalent car il est patriarcal et communautaire et se prétend démocratique.(c’est le cas de tous les partis politiques libanais).Il faut toujours réussir le grand écart entre le souhait affiché ou le rêve  et la réalité quotidienne. Souvent les politiciens eux mêmes, en sont les premiers bénéficiaires et les premières victimes. Le métier de politicien au Liban est particulièrement violent et fratricide, même enrobé de convivialité et de bons sentiments .(la plupart des dirigeants finissent assassinés ou isolés)

Est ce que le système peut être redressé ou rénové pour devenir rationnel et viable à long terme ? Comment résoudre de manière structurelle la question de l’appartenance et de l’identité pluriculturelle d’une nation qui inclut et reconnaît , culturellement et politiquement les communautés comme autant de sous nations ?

Le prochain président comme tous ses prédécesseurs aura à résoudre cette énigme toujours sans réponse. Sitôt élu ,en tant que symbole de l’unité et de la stabilité  du pays, nos vœux l’accompagnent. En priant que cette fois, ce sera vraiment et définitivement  la bonne.