Hier, le gouvernement Mikati III a signé un staff agreement – et non un accord final – avec le FMI en vue de débloquer 3 milliards de dollars d’aide, une montagne qui accouche d’une souris puisqu’on est bien loin des ambitions initiales des autorités libanaises, Najib Mikati visant précédemment la somme de 4 milliards de dollars et encore plus loin de celles de son prédécesseur, le gouvernement Diab, qui mettait la barre plus haute et espérait obtenir 10 milliards de dollars du FMI en plus des fonds prévus dans le cadre de la conférence CEDRE pour mettre en place un plan de relance à hauteur de 15 milliards de dollars, tant les besoins de relance de l’économie libanaise sont aujourd’hui élevés après une dégradation de la situation du jamais-vu.

En effet, cet accord semble avoir été bien vite conclu sous pression du calendrier des prochaines élections législatives prévues le 15 mai prochain, c’est-à-dire dans un peu plus d’un mois mais aussi de la dilapidation des réserves monétaires induites justement par une tentative désespérée de maintenir le calme social tant que cela serait possible. “Après moi, le déluge”, semble avoir été les devises à la fois du gouvernement Mikati III et de la Banque du Liban dont le gouverneur fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires lancées à l’étranger.

On ne peut que constater que ce qu’on sait du plan ne semble pas répondre au minimum nécessaire pour relancer l’économie libanaise. C’est un pansement appliqué à un patient avec une plaie ouvert du coeur et dont le montant est trop réduit pour juguler l’hémorragie financière et économique.

Pour rappel quelques chiffres: Le PIB est passé entre 2019 à 2022 de 55 milliards de dollars à , à peine, 20 milliards de dollars. Désormais 82% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, dont un tiers dans un état d’extrême pauvreté. Le salaire minimum qui autrefois représentait 450 USD n’équivaut plus aujourd’hui que 22 USD et encore cela dépend des multiples taux de change. Les réserves monétaires de la Banque du Liban sont passés de 50 milliards de dollars à 11.45 milliards de dollars durant cette même période en raison des subventions d’une part accordées aux produits essentiels, subventions mises en place de manière temporaire pour juste quelques mois le temps de négocier avec le FMI en 2020 mais qui ont été prolongées jusqu’en septembre 2021.

Si le gouvernement Mikati III se satisfait de si-peu, il faut dire aussi qu’il a revu le chiffrage des pertes du secteur bancaire à la hauteur de ses ambitions justement, c’est-à-dire à la baisse, passant de 83 milliards de dollars selon les estimations de 2020 à 69 milliards en novembre 2021 puis 72 milliards de dollars aujourd’hui, alors que les agences de notation les estiment dépasser les 100 milliards de dollars.

Il faut dire que la route n’a pas été aussi simple entre les différents écueils sur fond aussi d’une nécessaire décôte ou haircut d’une part du capital de ces actionnaires et dirigeants de banque qui ont mal-géré le risque souverain hier et aujourd’hui le risque judiciaire alors qu’ils sont représentés au final par un premier ministre, qui, il faut le rappeler est actionnaire de banque. Ces derniers souhaitent mettre l’essentiel des pertes sur les déposants et restent dans le déni de voir que la confiance envers le système financier tel qu’il est conçu actuellement n’existe plus et qu’elle ne sera être possible à l’avenir.

Par ailleurs, l’autre difficulté à assumer les pertes du secteur bancaire revient à accepter aussi, outre la responsabilité des dirigeants de ces établissements, le fait que la majorité de ces fonds se sont évaporés et cela impliquera des conséquences judiciaires qu’elles essayent d’éviter à coup de divers artifices et de manipulation de l’opinion publique.

Pour l’heure, les informations concernant le contenu même de l’accord manquent. Prétendre comme le fait l’Association des Banques du Liban que cet accord ne prévoit pas de réformes concernant le secteur financier est une chose trop tôt à dire. Cependant, il est clair que ce plan implique des réformes douloureuses pour beaucoup et en premier lieu pour les actionnaires des banques, au final, premiers responsables de la dilapidation des fonds et non des autorités libanaises elles-mêmes. En effet, rien n’obligeait les banques à investir dans la dette publique, à placer des fonds dans la Banque du Liban autre que les réserves obligatoires.

La réforme du secteur bancaire est d’autant plus cruciale que ce n’est pas le capital des actionnaires des banques qui doit servir à relancer l’économie libanaise mais bel et bien l’épargne public, celle justement qu’ils ont dilapidé notamment par cette résistance acharnée à ne pas reconnaitre leurs torts.

Mais cet effort pourrait apparaitre d’autant plus vain que les sommes présentes désormais dans les coffres des banques libanaises ne suffisent pas à permettre qu’elles puissent assumer leur rôle. Cela est d’autant plus inquiétant que l’aide du FMI semble aussi s’être réduite à peau de chagrin malgré une détérioration accrue de la situation.

Et pour cause, la résistance des banques était futile face à la situation. En effet, si le plan Diab avait été mené jusqu’au bout, les libanais auraient pu limiter les dégâts via un taux de change de 3 640 LL/USD contre des estimations aujourd’hui de 20 000 LL/USD comme objectif de taux de change unifiés et des réserves monétaires toujours présentes à la Banque du Liban à hauteur de 35 milliards de dollars contre à peine 11.45 milliards de dollars aujourd’hui. Ces boucliers auraient ainsi pu servir à épargner la population de bien des désastres qu’elle connait aujourd’hui.

L’accord initial avec le FMI prévoit aussi la mise en place d’une feuille de route des réformes à accomplir. Certaines seront difficilement acceptées au Liban, d’autres douloureuses. Outre le nécessaire haircut d’une partie des dépots en raison de l’ampleur des pertes du secteur financier, une des conditions serait de révéler l’identité des hommes politiques et dirigeants financiers ayant transféré illégalement des fonds à l’étranger, révélant au grand jour les magouilles.

Si le plan initial prévoit un monitoring des progrès sur le terrain, il pourrait aussi rapidement s’achever … en cas de résistance de la part de ces intérêts.

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