Source : Tol3it Rihetkoum / FB
Source : Tol3it Rihetkoum / FB

95 ans après sa proclamation dans ses frontières actuelles, le 1er septembre 1920, le Liban traverse une grave crise identitaire et institutionnelle qui pourrait, soit l’aider à se reconstruire sur des bases saines, soit complètement le démanteler. C’est un pari risqué car quand un cadre saute, il faudrait rapidement en reconstruire un autre et le consolider, pour que l’édifice ne s’effondre pas.

Face à une violence émotionnelle subie, un cataclysme ou un bouleversement traumatique, il faudrait avoir la capacité de faire le ménage, de remettre tout à plat, de consolider et de bâtir de nouvelles bases et d’éviter le vide, la paralysie et le dysfonctionnement généralisé. Il faudrait pour cela, définir à nouveau rationnellement le projet collectif, sinon on est livré au chantage, à la surenchère et au chaos.
La violence peut être régénératrice, si elle est créative et conduit au changement, ou bien elle peut s’avérer fatale, si elle n’aboutit qu’à la déconstruction de l’être et de son environnement.

La récente crise des déchets est une image réelle et symbolique puisqu’elle se traduit dans le quotidien et l’imaginaire collectif (le mythe). Comme si une terre après avoir été abreuvée de sang et de larmes, se couvrait d’immondices, livrée à elle-même, à ciel ouvert. A quel moment la situation dérape et devient incontrôlable ? A quel moment basculons-nous de l’autre côté du miroir ?
Aucun été n’aura été aussi pathétique et humiliant, que celui de cet été 2015. Certes il y a eu des années très sanglantes et douloureuses et tellement de crises répétées, depuis 95 ans, et surtout depuis 40 ans, de guerres civiles et régionales. Mais le spectacle que nous avons donné cette année, entre vide institutionnel forcé, discours politiques toxiques et éparpillement sauvage des ordures ménagères, nous a renvoyé l’image visuelle et charnelle, d’un pays dégradé, en pleine décomposition.

Aurons-nous une ultime prise de conscience collective, qui nous permettra de reconstruire, notre cadre de vie commune et de reprendre en main notre propre destin ou sommes -nous condamnés à sombrer ?
Il y a clairement au Liban aujourd’hui, l’absence ou la démission de la fonction et de l’image du Père, qui fonde l’autorité, définit le cadre et donne l’identité.

Depuis 95 ans, après la chute de l’empire ottoman, le vénérable patriarche Hoayek a obtenu la reconnaissance internationale et légale, d’une nouvelle entité juridique, culturelle et politique, à la suite de trois siècles et demi d’Emirat du Mont Liban (1516-1842) et plus d’un demi-siècle d’autonomie administrative (1860-1918). Ce pays qui a tellement fait rêver, semble aujourd’hui au bord de l’implosion et de la faillite car il n’a pas su clarifier ses valeurs essentielles, n’a pas résolu ses contradictions profondes, et n’a pas su, ni dialoguer ni se réconcilier, avec lui-même.

Bahjat Rizk