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Si une chose ressort depuis quelques temps, c’est l’impossibilité pour les autorités libanaises d’imposer une décision et de s’y tenir, en raison du dysfonctionnement même de l’exécutif suite aux accords de Taëf.

Si après l’explosion, la classe politique n’a pas réagi, cela implique tout simplement le fait qu’elle a temporisé pour conserver le pouvoir. Précédemment, ses liens quasi-incestueux avec les intérêts économiques ont fait échouer la mise en place des réformes pourtant prévues dans bien des domaines.

Du côté du financement public, les banques, pour lesquelles 43% des actions appartiennent à des personnes politiquement exposées, bénéficiaient de la dette puis des opérations d’ingénierie financière, pour engranger d’importants profits qui étaient généralement redistribués sous forme de dividendes… Rien d’illégal, mis à part le fait que ces hommes politiques endettaient ainsi l’état à leurs bénéfices au sens propre. Il y avait donc conflit d’intérêt.
Par ailleurs, beaucoup d’hommes politiques bénéficient de liens avec la mafia des moteurs et ainsi sabotaient les efforts menés pour amener à une distribution d’électricité 24h sur 24h. Enfin, on peut citer la problématique des sommes détournées dans l’importation de carburants, la mafia des agences exclusives qui doivent être démantelées pour permettre à la population de gagner du pouvoir d’achat, etc… La liste est longue et fastidieuse.

Ainsi, l’une des critiques récurrentes de la communauté internationale au sujet de la crise économique a donc été que les réformes promises lors des conférences Paris I, II et III n’ont jamais été mises en place. Face à la déception du manque de résultat, la communauté internationale est ferme, pas d’argent sans mise en place préalable des réformes économiques. Cela les intérêts contre ces réformes sont prêts même à sacrifier le Liban plutôt que céder et plus on attend et plus la situation sera pire pour la population.

Et pour cause, en réalité, depuis les accords de Taëf, le pouvoir exécutif n’existe pas. Après la fin de la guerre civile, le simple fait que l’occupant syrien possédait les moyens d’imposer ses désiratas a donné une fausse impression.

Le Liban est dans les faits un régime parlementaire sans exécutif, ce qu’ont bien compris les intérêts économiques qui ne se bousculent pas pour obtenir des strapontins ministériels mais des postes au parlement.

La population, en général, ne comprend pas le système politique libanais. Elle ne comprend pas qu’il s’agit d’un régime ou les prérogatives exécutives n’existent pratiquement plus puisqu’elles sont les diluer dans le conseil des ministres et elle ne comprennent pas que la présidence de la république n’a aucun pouvoir à part inaugurer les chrysanthèmes. Pour cela, il suffit de lire la constitution libanaise et les accords de Taëf.

Cependant, les prérogatives autrefois présidentielles ont été diluées au sein du conseil des ministres.

Tout ministre même dans son domaine devra ainsi recourir à un vote pour pouvoir faire adopter un projet. Cela ouvre un espace à la négociation et non à l’action. Et cette action est pourtant nécessaire dans les situations de crise comme par lesquelles le Liban traverse si souvent, qu’elles soient politiques, avec une paralysie institutionnelle, économique en l’absence des réformes nécessaires, etc…

Et ces négociations ouvrent la voie en fin de compte à la corruption où chacun demande en retour certaines faveurs en échange.

Le modèle politique local a réussi ainsi à démocratiser et institutionnaliser la corruption du bas jusqu’au haut de l’échelle. On peut dire que le Liban a innové dans la matière.

Précédemment, on pouvait se contenter d’un seul grand corrompu. Aujourd’hui on a autant plusieurs échelons, allant du plus petit fonctionnaire, au haut fonctionnaire, voire le député et le ministre. Même parfois, pour conclure des affaires, il faut négocier avec des gens qui officiellement ne sont même impliqués dans la vie publique.

La corruption est donc généralisée, et la responsabilité de chacun dans la crise est mitigée.

Ainsi, comme l’explique très bien l’ancien directeur du ministère des finances qui a démissionné il y a peu, Alain Biffani, dans le cadre de l’enquête concernant l’explosion qui s’est produit à l’intérieur du port de Beyrouth et qui a endommagé grande partie de la capitale libanaise, chacun ira à se renvoyer la responsabilité de l’incident. Merci, c’est la responsabilité des autorités portuaires est évoqué, ceci diront qu’ils n’ont plus rien pu faire sans l’aval des douanes, elle est responsable des douanes prétendront également ne rien avoir pu faire en raison du manque décision judiciaire. Tout comme les ministres diront qu’ils ne peuvent rien faire sans décision du conseil des ministres ou encore pour la présidence de la république dira, comme cela est déjà le cas, manquer des prérogatives nécessaires pour ordonner tout simplement.

Ainsi, la crise économique aurait par exemple exigé la prise de décisions immédiates. Certaines sources estiment par exemple que la réglementation du contrôle des capitaux a été votée en 24 heures à Chypre suite à une demande du FMI. Au Liban, alors que les négociations ont débuté dès le mois d’avril, qu’un contrôle informel donc illégal des capitaux a été instaurée dès le mois de novembre 2019, celui-ci n’est toujours pas mis en place de manière professionnelle ouvrant la voie à des détournement de fonds.

L’argent transféré à l’étranger a donc été légalement transféré faute de loi et il est difficile d’en exiger le retour même à titre rétroactif en adoptant une loi contrairement à ce que prétend la nouvelle circulaire de la Banque du Liban. Il s’agit donc d’une mesure esthétique pour répondre et gagner du temps par rapport au mécontentement de la population et non d’une mesure effective.

Les solutions aux crises sont présentes, elles existent, elles sont connues mais aujourd’hui, elles buttent sur les négociations qu’induisent le système politique entre les différents partis et intérêts qui ne sont pas prêts au changement.

Une phrase décrivant la triste réalité de la situation du Liban est celle sortie, hier seulement, par le Ministre des AF français, Jean Yves le Drian:

Les Libanais sont compétents mais qu’ils se phagocytent entre eux pour arriver à un consensus sur l’inaction.

En fin de compte, le Liban est en crise aujourd’hui, des crises multiples. Cependant un dénominateur commun est la paralysie des administrations, par une paralysie de l’exécutif induite par les accords de Taëf.

Pour résoudre les crises, une seule solution au final, les réformes économiques ne suffisent pas. Il s’agit surtout de remodeler le système politique et rééquilibrer les différents pouvoirs.

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