Béchara el Khoury en compagnie de Riad el Solh
Béchara el Khoury en compagnie de Riad el Solh

Depuis 1943, l’année de son indépendance jusqu’à nos jours, le Liban n’a pas connu de longues périodes de stabilité. Il a été balloté de tout temps par des courants contraires et contradictoires dans tous les sens.

Cette instabilité risque à la longue de mener à la disparition de l’âme de ce pays/message comme le qualifiait sa Sainteté feu le Pape Jean-Paul II.

En quoi le Liban est-il un pays/message ? Il l’est par le fait même de la rencontre des religions révélées sur son territoire à savoir les deux plus grandes d’entre elles, les religions chrétiennes et musulmanes. Cette rencontre est une source d’enrichissement et d’interactions qui pourraient servir d’exemple pour résoudre pas mal de problèmes dans un monde où les tiraillements religieux mènent à des crises interminables.

Quelles sont les causes des malheurs du Liban ?
La cause principale et fondamentale des malheurs du Liban, c’est la création de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 qui a entrainé l’exode des Palestiniens vers le Liban et le déséquilibre social et militaire qui s’ensuivit. Pour combattre Israël, les Palestiniens ont créé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) le 28 mai 1964 à Jérusalem. Sous prétexte de vouloir combattre Israël, les Palestiniens armés ont créé un Etat dans l’Etat libanais. Ce mini–Etat palestinien a été détruit par Israël en 1982 et cette destruction a causé aussi la destruction même du Liban. Cette intervention d’Israël a eu pour conséquence l’accord de Taëf pour punir certains chrétiens d’avoir collaboré avec l’ennemi sioniste. Les guerres menées par Israël contre le Liban ne sont pas faites pour faciliter la stabilité du pays des Cèdres.

Sous le prétexte de vouloir protéger le Liban contre d’éventuelles agressions sionistes, le Hezbollah refuse de remettre ses armes à l’Etat libanais. Ce qui entraine un déséquilibre social, politique et militaire entre les différentes composantes de la société libanaise. Si le Hezbollah avait limité sa lutte contre Israël, tout le monde l’aurait compris et l’aurait appuyé. Mais les affrontements qui se sont déroulés principalement entre le 7 et le 14 mai 2008 à Beyrouth et dans plusieurs régions du Liban, y compris au Mont Liban et à la frontière avec la Syrie entre sunnites et chiites et l’intervention militaire du Hezbollah en Syrie ont donné une autre dimension aux armes du parti de Dieu. Ces armes ne servent pas seulement à lutter contre Israël. Elles ont d’autres objectifs pas toujours avoués.

Une autre cause des malheurs du Liban, c’est le comportement des chrétiens en général et des maronites en particulier dans leur exercice de la politique au Liban. En tant que minorité dans cet océan musulman, ils auraient dû faire preuve de plus d’intelligence. Ils avaient tout pour réussir dans leur lourde tâche. Mais les erreurs commises par leurs leaders et les divisions de ces derniers ont causé la marginalisation de leur rôle politique.

Au lieu de servir de traits d’union entre les parties en conflit pour éviter un conflit fratricide entre les sunnites et les chiites, qu’ont-ils fait ? Une partie d’entre eux s’est alliée aux sunnites et l’autre partie aux chiites. Cette division des chrétiens risque d’entrainer la division du Liban en petits morceaux confessionnels où les chrétiens continueront à être divisés entre eux-mêmes pour diriger le petit morceau qui leur sera dévolu.

Une troisième cause des malheurs du Liban, c’est le fait de voir chacune des communautés se tourner vers l’étranger à qui elle demande de la protéger contre les autres communautés. Ce manque de confiance et cette dépendance vis-à-vis de l’étranger ne sont pas faits pour renforcer l’indépendance du Liban. Bien plus, ils permettent aux étrangers de faire du Liban un terrain propice aux guerres qu’ils se font entre eux sur son sol. Les leaders libanais doivent se mettre en tête qu’aucun étranger ne les aide pour leurs beaux yeux. Les étrangers ne les aident que s’ils ont intérêt à les aider.

Une dernière cause des malheurs du Liban est le système politique fondé sur le confessionnalisme. Il permet au clientélisme de s’instaurer. Ce qui entraine des magouilles de toutes sortes. Les gens deviennent prisonniers de leur communauté. Ils permettent à leurs leaders de les mener par le bout du nez. Ces leaders sont sûrs et certains qu’ils ne seront jamais désavoués par leur base.

D’autres causes des malheurs du Liban pourraient être retenues. Ce serait long de les énumérer. Contentons-nous de celles mentionnées plus haut. Que faire pour sortir le Liban du marasme ? Il faudrait changer les mentalités, rétablir la confiance entre les communautés, couper les ponts avec l’étranger, ramasser les armes, fonder un véritable Etat et changer le système politique…Sinon, adieu Liban.

Samy Chaiban,
un maronite de pure souche.