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J’ai mal à la tête tellement je lis. J’ai mal à l’âme à cause des morts. J’ai mal au bulletin de vote de voir les politiques français sont en dessous de tout et surtout j’ai mal au cœur pour mes enfants.

A l’heure ou Edwy Plenel se défend dans le Club de Médiapart avec ardeur pour protéger son livre, mais surtout, le message de son livre contre l’énorme boulette qatarie ( à savoir qu’il est difficile de se prétendre sympathisant de l’islam et d’aller coucher ailleurs en public, hors mariage), il me semble qu’il est sain pour le débat que j’apporte humblement mes éléments de réponses sur le débat qui maintenant , fait même douter Le Monde « Est-on ou non avec Bachar ? ». (Notons au passage que je suis heureuse et fière qu’un travail de fourmi ait pu encourager mon ex employeur vers la voie de l’humour, du réalisme et disons-le tout net, de la sortie du lit des putes, comprenne qui voudra)

Donc un faisceau  de gens outrés incluant : certains révolutionnaires syriens, Edwy (mon ex-chef, ça ne s’oublie pas), Nomados (un lecteur de Médiapart au pedigree bien flou), Peter Harling (un observateur réputé du think tank International Crisis group), le prof d’éco soixante hui tard du lycée de Suresnes et une joyeuse journaliste un peu légère mais brillante dont je tairais le nom car je suis femme, moi aussi.

Tous ces gens-là disent à leur façon la même chose : « Il est strictement impossible de parler à Bachar et surtout de réfléchir à l’accepter dans une équipe « validée à l’international » de redémarrage du pays (dont la taille et même l’existence n’est pas un fait acquis) car c’est « une position philosophique insoutenable ». C’est-à-dire que « qu’il est méchant, il est violent, il est tyrannique, il est un boucher, il est anti démocrate, il est le fils de son père, il est Baath, il torture, il ment, il n’est pas de taille face à la vieille garde de sadiques avec qui il manigance ses horreurs et en plus cet enfoiré total……..ne fait pas ce qu’on lui dit : il veut rester au pouvoir »

« Comprenez nous ! » hurlent les révolutionnaires et Farouk Marwann Bey pleure. (Farouk Marwann Bey est un intellectuel syrien installé en France, qui a fui Hafez, est devenu un grand pote d’Edwy et gère avec talent de la collection Babel chez Actes Sud)

« On ne peut pas , nous français, être pour un tyran ! Tous ceux qui le font devraient avoir honte ! » martèle Nomados

« Le Régime n’a plus rien offrir » déclare Peter Harling, au téléphone à Médiapart

« J’ai trop combattu ce genre de gars pour imaginer de le défendre » me dit le prof du lycée

« Il est méchant car nous autre journaliste devons lutter pour la liberté d’expression et alors là…. fait moi rire ! » glisse entre ses mots ma copine journaliste.

En prime mon contacte privilégié du MAE me répète depuis….5 ans :  « Alors là Adeline j’en reste sans voix. Vous ? Vous vous allez dire qu’il faut s’assoir et parler avec lui ? Vous ? Je suis si-dé-ré….Vous ?????Vous pensez qu’il faut défendre cette position du « dialogue avec le tortureur » ? Vous ? Alors là….j’en reste sans voix » Bon, d’ailleurs il continue de ne pas avoir grand-chose à semble-t-il.

Alors Oui, oui, oui oui , oui et OUI…Voilà

« Tout le monde a gagné » c’est comme  avec Jacques Martin.

Rien n’est faux et vous avez raison, vous tous,  là en face de moi.

Vous avez raison et tout ce que vous dîtes est une opinion respectable et sensée.

Mais….

Mais il y a mes enfants, mais il y a le Liban, mais il y a les chrétiens, mais il y les réfugiés, mais il y la jeunesse française qui a si bien entendu le message…  « anti boucher » (faut dire que c’était l’unisson) qu’elle vole à tire d’ailes (et complètement à côté de la plaque) au secours des orphelins.

 Mais……surtout………. enfin, il y a les morts.

Ça aura pris 5 ans pour que l’on remarque que cette guerre tuait ….tout le monde. C’est-à-dire qu’elle ne tue pas que les malheureuses victimes que l’OSDH nous a pointé d’un doigt toujours très orienté : Cette guerre tue la jeunesse syrienne. Elle bousille la vie et la tête des jeunes. Ces derniers sont énormément représentée (chez les très jeunes)…. par l’armée par exemple. Parce que les pauvres ils n’ont pas le choix eux. Eux sont coincés dans leur caserne, sur leur front (à l’opposé de Farouk qui pourtant, aurait dû y penser)

Eux les jeunes (chez les un peu moins jeunes) sont coincés dans leur tête aussi car ils ont grandis sous la bulle Assadienne. Donc ils ont surtout vu les téléphones portables arriver, la joie des rues (qui n’était pas le propre de l’ère Hafezienne), internet et les joies du surf , les touristes qui débarquent en groupe (là encore, avant c’était pas à ce point), bref eux ils ont vus l’espoir dans un homme jeune, marié à une fille brillante, avec un phrasé séduisant…Pas un vieille momie soviéto-machialvélique autoritaire intouchable comme avait vu leur parents. Bachar se balade dans les rues, va en boite, boit des coups. Discute avec les gens en faisant du shopping avec sa femme. Bachar a des enfants qui ont des notes et sa maman est fière de les montrer aux autres mamans méritantes de Syrie qui s’en esbaudissent sincèrement. Bachar parle anglais superbement. Bachar n’est pas ce salaud de Bassel (l’autre fils de Hafez, celui qui est mort comme James Dean, qui baisait tout ce qui bougeait, conduisait trop vite et se la jouait big boss, Men in Black, avec en prime, package de la mafia. Basel était l’élu d’Hafez pour la succession, ne l’oublions pas). Bachar, non. Bachar a  demandé qu’on retire des rues ,des places, des aéroports, des gares enfin ou on avait toujours mis le portrait du chef…..qu’on retire les portraits de lui….Bref il est psychologiquement impossible, pour large tranche d’âge, de voir que le front du tyran perce sous le masque trop cool de ce gars-là. Car ce gars-là, ce Bachar, est, en soi, une révolution pour un pays  d’obscurantisme ? C’est-à-dire un pays où l’ordinaire des cris,  c’est que l’on meurt sous la torture, le silence c’est la disparition ou la fameuse injonction : « walla kellme ! » (« Sans un mot !» que s’empressent de dire n’importe quel chefaillons de n’importe quelle unité de police de n’importe quel groupes de surveillance de n’importe quel quartier, de n’importe quelle région de n’importe quelle administration de n’importe quelle « grandes familles »…bref …..le « ta gueule ! » de routine qui était tellement l’habitude que  l’on en est complètement conditionné : l’on murmure, on se tait, on « s’en mêle pas », on efface de son esprit….)

Bref, tous gens de moins de 40 ans ils ont connu en gros de 25 ans à maintenant un genre de big bang et leurs parents ont trouvés qu’ils avaient bien du bol et que leur vie, même encore silencieuse même encore méfiante était plus  belle que la leur. Cette tranche d’age de 40 ans actuellement, d’ailleurs, a pu monter leur entreprise car il y avait enfin un système bancaire qui commençait à faire moins blague, il y avait des projets, des immeubles en construction. Les mamans (et en pays arabe, les mamans sont les mamans sont comme les mamans de pays sémites) qui ont toujours eu un statut essentiel, pensent que ce petit gars est aussi laïc que son père donc va les protéger des délires islamistes et qu’en plus il a l’air « plus en phase » avec leurs fils, avec l’époque, avec le modernisme…

Donc de ceux-là, de ces moins de 40 ans et quadralà….. il reste quoi ? Des cimetières, des pleurs, des refugiés, des gars qui étaient plutôt calmes mais qui se sont radicalisés car dans leur tête il fallait quand même un chef et que si on dit qu’on retire Bachar, on va mettre Dieu en chef de tout,  en obéissant à la logique de papa et en étant fort en colère. Par contre ils ne sont  pas très au point pour tenir tête mentalement aux islamistes, niveau « éléments de langage musulman », pour ne pas être manipulés à gogo, parce que la logique de papa contre les islamistes, c’était la bombe. Dieu sait que l’on a reproché à Hafez d’avoir bombardé Hama, je ne vous apprends rien.

Les chrétiens eux, ils ont vite pigés que Bachar ne mentait pas quand il disait qu’il représentait leur sécurité. C’était vrai. Ils se sont faits choper à Maaloula par les « révolutionnaires modérés », comme beaucoup plus tard les yésidis (autre minorité mais chiite ce coup-ci) se sont faits choper par « les révolutionnaires pas modérés ». En plus les chrétiens ils sont très en contact avec « lexemple libanais » et on admettra que « l’exemple libanais », c’est surtout la diaspora, puis le fric et enfin l’éducation. Bachar, comme Hafez, a exigé le maintien de l’éducation pour tous. (même face aux bédouins et je pense que Monsieur M. Altrad, dont vous pouvez lire le livre bouleversant l’expliquerait mieux que moi)

Et les révolutionnaires « modérés » comme les rebelles« pas modérés » , ne pensent qu’à supprimer et manipuler l’éducation. C’est une de leurs multiples erreurs mais ils n’ont fait que des erreurs. Des erreurs qui tuent. Bref des monstres eux aussi. Des qui veulent tous être calife à la place du calife. Des qui s’en foutent de vendre leur âme aux islamistes (ce que leur a très vite reproché Randa Kassis par exemple, mais il faut croire que zigouiller la parole des femmes est souvent le première acte révolutionnaire, islamiste ou pas, où que ce soit)

Alors que l’opposition ne vienne pas pleurer maintenant et que Farouk reconnaisse que cette opposition ne tenait pas la route et que c’était prévisible. Le peuple n’était pas psychologiquement prêt, les chefs n’ont pas cessés de s’engueuler (que Nomados se souviennent de Genève 1, 2, 3, 4, 5- , 85, 94, 123….), les révolutionnaires  n’ont rien offert ni comme programme cohérent ni comme mieux être (que Peter Harling me pardonne mais ce sont des pays pour l’instant où les politiques , en poste ou postulant, se foutent complètement du mieux-être des humbles), et ont quand même tué (drame chez nous) Gilles Jacquier (ce qui fait que ma copine journaliste s’est rendu compte que la liberté d’expression était un truc qui demandait au moins de parler arabe en pays arabe). En plus ils l’ont joués super mega chef, quasiment pire que le calife en place et maintenant le prof du lycée de Suresnes se dit que là, il y a aussi quelque chose qui cloche parce que pour lui sous les pavés, il voyait la plage et pas des icebergs. A sa décharge, l’info a mis longtemps à lui parvenir.

Et puis enfin Edwy, regardez-moi bien dans les yeux, pour une fois.

Dîtes moi qu’il y aurait, juste UN seul pays au monde qui ne pratique pas la torture ????  Dites-moi que les partisans des bonnes guerres et non des mauvaises paix n’utilisent pas la propagande, la ruse, les armes chimiques, la drague de salopard, le laisser aller d’ « éléments utiles même si nocifs », la dissuasion, l’intimidation ???? Dites le moi Edwy.

Dites le moi parce que quand vous êtes allé serrer la main de Tarik Ramadan, j’ai été de celle qui ont dit « il fait fort le mec, il m’épate », rassurez  moi parce que mon âme est dans la presse et non dans le militantisme,  expliquez-moi parce que vous voyez bien que je reste vague sur la boulette du Qatar alors que ….bon (on va pas repartir pour deux heures de texte, souvenons-nous des lois de la presse mais je le ferais si vous le souhaitez).

 PROPOSEZ MOI UNE SOLUTION POUR LA SYRIE au lieu de vous obstiner dans le camp des « position philosophique insoutenable ».

 L’urgence c’est de changer notre façon de penser. En tout et pour tout mais encore plus et surtout face au monde arabe….et vous le savez Edwy. Je sais que vous êtes un homme capable de ça. Vous savez que le pays des Droits de l’Homme a des intellectuels capables de ça. Vous savez que le prochain chef que l’on risque de se taper pour la France, vous détestera et donc, QU’ENFIN vous allez retrouver votre place, celle de contre-pouvoir sain dans une démocratie pour laquelle, comme vous, je suis très inquiète.

Réfléchissez-y Edwy. Je vous le demande en étant moi, c’est tout. S’il vous plait.

Ne faites pas comme Antoine Perraud qui m’a répondu il y a …. 4 ans (C’était il y a ….combien de morts ?) des conneries insultantes, insensées et surtout…ya haram : fausses.

Les faits sont là, les faits sont catastrophiques et nous vivons un tournant de l’Histoire. Il faut quitter les postures, bien garder sa tête sur ses épaules (j’aimerais être drôle) et voir, pour reprendre le si joli titre de notre ami Dominique Vidal, où sont « Les clés su proche Orient ».

Vous êtes l’un de ceux qui triturent ces clés dans sa poche alors, continuez d’essayer intelligemment toutes portes. Et si l’une d’entre elle passe par accepter l’idée d’aller faire un tour pour parler dans le Palais de Damas, mais ……Merde……faite la couleuvre……faite le poisson,….faite comme avec Tapie (je me souviendrais toujours de cette conférence de rédaction, pardon au lecteur qui ne peut pas comprendre) , considérez qu’il n’est pas éternel, mais qu’il est là, juste maintenant UTILE AU RETOUR AU CALME donc UTILE AU FUTUR.

Parlez en encore s’il vous plaît avec votre ami Farouk, qui, entre deux larmes, pourrait commencer à redevenir un mentor utile à mes enfants franco-syriens.

Mah sallam à vous , chers lecteurs.

Et évidemment en plus,  Ramadan Karim à mes amis musulmans.

J’écris sur la Syrie depuis 5 ans et mon premier papier est en cliquant là (après suivez les liens). Si vous désirez un lien vers un papier précis, dîtes le moi en commentaire.

Adeline Chenon Ramlat

2 COMMENTAIRES

  1. Je partage votre cri de coeur et de courage.
    Mais la raison n’est plus dans la région et dans le monde.
    Alors, tout le monde participe à l’horreur de détruire la Syrie indestructible car éternelle.
    Et alors tout le monde se donne les raisons qu’il veut bien se donner dans cette entreprise dévastatrice.

    Ahmed (de Tunisie)

  2. Bonjour,

    Votre intéressant texte
    gagnerait à être moins allusif… Quelle est cette boulette qatarie ? De quel épisode s’agit-il quant à Tapie ?….

    Vous semblez tenir Edwy Plenel en haute estime et en faire une autorité morale… Vous faites erreur, la violence de sa psychorigidité, sa stratégie de manipulation de l’information,sa pratique du silence sur les dégâts que causent ses amis et du plein phare sur les fautes vénielles de ses ennemis qui sont à vouer aux gémonies, tout cela me donne la nausée et plus que ça. Ce personnage vain et fanatique ne mérite pas autant d’énergie à vouloir le convaincre, car sur la Syrie, son parti est pris, il n’est pas question de Bachar el-Assad, il hait tout simplement, il hait ceux qu’il a désigné au camp des exécrables, car son but est de régler d’obscures comptes personnels :faire la peau de l’ «autre» présumé infect, et tous les moyens sont bons. Il incarne un totalitarisme nouveau d’uneviolence inouïe.

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