Les élections législatives ont eu lieu : même loi électorale, même grands blocs parlementaires, même Président du Parlement et même Premier ministre.

Les listes électorales du tandem chiite ont raflé les 27 sièges dévolus à la communauté chiite. Le Parti socialiste progressiste a conservé et même accentué son emprise sur la communauté druze. En effet, deux candidats druzes issus de la contestation ont pu être élus sur les 8 auxquels a droit la communauté dont l’un au détriment de Talal Arslane, le rival historique. Le Courant patriotique libre a reculé et le parti des Forces libanaises a gagné des sièges mais ensemble, ils conservent quasiment la même proportion au Parlement. Seuls six candidats chrétiens issus de la contestation ont pu être élus sur les 64 auxquels a droit la communauté. Le Courant du Futur n’a pas participé aux élections législatives mais seuls cinq candidats sunnites issus de la contestation ont pu être élus sur les 27 auxquels a droit la communauté sunnite.

La majorité des Libanais ont boycotté ces élections, certains des votants ont glissé un vote blanc ou nul. Cette loi électorale permet aux chrétiens d’élire plus de députés que la loi électorale de 2000 ou celle de 1960 réadaptée après l’accord de Doha en 2008. Certes. Mais, elle verrouille le système en faveur de ces grands blocs parlementaires. Nabih Berri a été élu Président du Parlement car les listes électorales du tandem chiite ont raflé tous les sièges de la communauté chiite à qui est dévolu ce poste qui ne peut revenir qu’à un député. Najib Mikati s’est assuré 54 votes principalement grâce à une majorité des députés sunnites ainsi qu’aux deux blocs parlementaires du tandem chiite à qui il se sent donc redevable et va leur donner une nouvelle fois très puissant poste de ministre des Finances.

La bataille n’aura lieu que pour la Présidence de la République, la plus faible des trois présidences et la seule dévolue aux chrétiens, les seuls à être très divisés.

Contrairement à la dernière présidentielle, il n’y aura pas d’entente entre le Courant patriotique libre et le parti des Forces libanaises. Leurs blocs ont quasiment la même taille. Leurs chefs n’auront pas la majorité des voix des députés chrétiens. Sauf à ce que les autres députés, essentiellement musulmans, s’entendent sur un autre nom ou à ce que les chefs de ces deux partis s’entendent sur un autre nom, il est fort probable que la Présidence de la République reste vacante pour un certain temps. Le 17 octobre 2019 aurait alors débouché uniquement sur un vide à la Présidence de la République dévolue aux chrétiens. 

Au moment de l’élection de Michel Aoun à la Présidence de la République, le Président du Parlement Nabih Berri avait promis qu’il l’empêcherait d’appliquer son discours d’investiture. Malgré le fait que le parti qu’il a fondé avait à sa disposition le plus grand bloc parlementaire et la majorité des ministres chrétiens, le Président Aoun a échoué car il n’a pas pu surmonter quatre défis : – il n’y a pas eu de gouvernement durant la moitié de son mandat ; – en participant aux gouvernements successifs et en y contrôlant le poste de ministre des Finances, Nabih Berri lui a livré une bataille de « l’intérieur », appuyé très souvent par Walid Joumblatt mais aussi Sleiman Frangié et Samir Geagea (pendant la première partie du mandat) voire même Saad Hariri ou Najib Mikati ; – la Constitution ne donne au Président de la République que deux prérogatives : former le gouvernement en partenariat avec le Premier ministre désigné et convoquer et diriger le Conseil suprême de la Défense ; et, – la crise financière et son impact économique.

En réalité, l’accord de Taëf a paralysé les institutions libanaises. Ces dernières ont semblé fonctionner un temps mais c’est uniquement parce que la Syrie décidait des nominations, pas les Libanais. L’accord de Taëf a en réalité créé un système collégial avec une troïka officielle (Président de la République, Premier ministre et Président du Parlement) mais de fait une dizaine de présidents (si l’on compte le ministre des Finances, le procureur général près la Cour de cassation, le gouverneur de la Banque Centrale, le secrétaire général du Hezbollah, les chefs des principaux partis et les chefs religieux). Depuis la fin de la guerre, il n’y a pas eu de véritable réveil populaire. Les deux révolutions, celle de 2005 et celle de 2019, ont été matées grâce à une loi électorale. Le peuple libanais est resté comme immobile, paralysé, amorphe, léthargique… Le « parti des banques » lui a retiré sa dignité en lui dérobant son épargne mais il ne s’est pas révolté. Pire, une bonne partie des Libanais semblent se complaire à être devenus des assistés des Libanais de l’étranger et misent exclusivement sur des aides du Fonds monétaire international et des pays du Golfe. On sent un véritable renoncement. Est-ce le Liban qu’on veut ? Mais où est donc passé le génie libanais ? Où est donc ce peuple travailleur capable de « think out of the box », c’est-à-dire de penser sans idées préconçues et d’examiner toutes les possibilités pour créer des projets, des affaires, des solutions ?

Je refuse qu’un peuple qui a été massacré, qui a souffert la famine, qui a refusé d’être jeté à la mer, qui a résisté contre l’occupation, renonce maintenant. Je refuse que mon pays soit livré à des assistés libanais et à des réfugiés étrangers devenus travailleurs économiques.

Politiquement, il faut peut-être intégrer les partis existants et réaliser des révolutions de l’intérieur. Peut-être qu’il faut voter massivement aux élections municipales et réaliser le changement localement. L’ancien ministre Sélim Jahel voulait transformer le Liban. Pour cela, il avait prôné un coup de force de Bachir Gemayel pour prendre la tête du pays et non son élection par le Parlement comme Président de la République. Il est très important de comprendre pourquoi il militait pour un coup de force plutôt que l’élection par ce Parlement élu dix ans plus tôt. Il expliquait cela en avançant deux raisons. Premièrement, se soumettre à ce processus prévu par la Constitution obligerait, selon lui, Bachir Gemayel à composer et donc à se compromettre. Il voulait que Bachir Gemayel sorte le Liban et les Libanais de l’engrenage et non y entrer lui-même et avoir toutes les difficultés d’en sortir. Bachir Gemayel a été tué avant de prendre fonction. Deuxièmement, seule la force, selon lui, peut libérer les Libanais de la pensée ottomane qui les opprime et qui empêche l’unification et le développement du Liban et l’édification d’un État fort et moderne. D’après lui, la démocratie associée à la pensée ottomane ne peut que conserver le féodalisme, l’anarchie, les allégeances étrangères et le système « ploutocratique » (c’est-à-dire un système dans lequel seuls les plus riches peuvent remporter les élections législatives) aux mains de la même « polyarchie » de factions politico-confessionnelles qui, par essence, n’est pas orientée vers l’action en faveur du développement économique du Liban et l’édification d’un État fort et moderne mais vers le maintien des équilibres et de ses intérêts.

Il faut soutenir la Justice qui cherche à démanteler la mafia politico-financière à commencer par l’arrestation du gouverneur de la Banque Centrale qui se croit au-dessus des lois et qui, dans les faits, est plus puissant que n’importe quel Président de la République depuis l’accord de Taëf. Il faut soutenir l’armée pour qu’elle soit la seule à défendre notre territoire national et à y être armée. Pour cela, il faut développer notre sentiment national et patriotique et le place au-dessus de nos réflexes partisans, claniques ou communautaires.

Economiquement, il y a tant de choses à faire, à tenter, à réaliser… Oui il y a des obstacles et des difficultés mais où est passé ce peuple entrepreneur ? Pendant trente ans, le « parti des banques » a fait croire aux Libanais qu’ils étaient des rentiers. C’était un mensonge. Vous n’avez pas d’argent donc vous ne pouvez rien faire ? Il n’y aura pas d’argent sans projet, sans idée, sans affaire, sans solution. Imaginez un projet, une idée, une affaire, une solution et l’argent se trouvera. L’argent n’ira pas là où il n’y a pas de projet, d’idée, de solution… Réveillez-vous ! Retroussez vos manches, faites marcher vos cervelles et bougez-vous ! Il n’y a aucune honte d’être un paysan. Le monde vit une crise alimentaire. Nous avons besoin de paysans. Il n’y a aucune honte d’être un ouvrier. La Chine est la plus grande usine du monde et en est sa seconde puissance économique. A coup de pétrodollars, les monarchies du Golfe ont construit des oasis dans leurs déserts qui attirent les investissements étrangers et les expatriés. Le Liban n’a pas de pétrodollars et un monarque absolu qui va imposer un tel développement économique. Toutefois, il a quelque chose que ces monarchies n’ont pas et n’auront jamais car ça ne s’achète pas : l’impressionnant paradis artificiel qu’elles ont bâti n’a pas d’âme. Le Liban a une âme, une civilisation, une culture, une histoire et un génie qui doivent lui permettre de rebondir, de se réinventer et d’innover. La diversité libanaise est un frein ? Faisons-en un accélérateur. L’Occident n’est plus homogène, la Russie est multiethnique et multiconfessionnelle et la Chine Populaire est rappelée au bon souvenir de sa promesse de faire coexister 56 ethnies. Les entreprises du pays au sud du Liban sont, avec les sociétés américaines et canadiennes, les plus présentes sur le Nasdaq pour le digital et les nouvelles technologies. Sommes-nous moins intelligents ? Je ne le pense pas ! Redevenons ce que nos ancêtres étaient et ce que nous sommes : un peuple fier, un peuple entrepreneur, un peuple qui innove, crée et bâtit, un peuple qui croit en son avenir sous la main de Dieu qui ne l’a jamais abandonné.

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Né à Baabda (Liban) en 1960, Najib Fayad est diplômé d’un MBA du Centre supérieur d’Études Commerciales-Institut Supérieur des Études Commerciales CEC-ISEC (connu sous le nom de "Centre belge") et de la faculté des affaires et des sciences commerciales de l’Université du Saint-Esprit de Kaslik (USEK). Lorsque la guerre éclate en 1975, il rejoint le Tanzim pour défendre le Liban. Les combattants de cette organisation sont alors entraînés par des officiers de l’armée. Il adhère aux idées de Charles Malek, Said Akl, Alfred Murr et May Murr, de l’Ordre libanais maronite de l’abbé Charbel Kassis et de la Ligue maronite de Chaker Abou Sleiman. Il est alors en charge de défendre le front sur la ligne de démarcation au niveau du Musée National, Badaro et Furn el-Chebak. Surnommé “Bull” par les “chabeb” (jeunes combattants), il participe aussi aux batailles de Tell el-Zaatar et Zahlé. Il est l’un des premiers à rejoindre les Forces libanaises (FL). Après la bataille de Zahlé, il devient le directeur du Groupe Gamma qu’il transforme alors en un véritable think-tank (le premier du Liban) et gouvernement de spécialistes et de l’ombre qui rédige le projet présidentiel de Bachir Gemayel (« État de l’an 2000 ») dans tous les domaines : politique, économique, financier, etc. Aux côtés de l’ancien chef des FL Fouad Abou Nader, de Massoud Achkar, du Bureau central de coordination nationale (BCCN) - fondé par le Tanzim et du capitaine Boutros Yammine (martyr du 13 octobre 1990), il participe aux manifestations à Baabda soutenant le cabinet militaire dirigé par le général Michel Aoun contre l’accord de Taëf et l’occupation syrienne. Il fait carrière dans l’industrie du jouet, d’abord au Liban puis à la tête de la stratégie internationale de sociétés américaines, britanniques et surtout françaises ainsi que leur développement en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique, n’hésitant pas à entrer sur les marchés russe et chinois avant leurs ouvertures et remportant ainsi de grands succès ayant fait sa renommée internationale dans l’industrie. Il passe la moitié de son temps à parcourir le monde. Il a été décoré de l’Audace Créatrice par le Président français Jacques Chirac et remporte régulièrement le prix annuel du jouet français.