Un documentaire que nous ne pouvons que vous conseiller, It’s All Lebanon, un film de Wissam Charaf apporte une vision au combien réaliste de la période qui s’est écoulée depuis la fin de la guerre civile. Vivait-on réellement la Paix ou étions-nous dans un coma, s’est-on réconcilié entre Libanais, ou vivions-nous dans l’inconscience et dans le moment immédiat au lieu de nous atteler à la construction d’un avenir commun, d’un avenir libanais. Ce film apporte des éléments de réponses à ces questions que nous ne voulions pas aborder jusqu’à présent.

A voir donc, et à méditer surtout dans les circonstances actuelles que traverse le Pays des Cèdres.

Libnanews

Synopsis

Apres les 17 ans de guerre civile, les chrétiens, les musulmans, l’invasion israélienne, l’occupation syrienne, la cause palestinienne, les 200 000 morts, on a cru que c’était fini. Pour nous, les survivants, la fin de la guerre signifiait le début de la paix .

Ce film essaie de retracer, depuis la fin de la guerre civile libanaise,  l’itinéraire d’un pays non-réconcilié, ou la guerre n’a jamais réellement cessé, à travers l’imagerie des principaux protagonistes et frères ennemis de l’après-guerre .

Comment se côtoient la pop et la propagande, pourquoi Beyrouth est-elle devenue la capitale du gain et des jeux du monde arabe, pour le meilleur et pour le pire ? Icônes de pin-ups ou icônes de héros guerriers? Icônes de la reconstruction et de l’argent ou icônes de la résistance et de la guerre « jusqu’à la libération de Jérusalem » ?

Et surtout, pourquoi, 20 ans après la fin de la guerre, ne sommes-nous toujours pas arrivés à construire une nation ?

Note d’intention

“Nous sommes a Beyrouth une atmosphère de fête permanente. On dirait que cette ville est en paix, que tous ses habitants se sont réconciliés, que la guerre est finie.

Pourtant il n’en est rien. Cette ville est au coeur de toutes les différences, de toutes les rancoeurs. Il suffit d’allumer la télévision. Depuis la fin de la guerre civile, voici ce que je vois. “

Il y a une ligne très ténue entre pop et propagande. A quel moment la musique populaire devient-elle de la propagande pour le mode de vie qu’elle montre, et à quel moment la propagande, à force d’être assénée sans fin, devient-elle de la musique populaire et partie intégrante de la culture de son public ?

Au Liban, la guerre et la paix cohabitent, d’une façon quasi-incestueuse, dans ce petit pays, le Liban, le pays des icônes du monde arabe. D’un coté, les stars de la pop qui ont conquis les coeurs et les esprits d’une nation entière, du Golfe à l’Océan Atlantique. Chaque seconde, chaque jour, vous les verrez sur l’une des nombreuses chaînes satellites arabes, vantant l’amour et la passion, se mettant en scène dans des vidéo clips de plus en plus ambitieux, véritables représentations de la libido arabe.

Et de l’autre coté, dans ce meme pays, d’autres stars ont fait leur apparition. Ces stars s’appellent Hassan Nasrallah, Rafic Hariri, la Résistance, le martyre. Des chansons, des clips, des concerts les célébrant, de leur vivant ou de façon posthume, ont atteint une importance comparable à celle des vidéo clips de pop dans la culture d’images populaire. Des images belliqueuses, mélange d’agressivité et de tristesse, une musique de propagande, au service des différentes causes politiques.

Ce sont bel et bien des univers parallèles, reflets de la division, et non pas de la diversité, comme certains pourraient le montrer

Je souhaiterais comprendre comment toutes ces icones se côtoient, pourquoi Beyrouth est devenue la capitale du gain et des jeux des masses populaires du monde arabe. Icônes pin-ups  ou icônes de héros guerriers? Icônes de la reconstruction et de l’argent ou icônes de la résistance et de la guerre jusqu’à la libération de Jérusalem ?

Ce film est basé sur le regard du spectateur. Il n’a plus le sens de la réalité. Sa vie est devenue un video-clip. Hébété, il zappe sans fin devant son poste de télévision ?

Pourquoi ce média ? Parce qu’au Liban, la télévision est devenue le miroir de notre division. Si en Europe, les chaines, lisses et calibrées sont devenues des machines à endormir qui ronronnent doucement, les télés libanaises, elles, se sont muées en machines de mobilisation féroce. Il n’y a plus d’objectivité, plus d’éthique, plus de neutralité. Une télé pour chaque parti politique, pour chaque point de vue, pour chaque coin de rue…

Ce n’est pas une étude exhaustive de tous les points de vue au Liban. Leur nombre et leur diversité serait impossible à expliquer dans un même film. J’ai choisi de traiter les deux points de vue ou les deux cultures qui sont dominantes  depuis la fin de la guerre civile celle de Hariri et celle du Hezbollah. L’une basée sur l’argent et la fortune sans limites et l’autre basée sur la guerre perpétuelle contre Israël « Jusqu’à la libération de Jérusalem ». Mais l’argent n’est-il pas le nerf de la guerre ?

Ce film essaie de retracer, sur 20 ans, l’itinéraire d’un pays maudit. Un monstre de béton bâti sur des fondations en roseaux. Une créature qui tremble, qui n’arrête pas de trembler…et pendant ce temps, que font les gens ? Ils dansent. Ils vivent dans l’instant, ils ne vivent pas pour demain. Car demain sera peut-être leur dernier jour de paix.

Aujourd’hui, avec le succès des révolutions en Tunisie, en Egypte, de cette vague de contestation démocratique qui secoue le monde arabe, on ne peut que s’interroger sur le cas du Liban. Pourquoi ce pays, historiquement à la pointe de toutes les contestations, de toutes les causes et luttes politiques du Monde Arabe, est resté a l’écart de la Révolution, pourquoi les libanais n’arrivent pas à oublier leurs différences, à franchir le fossé idéologique qui les sépare, à s’entendre sur un projet commun, une nation, alors que la région va vers un bouleversement sans précédent.

Le réalisateur

Né à Beyrouth en 1973, Wissam Charaf est réalisateur, cameraman et journaliste. Installé à Paris depuis 1998, il collabore en tant que monteur et cameraman de reportage indépendant avec la chaine franco-allemande ARTE. Il a, depuis, couvert diverses zones de conflit comme le Liban, le Proche-Orient, l’Afghanistan, Haïti, le Darfour ou la Corée du Nord. Il a collaboré aux émissions : ARTE Info, ARTE Reportages, Tracks, Metropolis, Envoyé spécial. Il a réalisé trois courts-métrages : « Hizz Ya Wizz », “Un héros ne meurt jamais” et “L’armée des fourmis”’, en compétition au festival de Locarno, prix du Jury au Festival du film de Lunel.

Aujourd’hui, il vient de finir “It’s all in Lebanon”, un documentaire sur la musique pop et la propagande militaire au Liban, et écrit le scénario de son premier long-métrage de fiction “Back to the jungle”.