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Aujourd’hui est un jour ou on risque d’assister à ce qu’on attendait depuis de nombreuses années. On risque d’assister à une révolution pour l’Etat et non contre l’état, on risque d’assister à une révolution contre le système mafieux qui a gangréné l’état et pour la construction d’un état cohérent et respectueux des droits des situations, des droits les plus basiques, à la sécurité par exemple et non à l’insécurité et la menace d’hommes de main liés à des hommes politiques ou d’affaire, souvenez-vous de l’affaire Tamim, souvenez vous du manque d’électricité, d’eau et souvenez vous des billets passés à l’administration publique à chaque fois que vous devez effectuer des formalités.

Al Chaab Yourid Iskat al Nizam al Mafia mais souhaite l’Etat et il a le droit et le devoir de défendre l’état face aux abus dont il a été témoin durant des années et pour l’amélioration des systèmes étatiques, avec une réforme en profondeur. On a un système ingouvernable sans influences étrangères, on doit réformer le système politique pour que l’Etat soit l’inspiration du peuple et non l’inspiration de demandes étrangères.
Un travail en profondeur débute aujourd’hui , il s’agit de nettoyer les écuries d’Augias d’une crasse accumulée depuis des années, mais le travail en vaut la chandelle.

Au Liban, à la lumière de la crise qui secoue actuellement le pays des Cèdres, on constate que de nombreux observateurs étrangers décrivent le système politique comme étant archaïque, sclérosé, confessionnel, sectaire … menant même le World Economic Forum à conclure que les administrations libanaises sont au 4ème rang mondial des systèmes étatiques les moins efficaces. Un système qui n’évolue pas, qui ne se développe pas, un système préhistorique où les dinosaures de la politique et leurs héritiers continuent à faire la loi au détriment de la loi, à régner. Hors, un système qui n’évolue pas est un système condamné et l’évolution est la clé de la survie face aux nouveaux changements qui s’annoncent.

Un système évacue normalement les tensions socio-économiques soit par des élections soit par des troubles. A défaut d’élections organisées, il y a 2 ans, on a aujourd’hui des troubles, mais il n’est pas trop tard. Le système politique libanais est délégitimisé suite à l’échec à organiser des élections parlementaires depuis 2 ans et l’élection d’un nouveau président ne suffira plus en l’absence d’un nouveau parlement préalablement élu. Un tel scénario aboutira à une fonction présidentielle décrédibilisée pour les 6 années qui viennent et les tensions s’accumuleront encore jusqu’à ce que le système explose à nouveau. La question donc des réformes politiques, sociales et économiques est cruciale et la presse étrangère, notamment américaine ne s’y trompe pas.

Mais est-ce que les politiciens locaux et au-delà le système mafieux qui gravite autour de l’état s’en sont rendus compte et compte-il avoir la volonté de réformer ce système, chose que ces mêmes politiques – pour des intérêts divers mais souvent intéressés – ont totalement refusé ces 10 dernières années. Rien n’est moins certain et dans ce jeu, également le président n’a aucune prérogative constitutionnelle pour devenir soupape de sécurité et sauver la situation. 

Le système est archaïque, même en cas de réussite dans l’organisation d’élections parlementaires, on ne peut être certain que sur le terrain plus éloigné, notamment dans les régions périphériques, les votes n’iraient pas aux féodaux ou aux mafieux locaux. Un parlement libéré est une utopie, certes réalisable mais une utopie tout de même en raison de nombreuses difficultés à mettre en place une alternative à la classe politique traditionnelle même déconnectée des difficultés quotidiennes. En d’autres termes, est-ce que la révolution sociale sera limitée aux grandes villes et à leurs élites sociales ou aussi aux campagnes alentours qui détiennent une large part, sinon une majorité à la chambre. Comment à ce moment là et dans quelles mesures peut-on réformer le système électoral préalablement aux élections?

Les manifestants manifestent contre un système politique mais se trompent aussi d’une certaine manière aussi de cible:
C’est un système mafieux qui a prospéré sur les hommes politiques, les ministres n’étant que des strapontins généralement nommés par des partis pour voter en conseil des ministres et non des ministres d’action qui s’intéressent en réalité à leurs fonctions. La réalité du pouvoir des ministères, au Liban, est dans les mains de hauts-fonctionnaires, quasiment inamovibles depuis 1993, soit depuis 22 ans, souvent même en conflit avec les ministres eux-même comme on a pu le voir ces dernières années au ministère des télécoms ou au ministère de l’intérieur même. Les ministres vont, eux restent, le système ne bouge pas, n’évolue pas, se fige, et ils en sont responsables. Souvent, ces hommes pas vraiment d’état mais d’intérêts, sont liés aux mafias économiques qui bloquent les réformes nécessaires à la bonne marche du Pays.
Il faut faire la révolution pour l’Etat et non contre l’Etat, pour les institutions et non contre les institutions. 

Il faut donc viser la chute du régime des mafias pour renforcer celui de l’état. Il y a un défouloir qui vise les hommes politiques et non les cartels économiques qui empêchent toute réforme et qui ont paralysé l’ascenseur social provoquant l’exil de la matière grise hors du pays. Cela est une erreur qui est actuellement en voie d’être corrigée:
Peut-être que les manifestants, avant même de réclamer la démission du Gouvernement ou des Parlementaires, devraient réclamer la démission des responsables eux-même qui nous ont amené à la situation à laquelle nous nous trouvons actuellement. 

Ce vendredi 28 août, le mouvement #Youstink, prenant peut-être conscience de ces écueils a fini par faire un grand pas vers une révolution sociale:
Les manifestants du collectif ‪#‎Youstink‬, désormais liés à d’autres organisations, elles-mêmes issues de la société civile et qui ont l’exéprience souvent de terrain nécessaire non pas seulement au diagnostic, à l’analyse mais aussi au conseil de ce qui devrait être fait, ont formulé un programme social avec des demandes claires: non seulement s’occuper des ordures mais réformer l’état en profondeur tant au niveau structurel mais également au niveau des services que l’état est pourtant dans l’obligation d’offrir aux citoyens et pour lesquels le Liban manque cependant à son devoir. Services basiques, santé, eau, électricité, état de droit, un coup de pied dans la fourmilière de la mafia qui contrôle en réalité l’état qui nous prive de ces services essentiels pour ses intérêts. La politique est une chose, il faut aussi rechercher les vrais responsables de cette crise, ce système à l’intérieur de l’état qui comme un cancer détruit l’état au profit des mafias. Il faut rendre les hauts fonctionnaires responsables de leurs actes, qu’ils soient redevables du Peuple pour servir le peuple et non des intérêts privés.

Mais surtout, ils arrivent au constat qu’on a pu faire depuis longtemps: Nous vivons dans un système illégitime, un système à rebooter. La seule manière de rebooter un tel système n’est pas d’élire un nouveau président mais de commencer par la base démocratique elle-même, un retour au vote du peuple pour élire ses représentants. Nous sommes dans une République Parlementaire et non Présidentielle, la Légitimité de l’Etat vient du Parlement et non de la fonction suprême dépouillée d’ailleurs de toutes ses prérogatives depuis des années.

Faute de faire ces réformes nécessaires, ce n’est pas à force d’expédiants pour traiter les symptômes qu’on fini par traiter les causes profondes. 

Des révolutions ont eu lieu dans de nombreux pays pour beaucoup moins de raisons qu’on en a au Liban, la résilience de la société par rapport aux besoins primordiaux est étonnante mais la cause en est la rigidité du régime politique en lui-même via des mécanismes constitutionnels plus proches d’une dictature parlementaire qu’autre chose et ne permettant pas l’appel au peuple, une dictature liée à ces organisations constituées d’intérêts privés.

Le problème est qu’à force d’accumuler les tensions, il faudra bien un jour les évacuer ou s’attendre à une explosion. C’est à quoi on assiste aujourd’hui et on ne peut que regretter que cette prise de conscience ne soit que si tardive: où on évolue aujourd’hui en réformant le Liban, où cela sera le chaos. 

François el Bacha