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Le 10 novembre 2020, la ministre de la Justice Marie-Claude Najm était l’invitée du journaliste Mario Abboud et de son programme « Sawt el-Nass » (la voix du Peuple) sur l’antenne de « Sawt Beyrouth International ».

La ministre de la Justice, désignée à ce poste par le Courant patriotique libre (CPL), a dénoncé la « kleptocratie » en accusant nommément la Commission parlementaire des Finances et du Budget, le président de celle-ci Ibrahim Kanaan (député CPL) – qui a rejeté les propos de Marie-Claude Najm –, le ministre des Finances Ghazi Wazni (relevant du Président du Parlement Nabih Berri chef du mouvement Amal), le conseiller de Nabih Berri et ancien ministre des Finances Ali Hassan Khalil (député Amal), le vice-président du Parlement Elie Ferzli et le gouverneur de la Banque du Liban (BDL) Riad Salamé de faire obstruction au « forensic audit » (audit juri-comptable) de la BDL – condition du Fonds monétaire international (FMI), demande du Président de la République Michel Aoun et revendication des manifestants –, après avoir bloqué le plan du gouvernement – et donc les crédits et autres financements du FMI ainsi que ceux promis lors de la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE) – en niant les pertes de la Banque Centrale. 

Sans poursuite et réalisation complète de l’audit juri-comptable, le Liban n’aura donc aucune aide et non seulement les Libanais ne sauront pas où est allé l’argent pour pouvoir le récupérer mais en plus, ils sombreront dans la misère absolue. 

Marie-Claude Najm a donc déclaré que « quiconque entrave aujourd’hui l’audit juri-comptable de la BDL commet un crime contre le peuple libanais ». Henri Chaoul, qui a démissionné de son poste de conseiller du ministre des Finances en raison justement des obstructions que dénonce la ministre de la Justice, lui a apporté son soutien. Le gouverneur de la BDL entrave l’audit juri-comptable des comptes de la BDL en prétextant la loi sur le secret bancaire. 

Or, la ministre de la Justice considère que l’audit juri-comptable des comptes de la BDL n’est pas lié à la loi sur le secret bancaire car l’enjeu aujourd’hui est de connaître le montant des pertes de la Banque Centrale. Elle a rappelé que les Libanais qui subissent d’une part un contrôle des capitaux (imposé par les banques et non-encadré par une loi) et d’autre part la dévaluation de la livre libanaise n’ont pas accès à leur argent qui a été confié à des banques qui l’ont placé à la BDL. Or, la Banque Centrale a des pertes, ce qui implique la disparition des dépôts. Il faut donc absolument réaliser l’audit juri-comptable pour établir les pertes et les responsabilités et récupérer l’argent détourné et volé. 

Elle a estimé possible des poursuites à l’encontre de Riad Salamé s’il continue de refuser de remettre les documents requis par Alvarez & Marsal pour mener à bien l’audit juri-comptable. 

Rappelons que le Président de la République, fondateur du CPL, a conditionné son accord sur la formation du nouveau gouvernement au départ de Riad Salamé de son poste. 

Si le plan du gouvernement a été bloqué c’est en raison justement de ces pertes de la BDL contestées par la Commission parlementaire des Finances et du Budget bien qu’elles aient été confirmées par Lazard, le FMI, l’Union Européenne et le président français Emmanuel Macron. Ce plan, a-t-elle expliqué, a été combattu par la Commission parlementaire des Finances et du Budget, par l’Association des Banques du Liban (ABL) et la BDL. 

Or, comme elle le relève, la Commission parlementaire des Finances et du Budget ne conteste plus aujourd’hui l’existence de pertes alors que le gouvernement est démissionnaire, que le FMI attend la formation d’un nouveau cabinet pour reprendre les négociations et que les réserves en devises (c’est-à-dire en dollars) de la BDL – servant aujourd’hui aux importations de blé, de médicaments et de produits pétroliers – ne dépassent plus les 800 millions de dollars de quoi tenir pour un mois dans un pays où bientôt les trois-quarts des Libanais vivront sous le seuil de pauvreté. 

Marie-Claude Najm a regretté la mise à l’écart de Kroll, spécialiste mondial de l’audit juri-comptable. Elle pense que la véritable raison de la mise à l’écart de ce cabinet spécialisé était pour ceux qui l’ont réclamé de contrôler l’audit juri-comptable.  

La ministre de la Justice a fait porter au Parlement la responsabilité de la non-adoption d’une loi sur le contrôle des capitaux. Lorsque le journaliste lui a dit que cela peut être du au fait que certains députés veulent pouvoir encore transférer leur argent à l’étranger, elle lui a suggéré de leur demander les raisons pour lesquelles ils n’ont pas voté cette loi. Elle a rappelé que le ministre des Finances a retiré son projet de loi et que lorsqu’elle a voulu en présenter un elle-même, il lui a été signifié que cela ne relevait pas de son ministère. 

Elle a enfin accusé les banques qui ont imposé ce contrôle des capitaux d’avoir vendu leurs Eurobonds, sorte de trahison envers le Liban, ce qui a aggravé la crise que subissent les Libanais. Estimant que les banques ont attiré les fonds des Libanais expatriés et des Arabes entre 1997 et 2019 sur la base de propos rassurants du gouverneur de la BDL sur la solidité de la livre, elle a établi une échelle des responsabilités : « d’abord la classe politique, ensuite la BDL et enfin les banques ». Ces dernières ont versé à l’étranger cet argent frais à leurs actionnaires sous forme de dividendes.

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