Le siège de la Banque du Liban. Crédit Photo: Francois el Bacha, tous droits réservés.
Le siège de la Banque du Liban. Crédit Photo: Francois el Bacha, tous droits réservés.

En dépit de la conclusion, il y a 5 mois d’un accord préliminaire avec le FMI, celui-ci serait actuellement menacé par l’incapacité des autorités libanaises à mettre en place les réformes jugées nécessaires pour le déblocage de l’aide de l’institution internationale. Pire encore, les principaux responsables du secteur financier continuent à tergiverser en faveur de leurs intérêts personnels au détriment des intérêts de la majorité des épargnants.

Parmi les conditions formulées par le FMI, l’approbation du budget 2022, la modification de la loi sur le secret bancaire, la législation sur le contrôle des transferts et des retraits (contrôle des capitaux), l’approbation de la loi sur la restructuration bancaire, la réalisation d’un audit des réserves de devises de la Banque du Liban. Si pour l’heure, seule la loi concernant la levée du secret bancaire a été approuvée par le parlement mais demeure inapplicable en raison de l’absence de la signature du président de la république qui a soulevé certaines interrogations en raison du caractère restreint des conditions de la levée du secret bancaire par rapport au projet initial, du fait des amendements introduits par des personnes proches des banques libanaise, le reste des réformes reste au point mort.

Par ailleurs, l’adoption des autres mesures comme l’adoption du budget 2022 est retardé en raison de l’incapacité actuelle de la Banque du Liban ou du ministère des finances à s’accorder sur un taux de change réaliste alors que la polémique sur la parité du dollar douanier fait rage.

Autre sujet d’achoppement, le contrôle des capitaux, une mesure phare mais jamais adoptée en dépit de la crise économique. Si l’ABL avait mis en place un contrôle informel des capitaux dès novembre 2019, l’absence d’un contrôle formel des capitaux a amené à la fuite de nombreux capitaux sans contrôle appartenant à des personnalités de premier plan. Ces derniers souhaiteraient ainsi poursuivre ces transferts et bloqueraient toute tentative .

La restructuration du secteur bancaire et la répartition des pertes du secteur financier, pertes aujourd’hui estimées à 100 milliards de dollars sont d’autant plus cruciales aujourd’hui que les fonds de la Banque du Liban qui finançaient les achats des produits de première nécessité commencent à manquer. Le gouverneur de la Banque du Liban utiliserait désormais les réserves obligatoires pour garder l’illusion. La réalité commence cependant à s’imposer d’elle même avec la détérioration de la parité de la livre libanaise face au dollar sur la plateforme électronique de la BdL qui est ainsi passé de 12 000 LL/USD à son ouverture à plus de 27 200 LL/USD hier.

En dépit de cette détérioration, les écarts entre parité Sayrafa et marché noir se creusent de nouveau.

En dépit de la situation désastreuse, les banques libanaises et leurs dirigeants n’acceptent toujours pas le projet de restructuration du secteur, estimant que l’état doit prendre en charge ces pertes. Ce suicide collectif des banques menace aujourd’hui les sommes déposées. Certaines sources proches du FMI n’hésitent plus à évoquer une annulation des dépôts ou haircut à un niveau du jamais-vu dans l’Histoire en raison de l’impossibilité de réparer les dégâts actuels.

Si le gouvernement envisage publiquement à assurer les montants jusqu’à 100 000 USD, ce scénario serait de plus en plus impossible à tenir.

Face à cette situation, le premier ministre, sous pression de l’ABL mais également un des grand actionnaires d’une banque locale, aurait envisagé l’utilisation des actifs de l’état afin de rembourser les plus grands déposants, soit 3% de la population, alors que les intérêts autres déposants seraient sacrifiés. Cependant, ce projet a peu de chance d’être également accepté par le FMI qui a déjà estimé inacceptable que soient sacrifiés les petits déposants au bénéfice des actionnaires des banques ou encore des grands déposants.

Au niveau de la restructuration du secteur financier, les choses sont aussi bloquées, avec le refus de l’ABL et des banques qui évoquent “une exécution” de leurs établissements en dépit de la demande du FMI à ce que soient suivies les règles internationales en la matière. Salim Sfeir a ainsi estimé que les règles financières internationales ne peuvent pas s’appliquer au Liban “en raison du caractère particulier” en cours au pays des cèdres.

Certains évoquent même l’utilisation par l’ABL d’arguments communautaires pour sauvegarder certains établissements aux détriments d’autres pourtant plus viables alors qu’aucune société d’audit n’a été encore mandatée concernant la procédure qui doit toucher les 14 premières banques locales.

Quant à la Banque du Liban, l’audit de ses comptes prend du temps. Il est cependant attendu que le départ du gouverneur de la Banque du Liban en 2023 sauf si les procédures judiciaires locales puissent être menées à terme en dépit des protections dont il jouit, mènent à une départ précoce. Des sources proches du FMI soulignent d’ailleurs qu’il est difficile pour l’institution internationale de négocier avec une personne soupçonnée de détournements de fonds en vue d’accorder au Liban une aide financière.

Cependant, les fonds disponibles de la BdL s’amenuisent. Son successeur ne pourrait plus disposer que de 4 à 5 milliards de dollars de réserves au total, compromettant même la possibilité de garantir les sommes des dépôts de moins de 100 00 USD mais aussi la possibilité d’acheter les produits de première nécessité à la population. Il devra donc adopter une série de mesures très impopulaires et en assumer les conséquences.

Ces délais pourraient ainsi retarder d’autant la signature d’un accord définitif avec le FMI alors que l’accord préliminaire arrive à échéance alors que le dossier des créanciers détenant des eurobonds n’est même pas encore amorcé et encore moins le volet des réformes administratives et fiscales.

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