Branle bas de combat, l’Arabie saoudite compte célébrer sous les auspices de son ambassadeur au Liban Walid al-Bukhari, le 33ème anniversaire de la signature des accords de Taëf en présence des quelques députés présents à Taëf en 1989 et toujours vivants dont Hussein Husseini, et des députés sunnites actuels, sacralisés aujourd’hui, sous couvert d’évitement d’une nouvelle guerre civile, alors que le Liban demeure désormais, depuis le 1er novembre, sans président de de la république.

Petit rappel, signés le 22 octobre 1989, comme additif à la Constitution Libanaise, destinés à mettre fin à la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, ces accords ont été négociés à Taëf en Arabie Saoudite sous l’égide d’une commission tripartite arabe formée de l’Arabie saoudite, du Maroc et de l’Algérie. Il sera critiqué de toute part mais finira par être imposé par la Syrie qui deviendra alors puissance tutélaire du Liban jusqu’en avril 2005.

À sa signature déjà, certains députés qui y ont participé l’ont ensuite dénoncé, révélant même avoir reçu un chèque de 100 000 USD pour obtenir la parafe de ce document. Une autre polémique était constituée par le fait que les minutes et les clauses confidentielles restent inconnues jusqu’à aujourd’hui, inaccessibles même aux députés, comme le rappelait encore hier le président de la ligue maronite Naamatallah Abi Nasr lors d’une conférence de presse.

Dès l’époque, ces accords étaient considérés comme ayant imposé une double tutelle, désignée par les initiales SS, soit syro-saoudienne. Si aujourd’hui la tutelle syrienne a disparu, les célébrations mêmes démontrent que la tutelle saoudienne demeure.

Si effectivement les accords de Taëf ont amené à la fin “officielle” du conflit fratricide mais l’Histoire aujourd’hui démontre qu’en réalité, la guerre civile s’est poursuivie sous une forme plus larvée chacun se retranchant sous le couvert de cet accord.

Si les accords de Taëf ont permis la fin de la guerre civile et encore, pour beaucoup elle se poursuit mais d’une manière plus latente, depuis la fin de la tutelle syrienne sur le Liban après un bras-de-fer entre l’Arabie saoudite et Damas qui a culminé par l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, le système politique que ce texte a instauré démontre que le Liban est devenu ingérable, le plongeant dans des crises politiques à répétition puis dans la crise économique et financière.

Ce constat est partagé par une partie de la communauté internationale, comme le rappelait le ministre français des affaires étrangères lui-même, Jean Yves le Drian alors que la France appelait pourtant simplement à un sursaut des dirigeants libanais face à la crise majeure que traverse actuellement ce pays.
Le Liban n’est pas seulement en faillite financière ou économique mais également en faillite politique aujourd’hui et ces accords en sont une conséquence pourtant prévisible.

Ainsi aucun président de la république n’a en effet pu être élu dans les délais constitutionnels amenant à une crise de gouvernance des institutions publiques depuis 2005 non pas seulement dans les cas exceptionnels mais également dans la situation durant laquelle un président de la république est en place. On peut aussi évoquer les difficultés à former depuis 2005 également, mandat présidentiel après mandat présidentiel, un gouvernement viable, ou encore les difficultés à même mettre en place un scrutin législatif, comme la période de 3 années entre 2014 et 2018, durant laquelle le parlement s’est auto-prolongé.

Le système de triumvirat entre présidence de la république, présidence de la chambre et premier ministre semble être en faillite, chaque décision devant relever de négociations, de compromis et de compromission.

Le Liban est aujourd’hui dans une grave crise financière mais cette crise financière est aussi liée à une absence de gouvernance avec des institutions politiques qui sont paralysées et qui paralysent à leurs tours les institutions administratives, financières et judiciaires, amenant de facto à l’effondrement de l’état, incapable de faire face aux besoins pourtant essentiels de sa population.

Pire, même si officiellement les accords de Taëf appellent à la déconfessionalisation des organes exécutifs, au final, c’est tout le contraire. Ce système de partage des pouvoirs n’a été que renforcé, année après année, avec le maintien de personnes incompétentes au mieux, corrompues au pire et l’incapacité même de les remettre en cause, notamment parce qu’elles bénéficient de protection de leurs communautés respectives, voire même de celle des autres au grand damn de la population qui les rejette pourtant.

Mettre en cause par exemple un président, premier ministre, ministre pour des faits pourtant avérés comme ceux liés à des détournements de fonds ou encore de crime comme dans le cas de l’explosion du Port de Beyrouth amène à ce que ces derniers se réfugient, accusant leurs protagonistes qui se basent eux sur des dossiers, chiffres pourtant à l’appui parfois, voire même preuves, de sectarisme et de confessionalisme et ainsi gelant toute avancée vers la vérité.

Non seulement les accords de Taëf sont à l’origine d’une paralysie mais déjà instituant une double tutelle à la base, ils ont ouvert la voix à des ingérences étrangères, instrumentalisant les partis locaux pour règlements de compte au travers de la scène libanaise.

Et pourtant face à la réforme institutionnelle, chaque pas pouvant aller dans ce sens est vécu par l’Arabie saoudite comme une menace à son influence sur le Liban comme l’a démontré l’initiative suisse visant à promouvoir le dialogue entre partis libanais amenant justement à l’appartenance du pays des cèdres à la guerre des axes, ici entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Ainsi si l’ambassade saoudienne revendique même ouvertement influencer la majorité des députés sunnites aujourd’hui, cette réunion est vécu comme une incitation contre le Hezbollah et vice-versa. C’est donc un système amenant à une instabilité politique permanente mettant le Liban dans l’obligation d’attendre des compromis entre différences forces régionales afin d’avoir une administration qui fait semblant de fonctionner.

Bref, il n’y a pas de quoi célébrer aujourd’hui, bien au contraire. Il est temps soit de les réformer, soit de les abroger et permettre la mise en place d’un système gérable pour éviter aux libanais de connaitre crise qu’elle soit politique, économique, judiciaire après crise.

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