Les discussions au sein du gouvernement Hariri III concernant le budget 2019 ont donné lieu à de biens étranges surenchères entre ceux qui peuvent mieux ou ceux qui peuvent le moins accepter la politique d’austérité rendue nécessaire par la gabegie financière des années précédentes et la nécessaire obtention des fonds CEDRE conditionnés une meilleure gestion de la chose publique.

Ainsi, l’objectif initial du déficit public était de le maintenir à 9% selon le Ministère des Finances, puis ils ont réussi à descendre ce même déficit à 8.3% et enfin à 7.6%.

Sur une somme totale initiale de presque 17 milliards de dollars, cela n’est pas rien.

Il ne s’agit cependant pas de la première fois que le Liban est confronté à une politique d’austérité rendue nécessaire par la dilapidation des fonds publics. Le dernier gouvernement Hoss avait déjà tenté de limiter les dépenses publics entre 1997 et 2000 sans pourtant y parvenir, le seul résultat ayant été que la croissance libanaise a été cassée.

Une mesure nécessaire par rapport à CEDRE

Il est nécessaire de rappeler que contenir le déficit public conditionne l’obtention des prêts à taux bonifiés nécessaires à la relance de l’économie libanaise. Avec, en vrac, un taux de chômage de 43% selon la Présidence de la République, un taux de croissance toujours en berne, l’impact de la guerre civile syrienne, les déficits publics qui continuent à se creuser et qui atteignent désormais 82 milliards de dollars soit 150% du PIB, le départ de 30 000 nouveaux diplômés annuellement faute de trouver un travail au niveau local, les mauvaises nouvelles se sont en effet accumulées.

Malheureusement, les expériences précédentes des pays qui souhaitent aider le Liban ont été quelque peu décevantes: Les autorités libanaises, et notamment les différents gouvernement de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri avaient promis des réformes lors des conférences PARIS I et PARIS II qui n’ont jamais malheureusement appliquées. La communauté internationale exige cette fois-ci des garanties. Les fonds ne seront donc libérés qu’au compte goutte, selon les progrès ainsi accomplis.
La question du contrôle, à la fois par les autorités publiques libanaises et les pays et organisations donatrices, des déficits publics pourrait donc s’avérée cruciale pour la poursuite de ce programme.

Des responsabilités partagées

Les responsabilités qui ont amené à cette situation sont multiples. Certaines sont anciennes comme la mauvaise formulation de la politique économique dès les années 1990 en la basant sur le tourisme dans un environnement régional instable et un voisinage qui « nous veut toujours du bien » et le secteur du BTP par définition un secteur cyclique et sans parier sur les secteurs de forte croissance comme les nouvelles techniques, un tournant qui a été raté.

Les erreurs ont été commises dans les années 2000, avec l’absence de budgets dès 2005 sous les 2 gouvernement Saniora I et II et jusqu’en 2017 et l’absence surtout de quitus pour ces années, ce qui a favorisé les détournements de fonds publics et la vision d’absence de transparence de la part des autorités, un préalable nécessaire à l’investissement privé.

Des erreurs ont également été commises dans les années 2010, avec l’augmentation des salaires sans gains de compétitivités économiques ou encore la mauvaise gestion de la crise syrienne.

La liste des erreurs pourrait être longue et plus exhaustive.

D’autres mesures auraient pourtant pu être considérées

Pour évoquer tout de même quelque peu la politique d’austérité, il est certain que beaucoup de choses auraient pu être entreprises, comme une meilleure lutte contre les détournements fiscaux dont souffre l’état, qui atteignent pratiquement 4.5 milliards de dollars selon certains experts, 1.5 milliards de dollars pour seuls, les services de la douane, soit l’équivalent pratiquement du déficit prévu pour la fin de l’année 2019.

L’effort de la lutte contre la corruption doit être poursuivi et dans ce sens, des moyens supplémentaires et leurs diminution, doivent être accordés aux institutions en charge de cette lutte.

La relance de la croissance économique doit se faire via une simplification administrative. En moyenne, certaines initiatives économiques nécessitent plus de 30 formulaires administratifs et le déplacement dans de nombreux administrations différentes. Cela représente un coût et cela décourage souvent les personnes qui souhaitent ainsi s’investir.

Cela aurait pu effectivement être plus efficace que d’autres mesures qui semblent quelque peu contradictoires avec les régulations déjà existantes, comme l’interdiction de circuler avec des vitres teintées désormais possible via le paiement d’une taxe de 300 dollars environ, ou encore celle plus polémique d’une taxe de 1 000 LL sur la consommation de Narguilé dans les lieux publics comme les restaurants alors que la législation locale l’interdit normalement depuis 2011.

Cependant, pour l’heure, à court terme, la menace de dévaluation de la Livre Libanaise semble être écartée. À moyen-terme, c’est à dire à la fin de l’année, cela sera autre chose, puisqu’une partie importante d’obligations libanaises vient à échéance en novembre.

Les résultats visibles seulement en fin d’année

Pour être honnête, il est également trop tôt pour juger des progrès de ces quelques mesures décidées dans cette tâche quelque peu gargantuesque de limiter un déficit avec un endettement public qui atteint désormais plus de 150% du PIB.

Ainsi, en 2018, les autorités libanaises prévoyaient un déficit de 3.5 milliards de dollars et au final, c’est 6.7 milliards de dollars de déficit qui ont été enregistrés dans les comptes publics, soit 11% du PIB.

Par conséquent, rien ne dit que le gouvernement pourra tenir l’engagement en 2019 de contenir les dépenses publiques avec pour objectif un déficit de « seulement » 4.5 milliards de dollars … soit au dessus déjà de l’objectif non réalisé de 2018. 
Nous sommes en effet déjà pratiquement au milieu de l’année et sans

Un réel progrès aurait été d’attendre un déficit public au moins équivalent à celui qui était initialement prévu en 2018.

Le réel progrès sera constaté, par conséquent, à la clôture de l’année fiscale de l’état, s’ils ont tenu ou pas leurs objectifs …
Malheureusement, les expériences précédentes dans la matière ne sont pas tellement probantes.

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