Il circule sur les réseaux sociaux une liste d’hommes politiques libanais et le montant de leurs fortunes supposées. Cette liste a pour source un lien vers un site ou son auteur prétend s’appuyer sur un classement dont on ignore la source exacte si ce n’est que quelques fois citer Forbes ou Bloomberg alors que les liens que le site en question donne basculent sur lui-même et non sur des liens externes.

Ainsi, sont cités dans l’ordre de ce classement, les anciens Présidents Michel Sleiman, avec 49 millions de dollars, Amine Gemayel avec 58 millions de dollars, l’ancien ministre de la santé et actuel député, Sleiman Franjieh avec 65 millions de dollars, l’ancien premier ministre et également actuel député Tamam Salam avec 71 millions de dollars. Vient ensuite le Président de la Chambre des députés Nabih Berry avec 78 millions de dollars, l’ancien député druze Walid Joumblatt avec 1 milliards de dollars, plus étonnamment, le Président de la République, le Général Michel Aoun, avec, toujours selon l’article 1.2 milliards de dollars. La tête du classement est plus « traditionnelle » avec le Premier Ministre désigné Saad Hariri, avec 1.5 milliards de dollars, le milliardaire Issam Farès, pourtant retiré de la vie politique avec 2.3 milliards de dollars, et enfin Nagib Mikati avec 3.3 milliards de dollars.

Et pourtant bien des noms manquent à ce classement

Tout d’abord, il s’agit d’un classement de fortune et non de désigner des personnes ayant forcément utiliser des moyens illégaux pour s’enrichir. Donc déjà prudence, il ne s’agit pas de tomber dans la diffamation mais dans la compréhension et l’analyse de l’origine de ces fortunes pour en voir la légitimité ou non.

Ces chiffres choquent évidemment le public et les réseaux sociaux se sont empressés de les partager, cependant sans réfléchir et prendre en compte certains facteurs comme par exemple, l’absence étrange de Bahia Hariri dont la fortune atteindrait 2.2 milliards de dollars selon Forbes ou encore plus étonnante de certaines figures politiques comme Michel Murr, Samir Mokbel l’ancien ministre de la Défense, Michel Pharaon, ancien ministre et ancien député, toujours impliqué dans la vie politique mais qui possède un certain nombre d’entreprises, l’actuel député du Kesrouan, Neemat Frem qui possède une partie d’Indevco ou encore celle de l’ancien Premier Ministre Fouad Saniora.
La proximité entre Hommes politiques et monde des affaires est évidente.

Nul doute aucun par exemple également que certaines fortunes sont sous-estimées comme celles du Président de la Chambre, Nabih Berry dont certains estiment être à plus de 2.2 milliards de dollars, selon le quotidien Al Akhbar.

On peut également douter des sommes ainsi affichées à la vindicte populaire. Toutes n’ont pas été le fruit de la corruption et d’autres chiffres notamment dans le cas du Président de la République actuelle le Général Michel Aoun sont totalement absurdes. Certes, il est certain que parmi les blanches brebis de son entourage, certains sont corrompus mais l’accuser aujourd’hui quand justement on souhaite ouvrir le dossier de la corruption des administrations publiques est quelque chose de troublant.

La prudence, vis-à-vis déjà de ce premier manque dans ce classement s’impose.

Un article déjà publié depuis un certain temps

Si on examine et qu’on souhaite tracer ce site, on remarquera qu’il s’agit d’un site récent puisque créé en mars 2018 et qui ne donne pas d’information concernant son propriétaire, alors qu’il prétend avoir publié un certain nombre d’articles en juin 2018 pour les plus anciens. 

Sur les moteurs de recherche, on remarquera que ce même article a été préalablement partagé sur the961.com ou encore sur un autre site toprichest.com, le 22 mai 2018. 

Des chiffres cités sans aucune source

Sans base et sans source documenté, les informations manquent notamment en raison du secret bancaire et par ce manque, seulement  quand on aura des informations sourcées, avec des classements plus réalistes et non pour mettre des noms pour mettre des noms, là on aura effectivement sujet à matière et une approche plus à même de donner l’origine des fonds au lieu de lancer des accusations sans fondement et on sera plus çà même de comprendre les mécanismes de corruption et les mécanismes d’enrichissement illicites pour les combattre parce que la lutte contre la corruption ne s’improvise pas.

Nul doute aucun qu’on possède au Liban, l’une des classes d’Hommes Politiques parmi les plus corrompus du Monde mais faire circuler des informations non vérifiées est contraire à l’objectif de la lutte non seulement contre la corruption mais également contre l’abus de bien sociaux ou l’accès à des informations dont le public, lui, ne dispose pas et permettant ainsi d’agir dans le cadre d’affaires avec un avantage sur ses compétiteurs potentiels.

Selon des rapports économiques qui sont eux plus crédibles, 5 milliards de dollars sont détournés annuellement, soit les 2/3 de l’aide économique promise lors de la conférence CEDRE. Il n’est pas honteux d’être riche ou de faire de la politique, il n’est pas honteux d’être un homme d’affaire qui a réussi dans sa vie comme Neemat Frem par exemple.

Mais il est honteux d’être corrompu et la lutte contre la corruption ne s’improvise pas sur des informations éparses sans bases.

Des méthodes de détournements des fonds publics et des moyens de les combattre

Plusieurs manières s’offrent aux Hommes Politiques pour s’enrichir, la première étant évidemment celle des commissions versées pour tel ou tel contrat étatiques. On peut rappeler à ce sujet l’affaire des missiles Crotales qui avaient défrayé les colonnes des journaux libanais à la fin des années 1960 et début des années 1970 et qui avaient abouti à la démission du commandant de l’Armée Libanaise.

Évidemment l’autre manière est de détourner des fonds publics, par exemple en percevant à son bénéfice des fonds publics. Cette méthode est généralement celle des petits fonctionnaires.

Et une autre méthode plus insidieuse est l’abus commis par les autorités pour l’obtention de telles affaires, directement ou indirectement. Ainsi l’homme politique pourrait investir ou se retirer d’affaire avant qu’un dossier soit rendu public.

Les propositions pour combattre la corruption publique sont multiples et complémentaires les unes par rapport aux autres. Parmi elles, on peut suggérer que le secret bancaire ne puisse exister pour les fonctionnaires publics ou les hommes ayant un mandat public, du Président de la République à l’élu municipal et de leur épouse ou époux.

De même, il serait préférable de présenter publiquement une déclaration du patrimoine de chaque personnalité ayant mandat public et de son épouse ou époux afin de contrôler les mouvements suspects, ainsi qu’à la fin de ce mandat comme un quitus de bon comportement.

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