A l’issue de l’annonce de la démission de Saad Hariri de son poste de Premier ministre, après treize jours d’une révolution sans précédent qui a secoué les bases des composantes de l’ancien système, les mêmes têtes reprennent entre leurs mains les rênes de notre destin aujourd’hui dans les médias.

Les faucons du système semblent ne pas avoir compris que le peuple était clair qu’il réclamait un changement : réclamer un changement ne veut pas dire demander ce changement à la classe politique actuelle qui a fait preuve d’une incompétence sur tous les plans.

On ne confie pas de nouveau un navire qui coule à l’équipage responsable de son naufrage !

Banalisation du phénomène du soulèvement populaire

Ils prennent le peuple pour une armada de gamins immatures qu’ils ont laissés jouer pendant treize jours et semblent aujourd’hui lui avoir clos le bec avec la démission – pour eux imprévue et non désirable – de l’ancien premier ministre, et agissent comme si de rien n’était, avec la reprise du train-train quotidien des talk-shows à quatre sous avec des analystes pour la plupart stipendiés et incompétents, et des déclarations des chefs de files représentés malgré nous à travers des lois électorales pourries.

Le pire dans tout cela, ce sont les déclarations de mauvais augures que Walid Joumblatt a toujours excellé à proférer à des moments cruciaux lors des soulèvements populaires, en déblayant la voie au système partisan auquel il fait partie. Hier, à quelques minutes de la démission de Hariri, il a tout de suite déclaré qu’il est certes pour la constitution d’un nouveau gouvernement avec de nouvelles têtes, mais qu’il est impossible de supprimer la présence des partis politiques libanais et qu’il n’existe effectivement pas de « technocrate » qui puisse faire partie du nouveau cabinet n’ayant pas d’appartenance partisane. Une déclaration qui annule la volonté du peuple qui refuse la classe politique actuelle, et qui fait en quelques sortes écho à celle de 2005, invitant le peuple à rentrer chez lui parce que la révolution est entre de « bonnes mains », ces mains étant aujourd’hui les mêmes que lors du 14 mars historique.

La banalisation du mouvement populaire est une insulte tonitruante au franc cri du peuple écrasé depuis des années par mille et un joug et trente six mille plaies le rendant apathique et soumis à n’importe quelle équation étatique lui garantissant une pseudo-stabilité économique et sécuritaire.  

Un pays en faillite

Il suffit de consulter les analyses datant de plus d’une année, de voir que notre système économique est en apparence un grand leurre, notamment au niveau du secteur bancaire érigé sur une supercherie qui va prochainement annoncer son effondrement avec la faillite de banques majeures qui ne risquent aucunement de tarder.

Charbel Nahas, un économiste confirmé, martelait depuis plus d’un an que l’on se dirige droit dans le mur, et qu’il est grand temps d’effectuer des réformes économiques visant à sauver le pays, au grand dam de la classe politique et ses acolytes dans le secteur financier et bancaire, qui tenait – et tient toujours – à leur vache laitière alimentant leurs comptes en banques et de facto, leurs équations et coalitions politiques internes et étrangères.

Toujours selon Nahas, dans un discours donné il y a quelques jours dans le dôme ovoïde du centre-ville devant un jeune public, il est question d’un pouvoir qui a chuté, qui ne reçoit plus d’argent des puissances étrangères qui avaient l’habitude de pomper des sommes faramineuses pour le maintien de leurs alliés sur la scène politique, et qui compte sur l’exportation des cerveaux qui gagneraient des sous qu’ils reconduiraient vers le pays, pour maintenir tant bien que mal une économie titubante : « Nous sommes complètement en faillite mes chers jeunes, il n’y a pas de dollars dans les banques, ils ont peur d’ouvrir leurs portes, le premier jour d’ouverture les effraie, et c’est la raison pour laquelle ils le reportent. Ils ont peur qu’il y ait une demande accrue de dollars – et plus ils retardent l’ouverture plus cette demande va s’amplifier – parce qu’en réalité leurs caisses sont vides de dollars ».

Et cette crise malheureusement ne va pas s’éclipser en un coup de baguette magique, la route sera longue, et c’est la raison pour laquelle il est impensable de confier le navire à des gens qui ont brillé par leur incompétence, leur absence de vision et leur déloyauté envers les principes nationaux.

Un appel à resserrer les rangs

La bataille n’est pas finie, c’est maintenant qu’elle vient de commencer. Il faut que le peuple apprenne à penser sur le long terme, et non pas sur le court terme comme ils l’ont toujours fait.

Les multiples tentatives de décrédibiliser le soulèvement populaire se sont aggravées durant les treize jours de révolutions : la présence de milices des FL sur les barrages, la fille payée pour crier sur son Vodafone pour la présence des réfugiés syriens, la théorie du complot populiste Optor, le drapeau israélien, la tente saoudienne ou la danseuse de l’OTV, les casseurs du Ring et du Centre-ville braillant leur chiisme, la soudaine vague de politesse qui a pris des vierges effarouchées en écoutant les insultes d’un peuple qui a mal, les pseudo-analystes arrivistes et superficiels représentant une fausse société civile qui ont envahi les écrans et la liste est longue.

Les accusations n’ont changé en rien la volonté du peuple et ses constantes nationales : unis autour de son Armée qui n’a rien à voir avec les grandes muettes des pays régionaux contre les fouteurs de trouble et contre l’ennemi israélien, les Libanais ont découvert que leur cri est unique, ils recherchent une vie décente, digne, correcte, trinité inexistante lorsque les mafias bancaires et les cartels financiers alliées aux partis politiques archaïques – ils sont les mêmes en fin de compte – paralysent l’Etat et l’effrite.

Toutes ces tentatives sont là pour annihiler le soulèvement d’un peuple qui en a marre, qui a mal et qui a soif de changement pour une vie digne et décente de citoyen et citoyenne faisant partie d’un état qui traite son peuple avec respect, équité et dignité.

C’est pour aboutir à cet Etat de droits qu’il ne faut pas baisser les bras, même s’il y a encore une légion de Libanais prête à mourir plutôt que de s’affranchir et même de nous entraîner dans les tristes couloirs d’un conflit utérin. Au lieu de perdre notre temps à se confronter inutilement avec eux, il est plus que vital de continuer la lutte et l’éveil pour justement les sortir de leur esclavage et de leur apathie ; c’est bien là qu’il faut assumer notre responsabilité et se battre pour que le Liban auquel nous avons toujours rêvé, puisse enfin vivre.

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