La polémique entre Machrou3′ Leila et les Curés, c’est un peu, un rappel de la rivalité entre Don Camillo et le maire dans le film du “Petit Monde de Don Camillo“. Chacun y va aujourd’hui de son avis sur la question, notamment sur les réseaux sociaux.

Faut-il, oui ou non interdire au groupe Machrou3′ Leila de se produire au festival de Byblos suite à la publication par son chanteur Hamed Sinno d’une icône où la Vierge Marie est remplacée par la chanteuse Madonna, considérée elle-même comme icône de la communauté LGBT.

Ainsi, un débat de société est lancé, celui de savoir s’il y a eu oui ou non outrage à la religion et au-delà, à la liberté d’expression, la liberté de foi, mais également aux droits des communautés à la fois religieuses et LGBT, ce que beaucoup, sous le couvert d’une position assez bétonnée manquent singulièrement de voir. Un débat de fond en vérité sur de nombreux points, les plus divers les uns que les autres.

Oui, que cela soit Machrou’3 Leila ou l’Eglise, les 2 ont droit à donner leurs avis sur les sujets divers. Cependant, la liberté des uns s’arrête également là où commence celle des autres. On a une immixtion du domaine privé dans le domaine public où chacun partage des torts.

Cependant, Hamed Sinno a également fauté sur un autre point, semblant oublier qu’on se trouve au Moyen-Orient, où la religion a une influence considérable. C’était oublier un peu la polémique, il y a quelques années de cela, des fameuses caricatures concernant le prophète qui ont abouti à voir un immeuble d’Ashrafieh être incendié en février 2006, par une horde de salafistes, la place prise ces quelques années par des organisations terroristes dans la région d’inspiration idéologiques basées sur des règles religieuses comme la Charia, etc…
Il a ainsi remué les braises de la question religieuse en semblant avoir également oublié les conséquences, à moins que cela se soit faite de manière volontaire.

Hamed Sinno avait déjà fauté en faisant du prosélytisme en faveur de l’Homosexualité.

Aujourd’hui, les gens d’Eglise ont fauté en y répondant, étant entré peut-être sans trop réfléchir dans la polémique en faisant au contraire plus de publicité pour ce concert, au lieu d’en réduire les conséquences.
Les évènements ont outrepassé ensuite les uns et les autres.

Dans son positionnement défensif, l’Eglise a donc autant le droit de s’ériger en défenseur de cette moralité dans notre société que Machrou3′ Leila a le droit de transgresser pour apporter un élément nouveau au débat public. Les 2 sont complémentaires au final.

Au-delà de ce débat, un autre, celui de la Moralité qui n’a pas été abordé, celui d’un ensemble de principes de jugement, de règles de conduite relatives au bien et au mal, de devoirs, de valeurs, parfois érigés en doctrine, qu’une société se donne et qui s’imposent autant à la conscience individuelle qu’à la conscience collective. Il s’agit d’un concept appelé à évoluer aussi à travers chaque nouveau scandale.

Si cette polémique a pris une telle ampleur, c’est également en raison des rapports de force présents au sein de la société libanaise. L’Eglise – mais également le clergé musulman – font face aujourd’hui à un certain nombre de défis et en premier lieu à la question du Mariage Civil et pour lequel ils sont réfractaires. Une bonne frange de la population est également assez conservatrice, tandis qu’une autre y est favorable.

Il s’agit de réformer notre société, d’être plus ouvert à l’autre et non de tomber dans le conflit frontal au sein de la société, d’accepter de fléchir sur certains points et au contraire de toujours refuser d’autres. Ce conflit frontal ne fait que refouler les aspirations de nombreuses personnes au progrès social. Notre société sait évoluer mais il faut que cette évolution se fasse dans une atmosphère propice.

Le débat actuel n’est en effet pas un débat puisqu’il semble s’agir d’une lutte avec des oppositions bien marquées.

À l’heure où on assiste à un phénomène de fossé qui se creuse entre les différentes régions libanaises, il faudrait également laisser une porte ouverte pour ramener les brebis bien égarées.

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