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Drôle de temps où le libanais est devenu mendiant.
Drôle de temps où nous sommes devenus indigents…
Voir ce désastre s’abattre sur mon peuple brise mes entrailles.
Mort après mort, les Beyrouthins habitent une cité sans murailles.

Beyrouth, mon âme a ouï le son de ta douleur traversant les frontières.
Et le retentissement bruyant et douloureux de ta souffrance sonne le glas !
Suis dans la douleur. Nous sommes dans l’horreur du mal et de ce brisement.
Ces responsables qui tiennent les rênes de tout un pays, sont rentrés des les affres du mensonge.

Ô combien est douce et chère la lumière de l’aube après avoir vécu l’effroi en épouvante.
Mais à quand s’élèvera ton soleil ?

L’Inviolable falaise de l’esprit libanais,
L’Imprenable forteresse de notre mémoire de guerre,
L’invincible résilience de tout un peuple face à cette marmaille,
Et L’Exercice intenable face à la vie… Jusqu’à quand ?

Heureux soient nos morts. Hélas oui !
C’est le désastre qui s’abat sur ma ville et me fait penser à la joie dans la mort.
Heureux soient nos morts, ils n’ont pas survécu à la d’échéance de ma ville natale.
Heureux soient-ils, car ils ont qui les pleurer, qui les enterrer quand bien d’autres ont été engloutis dans les décombres de la ville, comme un point fatal pour une vie dans l’errance.

Noir de noir est mon regard sur ma ville endeuillée, ses lumières ont été éteintes depuis bien des lustres.
Noir est mon esprit, car la souffrance est beaucoup plus cruelle que l’on ne pouvait imaginer.
Nous supposions avoir vécu la plus terrible et audacieuse terreur, celle de notre guerre fratricide.
Mais non, à chaque pas vers la vie, le désastre est devenu de plus en plus invincible…

Âpre est notre lutte, Cinglante est notre survie, Déchirant est notre espoir d’existence.
Face à la dépouille de ma Beyrouth, face à ce Macchabée de l’histoire, face à ces croque-morts qui hantent mon pays natal, il ne me reste que des mots difficiles à dire.

Écrire, donc devient plus fort que la vie. Cette vie piétinée à la libanaise.
Oui, mon peuple souffre car on lui fait vivre les deux extrêmes.

J’ai dans la tête ce drame, ce choc bien intime, bien sombre et bien terrible, que mon esprit suffoque de tant d’images visualisées. Il fallait que je passe ma tête sur le papier, que mes doigts, le bout de mes doigts, reprennent le courage d’écrire. Plus j’y pense et plus je me rends compte de ce travail assidu pour que nos liens se resserrent entre libanais comme un rideau aux couleurs obscures de nos jours éteints.

Oui, il nous faudra se garnir de ces rideaux obscurs tellement la noirceur de notre cœur est si profonde et tellement l’obscurité nous fait craindre les lueurs affaiblies de notre beau soleil.

Comme un prisonnier qui espère atteindre l’air libre, mon peuple aspire à des instants de bonheur durable. Comme si vivre dans la dignité humaine est devenu un rêve absurde pour un peuple en agonie

Voilà pourquoi j’écris. Les mots sont devenus ma revanche face à cette impitoyable injustice que vit ma Beyrouth.
Jinane Chaker-Sultani Milelli

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