Ce papier est publié à l’occasion du 21me anniversaire du décès d’Oudaï et de Qoussaï Hussein, les deux fils de l’ancien président irakien Saddam Hussein, tués lors d’un assaut d’un commando américain, trois mois après l’invasion américaine de l’Irak, le 20 juillet 2003, contre leur refuge à Mossoul, dans le nord de l’Irak.

Ils auraient pu se livrer aux Américains sans combattre lors de l’assaut lancé par les forces d’invasion américaines contre leur refuge fortifié de Mossoul, dans le Nord de l’Irak.

Mais les deux fils du président irakien Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, ont décidé de livrer bataille et d’affronter leurs assaillants, des dizaines de soldats américains surarmés et progressant sous forte protection aérienne.

Les deux fils du président sont morts les armes à la main au terme d’un combat de 4 heures.

Le combat était inégal: 200 soldats américains suréquipés d’armes lourdes et protégés par des hélicoptères d’assaut face à 4 personnes: Oudaï et Qoussaï, Moustapha (14 ans), le fils Oudaï , ainsi que le général Abdel Samad Hadouchi, garde de corps du fils aîné du président irakien.

Oudaï

Fils aîné du président Saddam Hussein, natif de 1968, Oudaï était titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’Université de Bagdad et d’un Doctorat en Sciences politiques.

A la tête des  troupes de choc «Les fidaiyounes  de Saddam», –les volontaires de la mort au service de Saddam–,  cette garde prétorienne du régime baasiste était rattachée directement à la présidence de la République irakienne et non au commandement de l’armée ou au ministère de la Défense

Oudaï a défrayé la chronique par ses frasques. Cible d’un attentat en 1996, Oudaï en conservera des séquelles, notamment une claudication dans la démarche.

Sur Oudaï Hussein, cf ce lien : https://www.letemps.ch/monde/fils-incontrolable-saddam-hussein-oudai-hante-bagdad-reputation-sulfureuse-violente.

Qoussaï

Né le 17 Mai 1966, Qoussaï était à l’opposé de son frère aîné, un homme discret fuyant les médias. Peu avant la chute de Bagdad, en avril 2003,  il avait pris le commandement de la garde présidentielle, les troupes d’élite du parti Baas.

Signe de son importance, Qoussaï figurait au 2ème rang sur la liste des 55 dirigeants irakiens pourchassés par les Américains lors de leur invasion de l’Irak. La liste comprenait tous les caciques du régime baasiste. Oudaï, lui, ne figurait qu’au.3ème rang.

Ce lien sur ce thème : La liste des 55 dirigeants irakiens recherchés par les Américains https://www.letemps.ch/monde/on-recherche-55-exdirigeants-irakiens-morts-vifs.

Les deux fils de Saddam Hussein étaient barricadés au domicile de Cheikh Nawaf Zeidane, une vaste demeure de trois étages avec ses dépendances, dans un quartier chic de la ville. Ce refuge discret n’attirait pas les regards. Il avait été choisi précisément pour sa discrétion par les deux fils pour leur servir de refuge.

Un voisin de Cheikh Nawaf Zeidane assure que rien n’attirait l’attention en ce que la demeure accueillait de nombreux hôtes de passage.

Le récit de l’ultime combat des deux fils de l’ancien président irakien a été rapporté par le quotidien en ligne Ar Rai Al Yom, en date du 18 Mars 2023, dont ci joint le lien pour le locuteur arabophone

Nul ne sait comment les Américains ont identifié le refuge, mais certaines  rumeurs persistantes désignent l’hôte des deux fils comme étant à l’origine de la délation.

L’assaut du Colonel Joe Andersen

Le colonel Joe Anderson, commandant les troupes d’assaut, a avisé la population, dans un message diffusé en langue arabe, incitant les occupants de la demeure à «sortir d’une manière pacifique».

La proposition du commandant américain a été accueillie par une rafale d’armes automatiques.

Le premier assaut américain a échoué sous un tir nourri des assiégés, laissant 4 soldats américains sur le tapis, dont trois décéderont des suites de leurs blessures.

Anderson ordonna alors à ses hommes d’arroser la demeure à l’aide de mitrailleuses de calibre de 50 mm. Oudaï et Qoussaï ont néanmoins persisté à combattre.

Leur refuge fit alors l’objet d’un tir croisé : un tir de missile lancé depuis un hélicoptère, doublé d’une attaque à la grenade de calibre de 40 mm, lancée par des soldats au sol.

Puis, le colonel Andersen ordonna finalement le pilonnage du refuge par une salve de 12 missiles TOW.

Le BGM-71 TOW (en anglais: Tube-launched, Optically-tracked, Wire-guided) est un missile antichar filoguidé conçu aux États-Unis et entré en service dans la décennie 1970. Il a été remplacé ensuite par le TOW 2 plus puissant (+2 kg de charge explosive).

Le bilan de la bataille

Au terme d’une bataille de 4 heures, le bilan s’établissait comme suit:

Les 4 réfugiés : Oudaï, Qoussaï, Moustapha et le Général Abdel Samad Haddouchi ont été tués, de même que 3 soldats américains et un irakien. Parmi les blessés, on dénombrait un soldat américain et 5 Blessés irakiens.

A la fin de l’assaut, la maison a été isolée par un réseau de fils de fer barbelés et placée sous la garde de 50 soldats américains.

Manifestation de soutien pro Saddam

Le lendemain de l’assaut, 200 irakiens se sont massés devant le refuge clamant le soutien à l’ancien président irakien:  «Par notre âme, Par notre sang, nous nous sacrifierons pour toi Saddam».

La tension était vive entre les gardiens américains du refuge et la population irakienne. Un interprète irakien s’est alors adressé  à la foule en langue arabe en ces termes: «Habitants de Mossoul, quittez ces lieux sinon nous procéderons à votre arrestation. Nous avons tué Oudaï et Qoussaï. Nous allons procéder au nettoyage de la zone. Quiconque demeurera sur les lieux sera considéré comme un partisan d’Oudaï et de Qoussaï».

Oudaï et Qoussaï ainsi que Moustapha ont été enterrés au village d’Al Aujah, à 8 miles au sud de Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein, lequel y sera aussi  enterré à sa pendaison, à leurs côtés, avant que les 4 dépouilles ne soient transférées vers un un lieu inconnu.

En 2012, soit près de dix ans après cette bataille, le New York Times a qualifié Moustapha comme étant le plus illustre jeune du XXème siècle en raison de sa bravoure, du courage qu’il a déployé dans son combat lors de l’assaut américain contre son refuge.

ReneNaba
René Naba | Journaliste, Ecrivain, En partenariat avec https;//www.Madaniya.info Français d’origine libanaise, jouissant d’une double culture franco arabe, natif d’Afrique, juriste de formation et journaliste de profession ayant opéré pendant 40 ans au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe, l’auteur dont l’expérience internationale s’articule sur trois continents (Afrique Europe Asie) a été la première personne d’origine arabe à exercer, bien avant la diversité, des responsabilités journalistiques sur le Monde arabo-musulman au sein d’une grande entreprise de presse française de dimension mondiale.

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