Hussein Youssef, devant le portrait de son fils, Mohammed Youssef, militaire libanais otage de Daesh
Hussein Youssef, devant le portrait de son fils, Mohammed Youssef, militaire libanais otage de Daesh

Oui, c’est bien Hussein Youssef qui détient dignement le titre de personnalité de l’Année 2015 par excellence.

Il n’est pas un homme politique, mais il est doté du tact et de la diplomatie qui devraient être les caractéristiques d’un politicien modèle, avec la sincérité en bonus.

Il n’est ni journaliste ni reporter, mais il excelle dans une rhétorique à la fois simple, intelligente et rassurante, empreinte d’une politesse qui brille souvent par son absence dans nos médias locaux : aucun dérapage, aucune fausse note, aucune parole blessante dans son discours, nonobstant le stress et les contraintes sans fin qui le hantent.

Il n’est pas une vedette du petit écran, mais cela fait plus d’un an et demi qu’il apparait malgré lui dans tous les journaux télévisés, en tant que porte-parole des familles des soldats libanais enlevés par Daesh et Al-Nosra en août 2014 dans la Beqaa. Il apparait avec sur son visage, une sérénité malgré ses tourments, une consolation malgré ses tracas, une lueur d’espoir scintillant dans ses yeux malgré tout l’abattement et l’absurdité de la situation.

Ce père originaire de Mdoukha, une petite bourgade tranquille de la Beqaa, vit continuellement l’angoisse de perdre son fils Mohammed Youssef, 28 ans, un soldat libanais entre les mains de Daesh. Il a éprouvé le dur calvaire d’une attente vaine jusqu’à ce jour, il a vécu à quatre reprises l’épouvante crainte de voir son fils égorgé par les terroristes à l’instar de Mohammad Hamiye, Ali Bazzal, Abbas Medlej et Ali El Sayyed. Il a souffert et souffre quotidiennement le supplice des messages menaçant et mortels de l’Etat Islamique, et le fiasco tintamarresque des pourparlers entre ces fondamentalistes et l’Etat Libanais.

Non seulement Hussein Youssef encaisse, comme  chacun des citoyens libanais la crise des ordures, les fléaux des taxes insensées sans rien en contrepartie, le joug de la pénurie d’eau, d’électricité, de droit et de dignité, dont souffre le peuple dans un pays macérant dans la corruption à cause de sa classe politique. Hussein Youssef boit l’âpre calice de l’absence d’un chef d’Etat, mais surtout de l’existence d’un Etat de par un gouvernement et d’un parlement immatures, irresponsables, égoïstes et impuissants.

De sa tente installée place Riad el Solh, il a vu défiler des convois de politiciens, marathoniens, manifestants en tout genre, forces de sécurité, et de simples passants, dont la majorité ne se sent même pas concernées par sa cause, puisque personne n’a voulu répondre présent à ses maints appels de solidarité…

Y a-t-il des mots qui puissent décrire la patience de ce Job du XXIe siècle ? Non seulement il a enduré l’enlèvement de son fils depuis août 2014, mais il subit quotidiennement tout ce chapelet d’épreuves et d’afflictions qu’il égrène avec la sagesse patriarcale manquant souvent à ceux qui se sont imposés en faux pères imposteurs de la nation.

Depuis quelques semaines, les seize détenus chez Al-Nosra ont été libérés, et depuis quelques jours, Hussein Youssef est de nouveau descendu à la rue, pour marquer les 500 jours de détentions des militaires entre les mains de Daesh. Même s’il a accueilli avec un sourire et une joie teintée d’amertume la libération des soldats de chez Al Nosra, Hussein est depuis bientôt un an privé de tout contact et de toute nouvelle sur son fils.

En dépit de tout cela, il demeure, fier malgré sa douleur, confiant malgré son scepticisme, patient même s’il est à bout de nerfs. Il tient bon, pour son petit fils qui ne connait pas son père, pour sa famille, et pour les familles des huit autres captifs qu’il représente magnifiquement bien.

Un petit hommage à sa persévérance, sa force et surtout à sa souffrance, qui est la plaie effective de toute une nation, mais que la nation dédaigne…

Un petit hommage à celui qui représente chaque citoyen libanais qui a mal et qui tient bon, tout en restant digne et correct.

Dans l’espoir que 2016 verrait le retour de son fils et de ses 8 compagnons, sains et saufs…

Par Marie-Josée Rizkallah

Article précédentHeureuse Année 2016 – Libnanews
Article suivantDécès de Fouad Boutros, l’un des piliers de la vie politique libanaise du XXème siècle
Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

Comments are closed.